Autour du festival - Entretien avec William Vega

CINÉMA EN RÉGIONEntretien avec William Vega, réalisateur de « La Sirga », sur son expérience du Cinéma en régionLa Pelicula- Pouvez-vous nous parler de votre expérience de Cinéma en région cette année ?William Vega- J’étais curieux de constater comme un rituel : le public, malgré le froid, se déplace un lundi soir pour aller au cinéma, voir un film ou rencontrer un réalisateur. Je trouve cela incroyable ! 

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CINÉMA EN RÉGION

Entretien avec William Vega, réalisateur de « La Sirga », sur son expérience du Cinéma en région

La Pelicula- Pouvez-vous nous parler de votre expérience de Cinéma en région cette année ?

William Vega- J’étais curieux de constater comme un rituel : le public, malgré le froid, se déplace un lundi soir pour aller au cinéma, voir un film ou rencontrer un réalisateur. Je trouve cela incroyable ! Le public n’est pas forcément très nombreux mais la qualité des discussions est bien au rendez-vous. En tant que cinéaste, c'est très intéressant d'écouter les analyses des spectateurs. Même s’ils ne connaissent pas au préalable ce qui se passe en Colombie, leur compréhension du film est réelle, et cela me ravit que le film les touche autant. J'aimerais que ce type de distribution qu’est Cinéma en région existe aussi en Amérique latine, car c'est très motivant.

La Pelicula- Que penses-tu de ces publics dans les petites salles en région qui projettent des films aussi éloignés de leur quotidien ?

William Vega- C'est une très bonne opportunité pour eux je pense, et ça se voit, ils posent beaucoup de questions. Malgré des films qui peuvent être très personnels et sûrement complexes à comprendre, cela touche le public.

La Pelicula- Avez-vous déjà auparavant accompagné votre film devant son public ?

William Vega- Je l'ai beaucoup fait en Colombie car cela m'a semblé très important d'aller à la rencontre du public, pas seulement dans les grands complexes de cinéma, mais aussi auprès de populations moins nombreuses, dans les collèges, les universités... J'ai eu des retours très intéressants.
Parfois, il me paraît plus facile de tourner un film, malgré certaines complications que de le présenter au public. Par exemple l'année dernière j'étais venu à Toulouse dans le cadre du Cinéma en Construction. C'était la première fois que je présentais mon film face à un public, même si ce n'était pas encore bien finalisé. J'avais un peu peur car j'avais beaucoup de doutes et d'incertitudes par rapport au fait que le film transmette une fausse idée. C'était encore plus le cas de mon film qui fait beaucoup appel à la suggestion. Moi j'aime beaucoup le fait que des avis divergent, que les spectateurs aient des idées opposées quant à l'interprétation du film, mais c'est quand même une source d'inquiétude.

La Pelicula- Pensez-vous que ce contact avec le public peut vous aider pour vos projets à venir?

William Vega- Oui, bien sûr, je crois que c'est vital, surtout que c'était mon premier film. Il y a une relation verticale pour tous les médias de communication, entre le public et l'artiste. C'est un espace de dialogue et de confrontations entre différents points de vue. Ce n'est pas parce que j'ai fait le film que j'en sais plus que les autres. Je n'apporte pas de réponses mais pose une question aux spectateurs.

La Pelicula- La réaction du public français a-t-elle été différente de celle du public colombien ?

Willial Vega- Oui, elles ont été différentes. Surtout à cause de la différence d'informations relatives au contexte. Par exemple, nous avons présenté le film là où nous l'avions tourné. Les habitants avaient déjà compris un certain nombre de choses quant aux symboles utilisés lors des premiers plans du film. Ils ont une certaine prédisposition par rapport à d'autres publics qui pourraient être caractérisés de « néophytes» car ils ne connaissent pas forcément le conflit colombien en allant voir le film, mais cela n'empêche pas qu'ils aient une lecture très profonde du film et que ça crée une envie d'en connaître davantage sur le sujet.

La Pelicula- La salle de cinéma crée un espace social où des individus se retrouvent et échangent des idées…

William Vega- Oui, le cinéma au sens de langage particulier, doit avoir son propre espace, distinct de celui de la télévision. Pareil pour la publicité, qui donne à voir un message immédiat et précis. Pour moi, le cinéma n'a pas besoin de cela, il ne doit pas forcément envoyer de message explicite. C'est finalement quelque chose de très social : les individus se retrouvent après la séance, justement pour discuter autour de ce qu'ils ont compris. Le cinéma permet cette réflexion, il faut donc selon moi faire des projets qui marquent cet aspect-là. Au fond, le cinéma est quelque chose de magique, qui permet d’être transporté dans un autre environnement, selon un contexte social, politique et géographique inédits.

Propos recueillis par Pauline Foucher et Cédric Lépine

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