Toujours rebondir
Fermer les yeux commence mal. Une fiction vieillotte, théâtrale et mélodramatique. Puis le film bifurque et nous emmène à la suite d’un ex-réalisateur sur les plateaux télé modernes et froids. Première bifurcation d’un film qui, après chaque fondu au noir, va nous conduire là où nous ne l’attendions pas. Cette narration, à saut et à gambades, tisse peu à peu les éclats dispersés d’une mémoire, celle d’un écrivain réalisateur vieillissant, Miguel, qui a abandonné la création artistique, sa fausse gloire et ses désillusions. Mieux vaut fermer les yeux car on ne reçoit jamais le regard que l’on attend.
Vanité des vanités… En finir avec le cinéma
Miguel passe à la télé, témoin de la disparition d’un ami acteur une vingtaine d’années plus tôt. Et la télévision va opérer un miracle, ce que ne permet plus le cinéma. Erice détruit méthodiquement tout ce qui dans le cinéma fait perdre la simple sensation du monde présent. Avec parfois une touche de mélancolie, il ferme la porte du royaume de la fausseté. Et s’engage dans une dérive amnésique, minimaliste et fragile. Un film dense, un geste fort, et une manière rare de nous renvoyer à la vie.
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