Je me souviens de ma première journée du 8 mars, "journée des femmes". Je venais de me faire embaucher comme petite-main (je HAIS cette expression, je pourrais en faire un billet un jour) au service RH de Tartampion SA, en contrat de qualif'. J'avais 22 ans. Ce jour-là, ma boss, la DRH de la boite, avait fait livrer des roses au bureau et en avait distribué à toutes les femmes de l'entreprise.

lesardennes_LES-ROSES_agjfyy7u.gifJ'avais trouvé l'attention charmante à l'époque, surtout de la part de celle que je considérais comme un vrai dragon et qui affirmera quelques semaines plus tard de façon catégorique : "Pour un poste de secrétaire standardiste, tartampion SA recrutera une femme et pour un poste de commercial, nous recruterons un homme. C'est comme ça et puis c'est tout !"

...charmante attention...

Dans mon inculture crasse, la "journée de la femme" était un jour de "célébration" des femmes, comprenez : où les hommes devaient être gentils, faire le ménage et préparer un dîner en amoureux. Je la confondais vaguement avec la St Valentin mais version "c'est nous les reines". Pire, je ne savais même pas que cette fameuse journée était fixée le 8 mars.

Ouais, je sais, ça craint.

Avec les années, ça ne s'est pas vraiment arrangée. N'ayant toujours pas la moindre idée de la signification de cette journée, je me suis rangée du côté de la pensée dominante version "pfff ça sert à rien la journée de la femme (dont je ne savais toujours pas précisément la date, notez) ! Pourquoi faudrait-il une journée spécialement dédiée aux femmes ? C'est idiot, limite sexiste non ? Et puis quoi, les 364 autres jours sont pour les hommes ?"

Une inculture crasse, je vous dis (mais que fait l'école, je vous le demande) !

41784_336764236809_519056_n.jpgAjoutez à ça que des roses, les salariées de Tartampion SA n'en n'ont reçu qu'une seule fois. L'habitude des mâles de la maison, c'est plutôt de vous envoyer par mails des blagues sexistes et salaces du style de ce powerpoint célébrant la fameuse journée "Steak et Pipe" (créée d'ailleurs pour "contre-balancer" la St Valentin et pas la journée du 8 mars mais bon, ce n'est qu'un détail).

Mais ça encore, ce n'est vraiment pas le PIRE ! Non.

Le pire, c'est encore ces mails à l'eau de rose (justement) qui célèbrent la femme "cet être extraordinaire, forte et douce, capable de tant d'abnégation au travail comme au foyer..." BLA-BLA-BLA. Mais si, vous savez bien ! Ces powerpoint à la musique mièvre, aux textes dégoulinants comme de la guimauve, bourrés de photos de fleurs, de papillons et autres colombes, qui finissent invariablement par la consigne de transmettre ce message émouvant à toutes les femmes remarquables de son carnet d'adresse.

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Vous n'avez pas pu y échapper ! je ne vous crois pas ! (ou alors je suis terriblement jalouse)

Mes souvenirs de "8 mars" sont donc inextricablement liés à ma vie professionnelle, ce qui aurait dû me mettre sur la piste de ce que représentait REELLEMENT la journée dites "des femmes".

Et puis, un jour, c'est l'illumination. Je tombe par hasard sur un article qui explique que contrairement à une idée assez répandue en France, la journée du 8 mars n'est pas la date d'un soulèvement d'ouvrières du textile de New-York (ça tombe bien, je n'avais aucune idée préconçue de l'origine de la fameuse journée. Je suis une page vierge, instruit-moi !) Les premières mentions à ce mythe remonte à 1955 dans le journal L'Humanité, régulièrement reprise par la presse française, notamment communiste, jusque dans les années 80.

Mais la vérité est ailleurs.

Le 8 mars 1910, l'Internationale socialiste des femmes tient son deuxième congrés à Copenhague. Ce serait la féministe socialiste allemande Clara Zethkin qui propose à la tribune de faire de cette date la "journée internationale des femmes" qui serait l'occasion de manifester en faveur du droit de vote des femmes et de l'égalité entre les sexes.

Visiblement peu suivie en France (on lui préfèrera d'ailleurs la "fête des mères", autrement plus conservatrice), elle a toutefois un impact plus important dans le reste de l'Europe et les grandes capitales. C'est d'ailleurs lors du 8 mars 1917 (soit le 23 février selon le calendrier julien en usage en Russie), à St Pétersbourg que des ouvrières, des employées en grève et des étudiantes manifesteront pour la paix et la baisse du prix du pain. Elles seront rapidement rejointes par les hommes, donnant le coup d'envoi de la révolution de février (donc de mars) et la fin de l'empire russe.

A l'est, le caractère socialiste et révolutionnaire de la journée du 8 mars est bien ancré dans les esprits contrairement à la France.

A la fin des années 50, les Etats-Unis adoptent la "journée des femmes" puis en 1977, c'est l'ONU qui proclamera le 8 mars "Journée Internationale des droits de la femme".

En France, c'est Pierre Mauroy en 1982 qui lui donne son caractère officiel.

 

Voilà pour le petit récap historique (merci à Le Point - Historia "100 idées reçues sur les femmes dans l'Histoire", à Wikipédia, et à plein d'autres sites Internet)

 

Mieux vaut tard que jamais, me direz-vous. Mais quand même ! Faire cette découverte à 28 ans, je trouve ça assez pathétique pour ma part.

Quand je repense à mon ancienne DRH et à ses roses, j'en ricane. Les fleurs, en fait, ce n'était pas vraiment dans le ton. Il aurait mieux convenu d'afficher des tableaux récap' de la répartition hommes/femmes dans les catégories cadres et non cadres, des rémunérations moyennes des hommes et des femmes par coefficient, des promotions et formations, des temps partiels...

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ça, c'était plus dans le ton, non ?

Et vous ? Quels sont vos souvenirs de "8 mars Journée des femmes" ?

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