Mes p'tites indignations 2/2... et 1.3

Mea culpa. Le titre de mon précédent billet laissait entendre qu'une suite était à venir très prochainement. Malheureusement, les fêtes de noël – aaaaah les fêtes de noël !!! (je vous laisse le soin d’y mettre l’intonation de votre choix) – puis un début d’année un peu corsé niveau boulot ont suffit à balayer mes bonnes résolutions.De l’eau a coulé sous les ponts depuis. Mais il ne sera pas dit pour autant que je ne vous livrerez pas – même tardivement – ma p’tite indignation 2/2.

Mea culpa. Le titre de mon précédent billet laissait entendre qu'une suite était à venir très prochainement. Malheureusement, les fêtes de noël – aaaaah les fêtes de noël !!! (je vous laisse le soin d’y mettre l’intonation de votre choix) – puis un début d’année un peu corsé niveau boulot ont suffit à balayer mes bonnes résolutions.

De l’eau a coulé sous les ponts depuis. Mais il ne sera pas dit pour autant que je ne vous livrerez pas – même tardivement – ma p’tite indignation 2/2.

La voici :

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Cette photo a été prise le 30 novembre. Si on ne voit que trois affiches, le mur fait un angle sur la gauche où est placardé un quatrième panneau publicitaire dédié à Carrefour.

Juste derrière moi, hors champ, se trouve la cour de récréation d’une école primaire. C’est un quartier populaire tous ce qu’il y a de plus banal, ni ghetto sulfureux, ni centre-ville huppé, ni quartier résidentiel cossu.

Dans ma ville, ces panneaux publicitaires sont omniprésents, très fréquemment par grappes de deux, trois, voire quatre (comme ici).

Pour un impact décuplé (enfin… j’imagine), ces grappes de panneaux sont louées par un même afficheur. Lorsqu’il s’agit de promouvoir les projets culturels du Conseil Général ou de la commune, passe encore. Lorsqu’il s’agit d’annoncer la tenue de salon érotique dans la grosse ville du coin, ça me fait rire. Lorsqu’il s’agit de mettre sous le nez des gamins la WII, l’ordinateur portable et qu’on indique obligeamment aux parents qu’ils peuvent s’endetter pour satisfaire les desideratas de leurs chères progénitures… j’en grimace.

Alors, il y aurait tant à développer. On pourrait parler de la pollution visuelle induite par les panneaux publicitaires. Par exemple, cet hiver, Carrefour a loué la plupart des espaces publicitaires disponibles dans ma ville. A chaque coin de rue, vous tombiez sur la réclame de ce foutu crédit à 2%. Les expressions « prise d’otage » ou encore « matraquage » me viennent à l’esprit pour décrire ce forcing.

 

On pourrait continuer sur la pression de noël, le surendettement des ménages, la manipulation des plus jeunes à des fins commerciales, les souffrances liées à la frustration « de ne pas avoir », « de ne pas pouvoir offrir », etc. etc.

 

Mais, comme je vous le disais plus haut, de l’eau a coulé sous les ponts si bien que – une indignation chassant l’autre – je vous soumets ma nouvelle p’tite indignation, appelons-là Indignation 1.3.

 

La voici :

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Nous sommes toujours de par chez moi. Ceci est l’affiche grand-format du magazine Votre Beauté de mon marchand de journaux situé juste à ma gauche hors champ. Derrière moi, la fameuse école primaire, et encore un peu plus loin derrière les fameux quatre panneaux publicitaires.

Je l’ai prise en photo ce midi, alors qu’une flopée de gamins courait à côté, une poignée de parents dans leur sillage (« oh ! Une perverse qui prend une photo de bonne femme à poil en pleine rue ! »)

 

Et comme vous pouvez vous l’imaginer, ça m’a indigné.

 

Allez, comme la photo n’est pas forcément bien prise (je n’ai fais qu’un essai avant de prendre mes jambes à mon cou), je vous la remets version « mieux » :

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Et je vous donne le lien du site Internet en prime ICI.

Donc au programme : VOUS ! Oui vous là-bas ! La p’tite boulotte sur le retour qui s’angoisse déjà à l’idée de rentrer dans un maillot de bain cet été.

 

Donc VOUS en MIEUX. Vous comme MOI, Joyce Verheyen, mannequin de chez ELITE Milano qui vous jette ce drôle de regard provocateur, ma tête comme désaxée sur ce corps aux mensurations « de rêve » (84-63-89).

C’est à votre portée, accessible, vous dis-je. Alors qu’attendez-vous pour vous y mettre ? Il vous suffit de faire un régime et vous n’avez même pas à compter les calories. Et si vous êtes trop affamée – vite ! – une petite séance d’aiguilles magiques qui balayeront vos pulsions. Vous remédierez à la rondeur de votre ventre – horrible spectacle dont il ne saurait être question d’infliger la vue aux autres. Pourquoi pas grâce à nos massages miracles qui vous dégonfleront à merveille ?

Parce que « tête bien faite vos mieux que tête bien pleine », vous ferez suivre à vos cheveux un régime protéiné (si vous êtes au régime Dukan, y a pas de raison que vos cheveux ne le soient pas aussi) destiné à les « revitaliser » en profondeur.

Enfin, nous réaffirmons dans Votre Beauté que toutes les femmes ont le droit d’avoir une belle peau ! Vous n’avez qu'à suivre nos prescriptions.

 

Les femmes et leur corps. Le corps des femmes comme champ de bataille commercial à grand renfort de marketing. Ce corps de femme que l’on morcèle et fragmente :

« Et votre ventre ? Vous faîtes attention à la rondeur et à la fermeté de votre ventre ? Tartinez-vous donc de la crème Stopaugras et faites de la danse orientale sous-marine en tuba pour raffermir vos abdos (liste des clubs disponibles sur notre site Internet).

« Et vos cheveux ? Pas trop ternes, vos cheveux ? Utilisez donc les gélules des laboratoires Antiterne aux principes actifs revigorants associés à des masques capillaires aux molécules d’acétoïnes boostées du même laboratoire.

« Et votre peau ? Pas trop d’acné ? Pas trop de rides, de tâches ? Utilisez la crème… le gel… le masque… l’appareil miracle…

« Et vos hanches ? Et vos cuisses ? Pensez à perdre « localisé » grâce à un procédé révolutionnaire…

Etc. Ad nauseum.

Un peu comme dans la chanson de l’alouette dont on plume la tête, le bec, les yeux, le cou, les pattes, le dos…

Ce morcèlement du corps féminin associé au désir de perfection et à la peur d'être rejetée garantissent un business sans fin. Il y a toujours quelque chose à perfectionner, à améliorer pour coller au plus près des canons de la mode. La quête du « moi en mieux » n’aura jamais de fin. Et le mieux, comme chacunE le sait, c’est l’ennemi du bien.

 

Allez, vous reprendrez bien un peu de pâté d’alouette ?!

 

 

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