Considérations sur la féminité en général et les leggings en particulier

Tout commença par une réflexion de ma belle-mère (que j'adore et qui ne manquera pas de me lire. Coucou Kath ^_^) lors d'une séance de shopping pour mon anniversaire : "maintenant que tu as perdu tant de poids, tu n'as pas envie de porter des trucs plus féminins ? je te verrais bien avec des collants opaques, une petite tunique sympa et des jolies bottes, non ? Qu'est-ce que tu en penses ?"

Tout commença par une réflexion de ma belle-mère (que j'adore et qui ne manquera pas de me lire. Coucou Kath ^_^) lors d'une séance de shopping pour mon anniversaire : "maintenant que tu as perdu tant de poids, tu n'as pas envie de porter des trucs plus féminins ? je te verrais bien avec des collants opaques, une petite tunique sympa et des jolies bottes, non ? Qu'est-ce que tu en penses ?"


Alors là, perplexe je fus ! Et un peu blessée aussi. Aussi je répondis (un peu vivement certes) que je n'avais aucun problème avec ma féminité - merci bien ! Que voilà bien longtemps qu'on ne me prenait plus pour un garçon et que savais parfaitement qui je suis (à savoir tout sauf une de ces nénettes en collants et tunique qui pullulent ces derniers temps).


C'est d'ailleurs au cours de cette shopping party que nous apprîmes d'un vendeur vaguement méprisant le petit nom savant de ces formidables collants opaques sans pied qui gainent les jambes d'un grand nombre de mes consœurs montpelliéraines : "ah, vous voulez dire des leggings, c'est ça ? dans le rayon derrière vous !"


Devant tant de mépris et après avoir vu la moitié des filles dans la boutique porter ces fameux "leggings", je décidais prudemment de m'en tenir à mes jeans et d'oublier tout ça.


Mais voilà ! Quelques jours plus tard, c'est une collègue de travail (l'archétype de la quinqua dynamique, mode et "féminine") qui remet le couvert, avec bonne humeur, enthousiasme et grands sourires.

- Ah, comme tu es devenue belle ma chérie ! (sourire douloureux et forcé de Cixi) Vraiment, tu es transformée, je t'assure ! (non, non ! ce n'est rien, juste un peu de graisse en moins sur les fesses, mon cerveau est resté intact, Dieux merci, mais ça ne compte pas visiblement) Moi, je pense que maintenant que tu es une nouvelle femme (sic !), tu devrais fêter ça en allant chez le coiffeur te faire une petite coupe courte et jeune avec des mèches. Cela t'irait super bien ! Et puis, tu devrais t'habiller différemment aussi : des petites chemises sympas, des jupes courtes, des leggings, des bottes... Tu sais ma petite Cixi, tu n'as plus vingt ans (ouch !). Ce serait bien que tu sois plus féminine, non ?

 

Plus féminine... Voilà un mot qui revient souvent dans la bouche de mes interlocutrices ces derniers temps. Il y a quelques mois de ça (comprenez : avant mon régime) il n'en était nullement question. Je devais être de celles qui ont de beaux cheveux, un joli sourire et un caractère en or, pas de celles qu'on range dans la catégorie "féminine" à priori. Et puis voilà que quelques trente kilos en moins plus tard, toutes les femmes que je croise n'ont de cesse de m'exhorter à être plus "féminine". Bizarre ! ça nécessitait une investigation de ma part.

 

Je me disais bêtement que les plus qualifiés pour juger de ma féminité, c'était les hommes. Je prenais donc avis auprès de quelques uns de leurs honorables représentants. Et en premier lieu, le plus honorable de tous, mon mari bien sûr. Sourire amusé et vaguement perplexe de celui-ci devant mes interrogations sur ma féminité.

 

- euh... rien à dire sur ta féminité ma chérie... non vraiment ! Au fait, en parlant de féminité, tu sais - hum - ok pour plus de piscine, de légumes et de poissons te concernant mais, pitié ma belle latine ! ne fait pas tout fondre, hein ? Reste raisonnable, d'accord ?

 

Même perplexité chez les autres mâles que j'entretenais du sujet, les considérations sur les légumes et la piscine en moins off course ! Il en est ressorti que - décidément - les femmes étaient vraiment des peaux de vache entre elles. Que telle est la nature féminine, ma pauv' Cixi, les femmes n'y peuvent rien, c'est génétique ! Que je pouvais être très féminine quand je voulais (pour le coup, je me demande si c'est un compliment) et que je m'en donnais la peine, et qu'on ne pouvait définitivement pas me prendre pour un garçon, même vêtue d'un survêt' informe par nuit sans lune.

 

A la question : c'est quoi être féminine, réponse quasi unanime de l'assemblée ! Porter des jupes ou des robes (pas trop longues mais pas trop courtes non plus), des chaussures à talon (haut mais pas trop), se maquiller (un peu mais pas trop, que ça fasse "naturel"), s'épiler, avoir des ongles longs (mais pas trop, sinon ça fait pétasse), avoir les cheveux détachés et longs (mais pas trop sinon ça fait négligée), etc. Aguicheuse mais pas trop, sage mais pas trop non plus... Outre le fait que je trouve les réponses d'une banalité affligeante, il semblerait qu'être féminine chez les hommes ne se résume qu'à une loooongue succession de "un peu mais surtout pas trop !"


Et que pensent les hommes (ceux de mon entourage) de la mode des leggings ?

Les hommes (haussement d'épaules) : bah ! elles s'habillent toutes comme ça maintenant !

Cixi (qui cherche la petite bête) : ok, mais est-ce féminin selon vous ?

- ben non ! confortable oui mais absolument pas féminin.

- ben alors, pourquoi est-ce qu'on me présente ça comme le summum de la féminité ?!!

- le mystère féminin ma petite Cixi... pense bien à t'y initier à l'occasion et explique nous, ça nous sera utile.

Et tant qu'on te tiens, en tant qu'auguste représentante de la gente féminine (que tu restes bien que ne portant pas ces détestables leggings), pourrais-tu nous éclairer sur le mystère suivant : pourquoi vous autres les femmes n'êtes jamais contentes de ce que vous êtes ? C'est vrai quoi ! C'est constant à travers l'histoire ! Quand vous êtes rondes, vous voulez être minces. Vous êtes plates ? Vous vous rêvez façon Betty Boop. Vous êtes brunes ? il vous faut être blondes. Vous n'êtes jamais contentes de ce que vous êtes.

Alors que - tu le sais bien - au final, les hommes sont des femmes comme les autres. Tout comme pour vous, les compagnes que nous choisissons ne sont pas celles qui ont les plus beaux leggings ou Wonderbras (même si quelques fois - avouez messieurs ! - ça vous décide plus vite) ... ce sera surtout celles dont la présence, le regard et le sourire nous font battre le cœur plus vite... Vous le savez toutes pourtant Mesdames, alors à quoi bon toutes ces contraintes ?


A mon sens, dans cette question réside une partie de la réponse à mes interrogations.


Les hommes – c'est un fait entendu, voir mon premier billet sur la question – définissent une partie de leur virilité par leurs possessions : la plus grosse voiture, la plus grande maison, le dernier portable, le plus gros PC, … la plus belle femme. D'ailleurs, il n'est pas rare de les voir jouer entres eux à un petit jeu du nom de « qui a la plus grosse ». Et toutes les possessions sont bonnes pour y jouer : le barbecue à gaz, la boîte à outils ou même le couteau de poche (c'est du vécu ! Imaginez ces messieurs entre quinze et soixante ans sortir leur couteau à manche en bois et en comparer la longueur ou le tranchant de la lame... fou rire garanti !)


Comme nous l'avons dit plus haut, les hommes sont des femmes comme les autres et ils n'ont certainement pas le monopole de l'esprit de compétition.

 

Sauf que chez les femmes, la compétition ne porte pas sur ce que nous possédons (historiquement, dans les sociétés patriarcales, la femme ne possède pas grand-chose)... mais plutôt sur notre apparence et notre capacité à contrôler, à contraindre notre corps.

 

Etre féminine pour les femmes n'est pas tant une question de poitrine, de hanche ou de chevelure, qu'une question de contrôle et de respect des codes (de la mode). D'où les fameux leggings auxquels ils faut sacrifier pour être « féminine ». Les hommes et leur regard ne sont qu'une façon parmi tant d'autres de compter les points. Traitresse à mon sexe, j'avais oublié ce détail !

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