Et si Mélenchon nous renvoyait chez les Grecs ?

Après la Fête de la Bastille, beaucoup de gens ont dit: «Jean-Luc nous a parlé des jours heureux». C’est peut-être la phrase-clé qui pulvérise la sinistrose de cette campagne présidentielle. Celle qui met en lumière le candidat qui monte, qui monte. Le seul à parler d’espoir, mot qui figure rarement dans le vocabulaire des politiques.

Après la Fête de la Bastille, beaucoup de gens ont dit: «Jean-Luc nous a parlé des jours heureux». C’est peut-être la phrase-clé qui pulvérise la sinistrose de cette campagne présidentielle. Celle qui met en lumière le candidat qui monte, qui monte. Le seul à parler d’espoir, mot qui figure rarement dans le vocabulaire des politiques.

Qu’il était beau, le rassemblement du 18 mars, on y a vu des sourires et des larmes, des cris de joie et des bravos. Il nous a annoncé le temps des cerises et du printemps des pays européens. Enfin un peu de rêve à l’horizon. Mais quand Mélenchon a ajouté: «Nous adressons notre salut fraternel et notre solidarité au peuple grec qui souffre et qui pâtit», m’est aussitôt revenu en mémoire un homme qui a beaucoup compté pour moi  (il m’a fait échouer au bac), un dénommé Solon.

Il est à l’origine d’une série de réformes qui accroissaient considérablement le rôle de la classe populaire dans la politique. Solon et Mélenchon n’appartiennent pas à la même génération, il nous faudrait remonter jusqu’aux années 590 av. JC.  lorsque la Grèce était déjà au bord du gouffre. Dans les territoires de l’Attique, et surtout à Athènes, l’inégalité entre les pauvres –surendettés auprès des riches– et les riches –accrochés à recouvrer leurs créances auprès des pauvres– frôlait la guerre civile. Les plus sages des Athéniens eurent recours à Solon, déjà connu par ses écrits pour son patriotisme et son honnêteté, parce qu’il n’avait ni partagé l’injustice des riches, ni approuvé le soulèvement des pauvres. (En fait, il avait trahi les deux, promettant en secret aux pauvres le partage des terres, et aux riches, la confirmation de leurs créances – Mélenchon, tiens-toi bien).

Mais sur l’instant, Solon, ce fut le miracle convoité par Mélenchon. Il décréta qu’être surendetté, c’était de l’esclavage. Il fit voter l’exonération des dettes, l’abolition des hypothèques et de la contrainte par corps, l’amnistie politique. La Constitution attribuée à Solon stimulait la reprise économique en favorisant le métier et le commerce. Et quand Mélenchon parle d’un réaménagement de la dette publique et de son annulation partielle, d’une baisse des taux d’intérêt… cela nous prend une petite résonnance Solon. Quant à la création d’une Assemblée constituante, voulue par Mélenchon , élue à la proportionnelle intégrale, avec la parité (çà, faut voir), Solon, lui, a instauré l’Assemblée du peuple avec droit de vote et égalité de tous, à savoir le suffrage universel, ou la naissance de la démocratie.

Jugement d’Aristote sur les réformes de Solon: «Tout en se gardant d’abolir les institutions qui existaient auparavant… il a réellement fondé la démocratie en composant les tribunaux de juges pris parmi tous les citoyens. Aussi lui attribue-t-on de vives critiques comme ayant détruit l’élément non-démocratique du gouvernement, en attribuant l’autorité suprême à l’Assemblée du Peuple dont les membres sont tirés au sort après leur élection.» 

Notre époque ne dispose pas d’esprits brillantissimes quant à l’analyse critique de nos candidats à la Présidence. Et comme d’habitude, ce sont les anonymes, dans les forums du Net, qui expriment avec talent toutes les options directes qui nous rassemblent.

Citations: la plus belle – Pensez le changement au lieu de changer le pansement.

La plus pertinente : Aux dernières nouvelles, le camarade Mélenchon va servir de rabatteur de voix pour François Hollande au deuxième tour, après l’avoir traité de tous les noms.

La plus lucide sans le savoir : Mélenchon fait de la politique avec un rétroviseur (non anonyme, Cécile Duflot) - quand je vous disais qu’il y avait du Solon par le petit bout de la lorgnette.

Une autre, du même tabac : C’est une campagne d’un autre temps qui prend les sujets d’actualité et les relaye, certes avec un grand talent oratoire mais aussi avec démagogie. (A noter, « démagogie » et « homme politique » = pléonasme)

Et celle-ci, elle renforce ma petite idée : Pour en arriver à Mélenchon, les philosophes grecs ne doivent pas croire que ce sont eux qui l’ont amené à ce discours. Ou encore : Les pauvres, de plus en plus impliqués dans l’exercice du pouvoir, sont plus sensibles aux arguments du démagogue : sous prétexte de démocratie, le populisme est né.

Bizarre, bizarre… Platon hiérarchise dans La République les régimes politiques en plaçant «la démocratie» juste devant «la tyrannie». Ce qui fut fait avec Pisistrate et chassa Solon. Et le dernier mot, pour cerner au mieux nos certitudes autant que nos incertitudes pour le vote final, revient  à un autre internaute, et le plus sage d’entre eux. Il cite Héraclite: Je regarde toutes les choses humaines comme tristes et lamentables et rien qui n’y soit soumis au destin. Le présent me semble bien peu de choses, l’avenir désolant, tout y flotte comme un breuvage en mixture, amalgame de plaisir et de peine, de science et d’ignorance, le haut et le bas s’y confondent et alternent dans le jeu du siècle.

Héraclite n’a jamais été considéré comme un joyeux luron mais ses paroles, à travers les siècles, résonnent comme l’écho fidèle de ce que nous vivons.

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