Surveillance généralisée : de l'urgence à défendre nos libertés et celles de notre voisin-e

 

Tout s'accélère et va très vite.

Nous avons vu passer le 11 septembre, le Patriot Act, les discours de Bush, Guantanamo, l'arrestation de Snowden, les lois sécuritaires, le fichage généralisé, facebook, la vidéo surveillance,..

Les débats protection de la vie privée-sécurité, risque-tolérance zéro, liberté d'expression-terrorisme ne font plus le poids face au 11 janvier.

Les lois de 2013-2014 relatives à la programmation militaire et à la lutte contre le terrorisme s'appliquent, le projet de loi sur le renseignement va être voté.

L'urgence est là, maintenant. L'après Charlie, c'est aujourd'hui.

Quand tout est arrivé de l'autre coté de l'Atlantique, nous pensions être loin de cette hystérie collective et du tout sécuritaire.

Mais les lois sont parfois insidieuses.

Et quand elles ne nous concernent pas, nous ne pouvons en mesurer les impacts, les dangers et les effets.

C'est un peu comme l'écrivait le Pasteur Martin Niemoller...

Quand ils se sont attaqués aux droits des étrangers, en restreignant leur droit au séjour, en les plaçant en rétention, en leur refusant l'asile, en ne leur donnant plus accès à un juge, en les plaçant dans des situations humaines dramatiques, je n'ai rien dit, je n'étais pas étranger,

Quand ils se sont attaqués aux jeunes de banlieue en les contrôlant plusieurs fois par jour, en les plaçant en garde à vue et en les condamnant systématiquement sur la seule parole des policiers, en usant d'armes contre eux, je n'ai rien dit, je n'étais pas jeune issu de l'immigration,

Quand ils se sont attaqués aux musulmans, en les stigmatisant dans les médias, en faisant l'amalgame avec les islamistes, en montrant du doigt leur culture, en refusant de laisser les filles entrer dans les écoles voilées, je n'ai rien dit, je n'étais pas musulman,

Quand ils se sont attaqués aux militants, en les fichant systématiquement, en les poursuivant devant les tribunaux, en usant de la force et d'armes lors de manifestations, en les surveillant, je n'ai rien dit je n'étais pas militant,

Quand ils se sont attaqués aux journalistes et à la liberté de la presse, en demandant la divulgation de leurs sources, en refusant de publier leurs articles, en les plaçant en garde à vue, en les surveillant et en mettant leur téléphone sur écoute, je n'ai rien dit, je n'étais pas journaliste,

Quand ils se sont attaqués aux lanceurs d'alerte et ont demandé l'extradition de Snowden comme espion, que les révélations sur la surveillance généralisée ont été faites, que chacun a pu se rendre compte qu'il était sur écoute et surveillé en permanence, que les échanges sur internet étaient enregistrés, que sa vie privée était devenue publique, je n'ai rien dit, je n'avais rien à me reprocher,

Aujourd'hui, depuis que les lois sont passées, je suis poursuivi devant les tribunaux en procédure de comparution immédiate, après 96 heures de garde à vue sans avocat, pour avoir fait l'apologie du terrorisme. J'aurai exprimé mon opinion sur les réseaux sociaux en affirmant que je m'opposais à la dernière guerre déclenchée par les Etats Unis et voulue par la France, et j'aurai consulté à plusieurs reprises des sites d'opposants à cette guerre.

Cette guerre est menée par les alliés signataires des traités transatlantiques avec les Etats Unis, traités qui ont été signés par les dirigeants, sans que le peuple n'ait pu dire son mot. Je suis contre, tout simplement et je souhaite le dire.

Je suis désormais dans le fichier des personnes recherchées et condamnées. J'ai un casier judiciaire, une peine avec sursis. Je suis surveillé de près, je fais l'objet de nombreux contrôles. Je ne peux plus aller manifester sans me faire arrêter et placer en garde à vue. Mon épouse qui est française d'origine marocaine, a fait aussi l'objet de contrôles. Elle parle arabe, sa famille vit en partie au Maroc et en partie au Liban. Elle est soupçonnée d'avoir commis le délit d'entreprise individuelle terroriste, en raison des liens qu'elle entretient avec sa famille et suite à mes condamnations. L'Etat lui a retiré la nationalité française et elle a un titre de séjour d'une année. J'ai un accès limité à internet, je ne peux pas entrer en contact avec des journalistes, je suis interdit de sortie du territoire.

Nous sommes tous concernés.

 

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