Sivens: un rapport sans surprise qui légitime l'usage de la force!

Et voilà le point de départ, qui justifie la force et les armes : les radicaux de Notre-Dame-des-Landes sont arrivés sur Sivens ! Notre-Dame-des-Landes, la bête noire...

Et voilà le point de départ, qui justifie la force et les armes : les radicaux de Notre-Dame-des-Landes sont arrivés sur Sivens ! Notre-Dame-des-Landes, la bête noire...

« Les opérations de maintien de l'ordre sont conduites dans le département du TARN depuis la fin du mois d'août 2014 pour permettre le démarrage des travaux de la retenue d'eau de Sivens. Elles ont donné lieu à des affrontements d'une rareviolence ».

 

Maintien de l'ordre pour travaux, rare violence....Comment en est-on arrivé là ?

Le ministre de l'intérieur a commandé une enquête administrative.

S'agissant d'une enquête administrative confiée à l'IGGN relative aux interventions de gendarmes, rien de surprenant dans les conclusions de ce rapport : l'usage de la force a été engagée à un niveau strictement nécessaire, tout a été mis en œuvre pour apaiser les affrontements, ce n'est que face à la stratégie de radicalisation des activistes dans le droit fil de la contestation de Notre Dame des Landes que l'usage des armes a été rendu nécessaire. Mission accomplie, rien à signaler.

Et pourtant... des militants écologistes non violents étaient présents sur Sivens d'octobre 2013 à l'été 2014 plaçant leurs actions essentiellement sur le plan juridique ».

Une montée brutale en violence serait apparue : « une poignée de radicaux regroupés en collectif prépare la lutte à venir et sous l'impulsion d'anciens opposants expérimentés au projet d'aéroport à Notre Dame des Landes, ils créent une « ZAD (zone à défendre) » à la Métairie Neuve ».

C'est ainsi que « fin août 2014 marque une rupture dans les modes d'action des opposants » !

Et voilà le point de départ, qui justifie la force et les armes : les radicaux de Notre Dame des Landes sont arrivés sur Sivens ! Notre Dame des Landes, la bête noire..

« radicalisation, professionnalisation, meneurs aguerris, affrontements violents, sophistication des moyens employés, harcèlement, guide à l'usage des zadistes, politique de communication active, entraves au travail des journalistes... »

C'est la guérilla, la guerre civile, les djihadistes verts...l'ennemi est à nos portes, nous devons le chasser hors de nos terres et ne pas le laisser s'installer, nous envahir !

Vous devez être d'une extrême fermeté, pour qu'il n'y ait pas un autre Notre Dame des Landes...

 

Qu'entend la gendarmerie par opposant radical ?

Comment la gendarmerie explique la « rupture » entre l'action pacifiste et l'opposition radicale ?

Selon l'IGGN, une poignée de radicaux regroupés en collectif baptisé « tant qu'il y aura des bouilles » se démarque des militants écologistes non violents et prépare la lutte. Sous l'impulsion d'anciens opposants expérimentés au projet d'aéroport, ils créent une ZAD. En août, la rupture est claire et les affrontement deviennent violents.

Et pourtant... octobre 2013, une dizaine de militants écologistes s'installent à la Métairie. Ils en sont expulsés par des cagoulés violents et s'installent alors sur une parcelle qu'il nomme La Bouillonnante, y construisent cabanes en bois, yourtes, montent un chapiteau. Ils baptisent ce lieu, la ZAD. Ils sont soutenus par une partie de la population locale, sont de plus en plus nombreux, occupant plusieurs parcelles et ce, jusqu'à fin juin.

Aucun affrontement.

Durant l'été, certains partent, d'autres restent dans le département. Ces mêmes militants écologistes pacifistes reviennent mi août s'installer sur les parcelles de l'emprise du barrage. Ils annoncent le retour de l'occupation et leur détermination à s'opposer aux travaux de déforestation. A nouveau, cabanes, yourtes, chapiteau. Une partie de la population locale se mobilise également, informée de la destruction imminente de la forêt. La Zone à Défendre fait venir des militants d'ici et d'ailleurs, de la Région et aussi de Notre Dame des Landes.

C'est ainsi que fin août, les gendarmes font face à une centaine de militants sur le site de Sivens.

Des militants déterminés et convaincus de l'utilité de leur action, prêts à résister longtemps et qui demandent au Président du Conseil Général un débat.

Selon l'IGGN, ces militants se radicalisent et changent de méthodes d'action.

Alors, quels sont les critères qui permettent de distinguer le militant pacifiste de l'opposant radical... ?

Le militant qui exprime son opinion contre le projet de barrage et qui, dès septembre, vient vivre sur le site de Sivens pour empêcher les travaux de déforestation dès septembre, et décide de s'installer dans un arbre toute la journée lorsque les machines arrivent, est il un opposant radical ?

Le militant qui fait partie du collectif de défense de la zone du Testet et qui décide, dès septembre, de soutenir plus activement la lutte et gare sa voiture sur la route d'entrée des machines, devient-il un opposant radical ?

Le militant qui décide d'aller monter sa tente sur le site de Sivens en septembre et entend toute la journée les bûcherons couper les arbres et qui décide d'aller voir le lendemain matin les dégâts et qui s'approche trop près des gendarmes, a-t-il une attitude d'opposant radical ?

Le militant qui habite à coté de la forêt de Sivens et qui s'y promène tous les week-ends, et apprend en septembre que les arbres de la forêt sont en train d'être coupés, qui décide alors d'aller sur le site avec ses copains déguisés en clown et s'approche des gendarmes pour leur parler agit-il comme un opposant radical ?

Et pourtant....

L'homme dans l'arbre a reçu des coups de pied sur le visage par un gendarme alors qu'il était en hauteur, a été mis en danger à plus de 15 mètres du sol car les branches de l'arbre ont été élaguées volontairement et son filet de sécurité a été coupé..

La personne dans sa voiture a été violemment attrapée par les cheveux, après avoir été gazée, traînée au sol sur plusieurs mètres et jetée sur un tas de ciment, insultée..

La personne qui voulait voir les dégâts des machines sur la forêt, a reçu une balle dans la main, tirée par un gendarme muni d'un lanceur flashball..

La personne déguisée en clown a reçu un coup de tête par un gendarme muni d'un casque et a été la cible d'un tir de flashball dont la munition lui a effleuré la main..

Les personnes qui habitaient dans les tentes, les caravanes, les yourtes ont vu toutes leurs affaires personnelles brûlées..

 

Oui, les forces de l'ordre ont dû faire face à des actes violents, à des tirs de cailloux, de pierre et de cocktails molotov.

Mardi 26 août 2014, les forces de l'ordre arrivent sur le site pour sécuriser les parcelles du chantier afin d'accueillir les bûcherons qui vont démarrer la déforestation.

Les gendarmes sont accueillis par un groupe d'opposants entre dix et vingt personnes, certains avec le visage masqué, derrière une barricade et jetant des cailloux et des pierres, à l'entrée du site, proche de la D999. Les gendarmes vont signaler l'envoi de cocktails molotov, deux gendarmes vont recevoir des jets de cailloux.

Les deux camps s'affrontent. Les gendarmes usent de gaz lacrymogène en nombre. Il n'y a aucun contact, aucune mise en danger, chaque camp reste à distance et s'envoie des projectiles.

Les militants pacifistes, une cinquantaine, présents sur place mais plus loin, sur les parcelles le long du chemin départemental, vont s'approcher pour tenter une médiation qui aboutira à un retour au calme en fin de journée.

Le lendemain, le même scénario se reproduit avec barricade et jets de pierre. Plus loin, dans la forêt et sur le chemin départemental, des opposants pacifistes vont se positionner en chaines humaines le long du chemin, des clowns vont se déplacer dans la forêt en suivant les gendarmes, des militants vont essayer de parler aux gendarmes en leur expliquant pourquoi ils s'opposent à ce projet et sont présents sur le site.

Sur cette journée, trois personnes vont être interpellées, placées en garde à vue pendant 48 heures et présentées devant le tribunal correctionnel le vendredi 29 août. Le tribunal prononcera la relaxe de ces trois personnes, précisant dans son jugement que des violences ont certainement eu lieu, mais que les gendarmes ne rapportent pas la preuve de l'implication violente et radicale de ces trois personnes. Elles étaient poursuivies pour participation à une manifestation interdite, cagoulée et armée, violences volontaires sur personnes dépositaires de l'autorité publique en réunion et avec armes.

A partir du 1er septembre, les bûcherons arrivent sur le site, escortés par les gendarmes mobiles équipés en tenue de maintien de l'ordre. Le ton est donné !

Commence alors une « lutte », une « opposition », des « affrontements » entre des militants déterminés et nombreux, soutenus par une partie de la population locale et des militants du collectif du Testet, et des gendarmes en mission de maintien de l'ordre.

Dialogue de sourd et guerre d'usure.

Le scénario se reproduit : à l'entrée du site, des barricades, une dizaine d'opposants le visage caché qui se placent pour affronter les gendarmes certains jours, ou qui partent dans la forêt d'autres jours, et plus loin, sur le chemin départemental, sur les parcelles à déboiser, des opposants pacifistes, assis par terre, ou cachés dans les arbres ,ou déguisés en clown.

Deux moyens différents de s'opposer, de lutter.

Et Pourtant...Un usage de la force et des armes le même pour tout le monde !

Une mission de maintien de l'ordre pendant deux mois ! Combien de gardes mobiles, de membres du PSIG, d'armes...

Deux mois d'usage de la force et d'utilisation d'armes !

Deux mois, jusqu'aux journées particulièrement violentes des 29 septembre et 7 octobre, puis des deux semaines de harcèlement d'une dizaine d'opposants restés sur les lieux d'habitation, avec destruction d'affaires personnelles, envoi de gaz lacrymogène dans les habitations, coups de tonfa et insultes quotidiennes.

Sur la journée du 7 octobre, le rapport d'IGGN reconnaît à demi mot et contraint par les vidéos qui ont circulé sur internet, des fautes professionnelles : interpellation violente d'un jeune roué de coups par un membre du PSIG et lancer de grenade de désencerclement dans la caravane par un membre du PSIG.

Pour le reste, pas de faute professionnelle.

 L'usage de la force a été nécessaire, proportionnée, dans le respect du cadre légal fixé par le Code de sécurité intérieure.


Et les armes ?

Le rapport de l'IGGN est silencieux sur les armes utilisées durant les deux mois de maintien de l'ordre sur le site de Sivens.

Depuis fin août, ont été signalées par les personnes présentes sur le site : grenades lacrymogènes de plusieurs types en quantité impressionnante, grenades assourdissantes, munitions de lanceurs dits flashball Verney-Carron, balles de défense utilisées avec lanceurs et grenade de désencerclement (caravane).

Et les prises de décision ?

Le rapport indique « Dès le 23 août et jusqu'à la veille de la manifestation du 25 octobre, le directeur de cabinet anime une audio-conférence chaque soir vers 19 heures avec les responsables du conseil général, le maître d'ouvrage délégué (la CACG), la maire de Lisle sur Tarn et le commandant du GGD81, ce qui permet de dresser un bilan quotidien et de décider des opérations du lendemain ».

La décision a été collective et quotidienne.

Le préfet ? Il est venu sur place une seule fois, le 8 octobre.

Les demandes d'enquête judiciaire, le travail des associations, du défenseur des Droits, la commission parlementaire et les actions qui seront engagées contre l'Etat feront toute la lumière sur les éléments passés sous silence par l'enquête administrative...

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