De Zad en Gilets jaunes

Le dispositif policier de la journée du 24 novembre laisse penser qu'il y aurait deux poids deux mesures dans la répression du mouvement social..

Le dispositif policier mis en place à Toulouse ce samedi 24 novembre 2018 était "classique" : camions de CRS en masse, police nationale et unité d'intervention. Pourtant, il y régnait une atmosphère bon enfant. Les gilets jaunes circulaient partout dans le centre ville, dans les allées centrales, proche des commerces. La manifestation n'était pas déclarée. Elle durera de 8 heures à 18 heures environ. Les gilets jaunes ont été escortés plutôt qu'attaqués. 

Depuis les manifestations de 2014 qui ont fait suite à la mort de Rémi Fraisse, aucun cortège officiel déclaré ne peut traverser le centre ville de Toulouse. Les manifestations sont inlassablement confinées dans l'espace restreint Arnaud Bernard-monument aux morts. Une ligne droite morbide, hors des centres de concentration de la foule et des citoyen.nes.

Et pourtant, aujourd'hui, comme par miracle, les gilets jaunes parcourent tout le centre ville de Toulouse, sans aucune déclaration préalable en préfecture. 

A Paris, les manifestants auraient été sommés de se rendre au champs de Mars. Ils n'acceptent pas. Ils font force et front devant les CRS qui les empêchent de franchir le barrage et aller sur les champs Elysées. Très rapidement, les gilet jaunes "forcent" le barrage des CRS et vont accéder aux allées symboliques. Les CRS vont leur laisser le champ libre et leur permettre l'accès. Les CRS seront applaudis. 

J'en suis ravie pour les gilets jaunes. 

Mais je m'attriste et je constate qu'il y a deux poids deux mesures. Et elles sont parfois inacceptables. 

Pourquoi les gendarmes mobiles n'ont-ils  pas laissé le passage aux opposants écologistes à Sivens qui, depuis des semaines, expliquaient aux forces de l'odre qu'ils se battaient pour leurs enfants, pour la terre, pour la planète ? Pourquoi les gendarmes à Sivens n'ont ils pas reçu l'ordre de partir et évacuer le terrain qu'ils occupaient lors des événements du 26 octobre 2014, pourquoi n'ont ils pas eux memes, comme aujourd'hui sur les Champs Elysées, décider de céder et laisser le peuple décider ? 

Quand je vois ces images de CRS, de policiers qui accompagnent les manifestants et sont bienveillants, je me réjouis mais je garde cette amertume d'une police et d'une justice à deux vitesses. 

Les un.e.s se font escorté.e.s, les autres se font controlé.e.s et tabassé.e.s, mutilé.e.s, tué.e.s. 

Il ne s'agit pas de revendiquer un tabassage pour toutes et tous, vous l'avez compris. Il s'agit de questionner et de tenter de comprendre. L'Etat a le monopole de la force légitime. Cette légitimité n'est plus acceptable.  

 

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