La honte

Monsieur le Premier ministre, ne vous croyez pas tout puissant. Pandémie de Coronavirus ne veut pas dire blanc-seing; Vous êtes, ne l'oubliez pas, seulement notre représentant. Débrouillez-vous pour nous représenter au mieux et pour nous permettre d'accompagner nos morts, c'est à dire de nous donner les moyens de le faire dignement.

Hier soir, à la question d'une téléspectatrice de savoir si l'on pouvait enterrer un ami qui venait de mourir, en ces temps de Coronavirus, le Premier Ministre a répondu non. Pas question. Interdiction de.

NON.

On peut donc sortir pour travailler, pratiquer un sport, aller voir son toubib, remplir les frigos, ou promener son chien. Mais pas pour pleurer un ami qui vient de mourir, et, on le devine, un parent, un frère, une maman, un père, ou tout être aimé.

La mort de l'un de nos proches vaut donc moins qu'un chien qui se promène. Comme si on voulait effacer la Camarde, hop, hop, hop, prière de pleurer chez soi, à l'abri des regards. Hop, hop, hop, toute une vie sans un ultime au-revoir, sans ce qui fonde une partie du plus profond de notre humanité, honorer ceux que l'on a aimé. Prière de ne pas déranger, prière de ne pas risquer quoi que ce soit, nos chagrins ne valent plus rien.

Monsieur le Premier ministre, ne vous croyez pas tout puissant. Pandémie ne veut pas dire blanc-seing; Vous êtes, ne l'oubliez pas, seulement notre représentant. Débrouillez-vous pour nous représenter au mieux et pour nous permettre d'accompagner  nos morts, c'est à dire de nous donner les moyens de le faire dignement. Vous aurez un peu plus de travail ce soir, peut-être, mais il est de votre devoir de nous proposer une solution. Gageons que si cela vous arrivait à vous, la mort d'un être aimé, vous n'hésiteriez pas à vous rendre près de lui, et nous comprendrions. Masques, lavages de main, un mètre de distance, etc etc, nous ne sommes pas des enfants, nous connaissons maintenant les précautions à prendre, pour nous, nos proches et tout ce merveilleux corps médical qui nous épaule et nous sauve, et qui n'avaient jusqu'à présent que si peu votre reconnaissance.

Mon cousin vient de mourir. S'il est enterré à Paris, ce qui n'est pas certain, j'irai. Je désobéirai, et veut bien vider mon porte-monnaie pour toutes les amendes de la terre, vous n'aurez pas mon coeur. Ses frères et soeurs ont besoin de soutien, imaginez l'angoisse d'avoir à organiser des obsèques, imaginez la peine de se retrouver seuls. Ils ont perdu un autre frère il y a deux mois.

J'appliquerai à ce sujet le devoir de désobéissance.

Allez, mes amis de Médiapart, réagissez, interpellez le gouvernement, ne nous laissons pas voler ces instants si importants de nos vies: dire un dernier au-revoir à tous ceux qui nous ont été chers.

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