POLICE

Une femme a été contrôlée en Charente, le 22 mars, sortant d’un supermarché avec, dans son chariot, uniquement des bouteilles de Coca. "Vous prévoyez une gastro, ou quoi ? ", lui ont lancé les pandores avant de la menacer d’une amende de 135 euros à la moindre récidive.

Les contrôles absurdes et les vexations inutiles dans les rues se multiplient, en ces temps de Coronavirus. Les flics ne feraient-ils pas un peu trop de zèle et les citoyens un peu les kékés ? Cela m’a inspiré ce petit texte, parce que, Conardovirus ( comme je l'appelle) ou pas, rire est aussi un médicament. Mais, gaffe ! Restons confinés. Comme tout le monde le sait, fiction n’est pas réalité…

 

 

Quelque part du côté de la Place de la Nation. Personne, ou presque, dans la rue. Une femme, clés en mains, s’apprête à rentrer chez elle. Un policier l’aborde.

 - Bonjour Madame, Police Nationale… Votre attestation de déplacement dérogatoire, s’il vous plaît.

 -  Oui… (large sourire) Bonjour, Monsieur. Je rentre chez moi, là. Attendez, attendez… (elle fouille dans son sac, longuement, puis se trouble) Je suis sûre que je l’ai… En tout cas, je l’avais hier… (elle continue de fouiller, rougit, lève la tête vers le flic à l’air sévère, finit par extirper son laisser passer d’hier, triomphante. Elle le montre au flic avec amabilité, qui le lit sans le toucher).

 - D’accord. Mais je vois 22, là, à la date. Or nous sommes le 23. Hier, c’est pas aujourd’hui, et aujourd’hui pas hier. Je vous demande celui d’aujourd’hui.

 - Oh, Monsieur l’agent, il y a juste la date à changer, je viens d’aller faire mes courses, comme hier, voyez, c’est coché là : « déplacements pour effectuer des achats de première nécessité. » et je suis déjà sur le pas de ma porte.

 - Oui, mais votre attestation n’est pas valable, Madame. La loi, c’est la loi et la date, la date. (Le flic reste très poli, très froid) Je vais être obligé de vous verbaliser. D’autant que vous n’avez pas coché la case « animaux de compagnie » et que vous avez un chien. Et qu’il faut choisir. Soit vous allez faire vos courses, soit vous promenez votre chien. C’est pour votre sécurité, Madame, et celle de tous nos concitoyens. Nous sommes en État d’urgence sanitaire.

- Oh le chien… Ben oui, j’ai été obligé de le sortir, pour qu’il fasse ses besoins… Je voulais le laisser à la maison, mais il m’a fait un de ces cirques quand j’ai ouvert la porte ! Vous savez ce que c’est… Et après, je vais chez le médecin, mais je rentre d’abord à la maison, parce que je ne peux tout de même pas emmener mon chien chez le docteur… (elle poursuit, s’entortillant dans sa laisse, essayant d’amadouer le représentant des forces publiques) Vous comprenez, Monsieur, la situation est exceptionnelle, et on fait des oublis… On n’a pas l’habitude… On est en France, on vit dans une démocratie, quoi… on sort de chez soi, on ne pense pas toujours à vous… Enfin je veux dire… On n’a pas un flic dans la tête tout le temps qui nous dit de ne pas oublier le fameux laisser-passer… (elle bafouille, consciente de sa bourde) Déjà que la plupart du temps j’oublie la liste des courses….

- Attention, Madame, vous êtes au bord de l’outrage… Alors soit vous payez, soit on vous embarque ! (Il lui tend l’amende)

- De l’outrage ! (outrée)

 (le flic se penche. Le chien grogne. La passante lève des yeux suppliants.)

 - Et je peux voir votre caddie ?

 - Quoi, qu’est-ce qu’il a mon caddie ?

 - Ouvrez-le.

 - Que j’ouvre mon caddie ? C’est réglementaire, ça ? (le chien aboie : la paix, Médor !)

 - Ouvrez-le.

 (La dame s’exécute. Le policier est toujours très poli mais inquiet)

 - Six packs de coca ! C’est tout ce que vous avez acheté ? (Le chien montre les dents)

- Ben oui. J’en achète souvent. J’ai quatre enfants à la maison, que deux paires de bras et personne pour m’aider. Ils s’ennuient, vous comprenez. Alors, ils boivent. Et…

- Je ne veux pas connaître votre vie privée, Madame. Que vos enfants boivent ou pas, cela ne me regarde pas. Le Coca n’est pas considéré comme un aliment de première nécessité. Je vais être obligé de vous reverbaliser. Et pour le chien aussi. Et si vous récidivez une fois, ce sera 1500 euros. Quatre fois en un mois, ce sera 6 mois de prison et 3700 euros. La règle est la règle. Ce n’est pas de gaité de cœur, comprenez-moi bien, mais si tout le monde faisait comme vous…

 (La femme, se frappant le front et faisant demi-tour)

- Oh, mais j’y pense ! J’ai oublié mes deux bouteilles de lait et mon beurre… Plus du café pour mon voisin qui ne peut pas sortir… Ah, lala, où ai-je la tête…

 (Le flic, menaçant)

- Vous ne bougez pas d’ici, Madame. Je vous demande de payer l’amende pour la dernière fois. Après, c’est le poste.

 (la femme, stupéfaite, puis s’emballant)

- Vous ne m’avez pas laissé finir, pour le coca ! Si vous voulez tout savoir, l’aîné s’est mis du chewing gum dans les cheveux ce matin et le coca, ça l’enlève ! Par ailleurs, j’ai prévu de nettoyer mes joints de carrelage de salle de bain cet après-midi, ma casserole a brûlé, je dois récurer mon plancher, et détartrer ma bouilloire ! Enfin, j’ai mal à l’estomac, et le Coca me le fait passer ! Si vous donniez de temps en temps un coup de main à votre femme, comme je suis sûre que vous ne faites pas, rien qu’à vous regarder, vous sauriez qu’il y a plus de vingt façons d’utiliser la boisson à bulles, alors, si ce n’est pas un produit de première nécessité, ça ! Notez que je déteste le Coca, à part ça, hein, et je ne leur fais pas leur pub, à cette multinationale de m… mais je vous explique ! Vous avez pas l’air de comprendre ! Et puis, j’ai le droit d’acheter ce que je veux ! Je suis toute seule, je dérange personne ! Y a du Coca dans les magasins, j’en achète ! Y en a pas, j’achète du pschitt ! Parce que chez nous on aime bien le pschitt orange aussi ! ! !.... Et depuis que mon mari….Mais… Mais… Non… Qu’est-ce que vous faites ? Au-secours ! Qu’est-ce que vous faites ? Lâchez-moi, mais lâchez-moi ! Nonnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnn!!!!!!!

 

 

 

 

 

 

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