Je suis une femme et j'aime le sexe !

Wow, ça fait du bien ! Rien que de le dire, j’ai l’impression d’être une révolutionnaire. Parce que, oups, il faut pas le dire trop fort… Soit cela fait peur à certains messieurs, soit cela jette sur moi le courroux social.

Wow, ça fait du bien ! Rien que de le dire, j’ai l’impression d’être une révolutionnaire. Parce que, oups, il faut pas le dire trop fort… Soit cela fait peur à certains messieurs, soit cela jette sur moi le courroux social. Si j’exprime un peu trop mes désirs sexuels, qu’est-ce que je risque ? Le joli qualificatif de salope ou une prédisposition socialement déclarée à être « open » pour tout acte sexuel avec n’importe qui… Bah oui, si j’aime ça, alors ça veut dire, pour certain.e.s que je dis oui à tout. A l’inverse, si je dis non, je suis réputée coincée… Eh oui, c’est limpide : une femme qui aime trop le sexe est jugée, mais une femme qui n’aime pas le sexe l’est tout autant. Euh… Quelle est cette embrouille ? Dire oui aux hommes, mais ne pas aimer ça ? Culture du viol, coucou !

Mais comment en est-on arrivé là ? Des siècles et des siècles de religion, de domination masculine, de croyances autour des rôles de genre et des sexualités masculine et féminine, de masculinité toxique, de culture du viol avant tout, et de peur aussi peut-être, je n’ai pas encore étudié la question d’un point de vue historique et anthropologique, ça serait trop long. Je ferai peut-être un article là-dessus…

Ce pataquès de salades fermentées ont formé un tout, un composite de clichés, d’idées reçues, de croyances et de normes, qui tambourinent dans la tête des femmes pour leur dire de ne pas, oh mon dieu, approcher leurs petits doigts innocents de trop près leur frifri. C’est MAL !

On nous a mis dans la tête qu’il était mauvais pour une femme d’aimer le sexe. On nous a mis dans la tête qu’il était difficile pour une femme de jouir. On nous a mis dans la tête qu’une femme n’était de toute façon pas intéressée par le sexe (mais par l’amoûûûr). On nous a mis dans la tête que notre corps et son plaisir étaient honteux (Merci Freud et les grandes religions monothéistes !). On nous a mis dans la tête qu’il était interdit ou sans intérêt de connaître, explorer et aimer notre corps (sans compter les injonctions à correspondre aux canons de beauté : les complexes, ça n’aide pas non plus).

Mais aussi et surtout, on nous a caché l’existence du clitoris (sans compter que, dans le pire des cas, on nous l’a purement et simplement ôté), le seul organe dédié au plaisir sexuel de la femme ! Si ce n’est pas nous empêcher de jouir, alors qu’est-ce que c’est ? Éclairez ma lanterne ! Pourquoi nous a-t-on interdit l’accès à notre propre plaisir ?

Pourquoi les femmes ne sont-elles quasiment jamais encouragées à se masturber ? Pourquoi sont-elles jugées si elles expriment un peu trop leurs envies sexuelles ? Pourquoi risquent-elles l’opprobre, voire l’agression sexuelle ou le viol quand elles disent un peu trop aimer le sexe ? Pourquoi découvrent-elles presque systématiquement par hasard ou par « magie » leur plaisir, comme le constate le petit guide de la masturbation féminine de Julia Pietri, ayant étudié le témoignage de plus de 6 000 femmes de tous âges ? Pourquoi faut-il faire un effort surhumain de documentation pour connaître, si ce n’est tout l’appareil génital de la femme, au moins le rôle fondamental du clitoris dans le plaisir féminin ? Pourquoi ai-je découvert le clitoris il y a seulement deux ans ? Pourquoi la plupart des femmes le découvrent aussi tardivement ? Pourquoi nous a-t-on caché son existence pendant des siècles et des siècles ? Pourquoi n’avons-nous pas accès à une médecine sexuelle féminine aussi aboutie que celle des hommes, qui ont déjà eu leur petite pilule bleue pour combler les troubles de leur plaisir sexuel ? Pourquoi, encore, nous interdit-on l’accès à notre plaisir ? J’avoue que je ne comprends pas pourquoi.

Est-ce si dégoûtant une femme qui prend du plaisir ? Est-ce si effrayant une femme qui exprime ses désirs sexuels ? Est-ce si repoussant une femme qui aime le sexe ? Est-ce si dangereux une femme qui se donne du plaisir ? Est-ce si excitant une femme silencieuse, immobile, docile, indécise, résignée, ignorante dans votre lit (autant vous acheter une poupée gonflable, vous feriez du mal à personne) ? C’est incompréhensible, sauf à comprendre qu’il n’y a là qu’une manifestation de la culture du viol, d’une domination masculine (de l’homme hétérosexuel tel que représenté par la société actuelle), d’un sexisme qui range les hommes et les femmes dans des cases, et, ajoutons à cela, un peu de religion, _ pour ne rien gâcher _ selon laquelle les femmes descendent d’Eve, qui a tenté Adam en cueillant la pomme interdite et qui a précipité l’humanité dans le chaos terrestre, et que, par conséquent, les femmes seraient pécheresses, subversives, tentatrices, dangereuses pour le salut des pauvres petites âmes vertueuses des hommes (bon bien sûr, on peut essayer d'interpréter certains passages de manière plus  moderne et progressiste, mais c'est pas la tendance actuelle on dirait). Mais si madame repousse toutes ses envies et épouse la chasteté sauf quand le mari décide de se donner une descendance digne de son nom, alors tout ira pour le mieux dans le meilleur des mondes, alléluia ! (Oui, je force le trait, mais c’est un peu ça).

Alors que, sans toutes ces choses qui nous freinent, qui fait qu’il est plus difficile pour nous de jouir contrairement à la grande majorité des hommes qu’aucune honte, qu’aucun interdit n’empêche de se faire jouir, ce serait plus facile pour nous de prendre du plaisir ! Mais aussi, cela nous ouvrirait tant de portes nouvelles, non ? N’avez-vous jamais pensé à toutes les possibilités de jouissances pour tout le monde, si les femmes, comme les hommes, connaissaient leur corps, leur plaisir et exprimaient leurs désirs tout en en cherchant toujours de nouveaux ? N’avez-vous jamais pensé à tout ce champs des possibles permis par une vraie libération sexuelle, sans aucune norme (si ce n’est le désir des partenaires et leur santé) ni aucun tabou pour aucun des deux ou trois ou quatre parties ou plus (femmes, hommes, personnes non binaires, LGBTQIA+) ? N’avez-vous jamais pensé à un monde où l’on pourrait tous et toutes prendre nos pieds sans culpabilité ? Bon sang, la société, qui prône et prêche partout aujourd’hui la liberté à toutes les sauces, serait-elle aussi timorée au point de ne pas envisager une véritable liberté sexuelle pour chaque individu ? Pourquoi y mettre des inégalités de genre, là où les deux parties sont censées être à égalité pour qu’il y ait consentement (volonté ou désir, pour celles et ceux qui comme moi n’aiment pas le mot consentement), sinon il y a forcément risque de viol, non ? Pourquoi ? Si ce n’est pour asseoir un rapport de force donné…

En effet, sans ces fioritures inutiles, ces carcans superfétatoires, ce serait beaucoup plus facile pour nous, les femmes, de jouir et de prendre le contrôle, et donc le pouvoir ! Cela veut dire qu’il y a un rapport de force, qu’en fait, en nous interdisant de jouir pleinement de notre corps, on nous empêche de prendre le contrôle sur nos corps, on nous empêche de dire non au désir masculin, on nous empêche de contrecarrer, oh mon dieu, le devoir de préservation de l’espèce humaine par la reproduction (alors que bon, 7 milliards, ça va, on a de la marge… Vous me direz, avec le réchauffement climatique, on n’est jamais sûr… (joke)). J’exagère un tantinet, mais quand on constate à quel point les femmes sont bonnes à jeter une fois qu’elles ne sont plus fertiles, à quel point avoir une contraception digne de ce nom (et encore aujourd’hui elle n’est pas parfaite) a été un combat de longue haleine, à quel point le droit à l’avortement est encore loin d’être acquis dans le monde entier, je suis en droit de me poser la question…

Alors, comme le droit de vote auquel on nous a interdit l’accès pendant des siècles, puis le droit de travailler et d’avoir un compte en banque sans l’autorisation de notre père ou de notre mari, revendiquer notre droit au plaisir sans aucun complexe, ni honte, ni tabou est tout aussi légitime ! Quand aujourd’hui on interdit aux femmes sous peine d’opprobres sociales de s’approprier leur corps et leurs désirs sexuel, se masturber, baiser, « kiffer sa race » est un acte militant. Comme dit l’adage féministe, « l’intime est politique », dans une société comme la nôtre de soi-disant libération sexuelle (pour les hommes blancs hétérosexuels, cisgenres et, tant mieux pour eux, mais et les autres alors ?!).

J’aime beaucoup ce qu’a dit Zoe Mendelson, co-créatrice du site Pussypedia : « Ce que peuvent faire les femmes pour corriger cette dynamique, c’est apprendre, comme les hommes, à dire « j’ai envie de baiser ». La raison pour laquelle nous ne le disons pas, c’est que l’on nous a appris à avoir honte de nos corps. Pour pouvoir dire non, nous devons êtres capables de dire oui davantage. Et pour pouvoir dire oui, il nous faut nous réapproprier nos corps. »

Voici un exemple d’initiatives contribuant à (ré)apprendre aux femmes à exprimer leurs désirs et à leur (re)faire connaître leur corps et en premier lieu, notre cher clitoris, notre ami de toujours à qui on a injustement tourné le dos ! Voici une raison de nous réjouir un peu dans ce bas monde : ces initiatives de femmes (et parfois, d’hommes, ou plutôt rarement, mais j’ai pour la première fois découvert le compte Instagram d’un homme ! => homme_feministe ! Faites comme lui, emparez-vous du sujet !) qui tentent de réhabiliter le droit des femmes (et donc de tous et toutes) à disposer de leur corps et de leur plaisir : Julia Pietri de la page Instagram Gangduclito qui a déclaré ouverte la révolution du clitoris à coups d’affiches de clito et en éditant un petit guide de la masturbation féminine par les femmes et pour les femmes, Manon de la page Le_cul_nu qui permet aux filles et aux femmes de mieux connaître leur corps à coups de publications d’éducation sexuelle à visée pédagogique, Charline de la page Instagram Orgasme_et_moi qui libère la parole autour de la sexualité pour tous et toutes sans compexe ni tabou, Dora Moutot de la page Tasjoui qui libère la parole des femmes sur leur (absence de) jouissance, ou encore Camille de la page « Je m’en bats le clito » ! Et j’en passe encore plein d’autres (toutes mes excuses à elles) !

Alors, (ré)jouissons(-nous) et revendiquons notre droit au plaisir !

Et pour aller plus loin, courez voir le film Female Pleasure à Paris et dans d’autres villes de France ! C’est d’utilité publique ! Il vous expliquera mieux que moi d’où vient ce tabou sur la sexualité des femmes (Pssst ! La religion…).

Voici également un témoignage excellent et instructif sur la question et la difficulté dans notre société d'être une femme qui aime le sexe et l'assume ouvertement : https://news.konbini.com/societe/temoignage-une-femme-qui-aime-le-sexe-ca-derange

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