Mais oui, on a besoin de vous, Messieurs !

Je me souviens avoir participé à une table-ronde organisée dans une école de formation sur l’égalité femmes-hommes et mon groupe, composé de femmes et d’hommes, débattait sur le rôle à donner aux hommes dans ce combat. Il était assez révélateur de voir que ces messieurs s’étaient d’emblée installés d’un seul côté, comme en opposition frontale avec nous. Si nombre d’entre eux étaient peu sensibles à la cause, voire quelque peu sexistes, beaucoup ne comprenaient pas ce qu’ils pouvaient bien faire là.

Bah oui, en quoi ça concerne les hommes, la lutte contre les violences faites aux femmes, l’égalité femmes-hommes, le combat pour les droits des femmes ? Cela concerne les femmes, pas les hommes. Qu’ont-ils à voir là-dedans ? Pourtant, il n’aura pas échappé à certain.e.s d’entre vous que 85 % des victimes de violences sexuelles enregistrées par les services de police et de gendarmerie sont des femmes et que 99 % des personnes condamnées pour ces faits sont des hommes (cf. Une culture du viol à la française, de Valérie Rey-Robert, mon mantra ! ; la lettre n° 8 de l’Observatoire national des violences faites aux femmes de novembre 2015, et l’enquête Virage de janvier 2017) ! Il ne vous aura pas échappé que, dans notre société, l’homme doit être viril et la femme belle (je caricature un peu). Il ne vous aura tout de même pas échappé que l’homme blanc hétérosexuel est placé sur un piédestal dans les représentations de notre société et de beaucoup d’autres ? Vous ne comprenez toujours pas ?

Je vais vous dire quelque chose qui va sans doute en étonner plus d’un.e : les féministes ont absolument besoin des hommes. Eh oui, elles ont besoin d’eux, car sans eux, elles ne sont renvoyés par une partie de la société qu’à une minorité isolée, qui se bat dans son coin pour des droits qui ne concernent qu’elles.

Que nenni ! Si les hommes nous soutenaient et prenaient la parole avec nous, ils nous aideraient à être plus écoutées (c’est en effet malheureux de dire ça, mais), ils contribueraient également à éduquer leurs congénères, ils nous aideraient à faire bouger les lignes, à lever les dernières réticences de femmes encore sexistes, ils prendraient également la peine de mieux comprendre les problématiques auxquelles les femmes sont confrontées.

Mais aussi et surtout, les hommes sont tout aussi concernés, car le sexisme pèse également sur eux : ils doivent respecter certaines normes, certains standards, certaines représentations pour faire partie des « dominants », pour ne pas être moqués, comme étant trop « féminins ». On le constate avec l’homophobie qui compare pour les ridiculiser les hommes homosexuels aux femmes, mais qu’est-ce qu’il y a de mal ou de dégradant à être une femme ou à y ressembler ? Pourquoi enfermer dans une seule voie ce qu’est un « vrai homme » ou une « vraie femme » ? Je m’égare… Tout cela pour dire que nous sommes tous.tes concernés par le sexisme, qui prend la forme d’une domination du genre masculin sur le genre féminin, en condamnant celles et ceux qui se rapprochent trop de ce dernier.

Plus exactement, la présence et la mobilisation des hommes permettraient à la société dans son ensemble de comprendre que le féminisme nous concerne tous.tes et prône non pas la revanche des femmes sur les hommes (et qu’en est-il des personnes non binaires, des LGBTQ+ ?), mais la lutte contre toutes formes de discrimination envers les personnes qui ne correspondent pas à la norme de l’homme blanc, cisgenre et hétérosexuel, l’acceptation de toutes les différences, l’égalité entre tous.tes et la liberté de tous.tes quels.les que soient le genre, l’orientation sexuelle, l’origine, la couleur de peau, etc. Le féminisme n’est pas le combat des femmes cisgenres contre les hommes cisgenres, le féminisme est le combat pour la diversité et la tolérance. Mais aussi, ce féminisme qui prône l’égalité, prend également en compte les normes, les stéréotypes et les clichés que la société patriarcale fait peser sur les hommes cisgenres ou non : ils doivent être virils, ne doivent pas pleurer ni montrer aucun sentiment, ils doivent aimer la violence, la pratiquer, en parler, aimer le sexe, ont des pulsions auxquelles ils ne peuvent pas résister, etc. Mais oui, riez, un homme peut être hétérosexuel et ne pas être viril…

A partir de là, vous admettrez que le féminisme intéresse autant les hommes que les femmes, même si en ce moment, vous conviendrez que la priorité, au vu des faits recrudescents de violences faites aux femmes et aux personnes LGBTQ+, soit à la mobilisation pour la protection de ces personnes en particulier.

Mais, concrètement, que pouvez-vous faire, messieurs ? J’ai quelques idées moi-même, à vous de choisir ce qui est dans vos cordes : venez prendre la parole et vous battre avec nous, mobilisez vous avec les associations féministes et surtout, parlez-en dans votre entourage, croyez et soutenez les victimes de violences sexistes et sexuelles qui vous en parlent, sensibilisez et éduquez vos proches, femmes ou hommes et en particulier vos pères, vos oncles, vos frères, vos fils, vos cousins, vos neveux, vos amis, vos collègues, vos voisins, vos interlocuteurs, pour les reprendre dans leurs réflexions ou blagues sexistes, qui peuvent paraître anodines mais qui, en fin de compte, entretiennent la culture du viol, désapprouver leurs comportements sexistes, voire misogynes, les condamner en cas de violences sexuelles, leur faire comprendre la gravité de leurs actes. Si leurs proches cesse d’encourager leurs actes et d’assurer leur impunité par des représentations de la culture du viol, ils seraient dissuadés de passer à l’acte ou de continuer par crainte de la désapprobation de la société et de la perte de leur position sociale dominante sur laquelle ils jouent beaucoup pour commettre leurs actes avec l’assurance de ne pas être pris et/ou condamnés (cf. article La culture du viol).

Pour résumer : indignez-vous comme nous !

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