Une médaille d’or à Mario Draghi, le fossoyeur de l’Europe sociale

Le jeudi 4 mai , la Fondation Jean Monnet pour l’Europe attachée à l'Université de Lausanne a décerné la médaille d’or 2017 au Président de la Banque Centrale européenne, « pour avoir œuvré à la préservation et au développement des acquis de la construction européenne » . Quels sont les enjeux d'une telle distinction?

 

 

En décernant à Mario Draghi une médaille d'or, la fondation lausannoise non seulement honore, mais aussi encourage la politique de stricte obédience néo-libérale conduite par la seule banque centrale au monde qui ne prête pas aux Etats ayant adopté la monnaie qu’elle émet. La BCE contraint ainsi les pays de la zone euro à emprunter sur les marchés financiers; par ce biais les emprunts des Etats européens sont soumis à des taux d’intérêt élevés, relatifs à l’appréciation d’agences de notation largement dépendantes de la place financière de New York. C’est un des très nombreux moyens par lesquels les dirigeants libéraux ont vidé les institutions politiques de tout pouvoir. C’est la raison pour laquelle ils s’accomodent fort bien du national-libéralisme qui règne désormais même sur les États-Unis. Wall Street ne s’y est pas trompé puisque l’indice Dow Jones a connu une augmentation de plus de 20% depuis l’élection de Donald Trump.

 

 

Mais, en particulier Grecques et Grecs ne sont pas prêts d’oublier le véritable coup d’Etat financier dont, au nom du principe du néolibéralisme économiste et financier le plus strict, ils ont été les victimes le 13 juillet 2015. En dépit d’un refus exprimé par un procédure référendaire parfaitement démocratique, Mario Draghi s’est allié avec sa collègue Christine Lagarde, directrice du Fonds Monétaire international, et avec son collègue Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, pour imposer à la Grèce un troisième «  plan de sauvetage ».  Fondé sur des mesures d’ajustement structurel qui s’inscrivent dans la plus pure orthodoxie néo-libérale, assorti en mai 2016 d’un quatrième « plan d’aide » et de nouvelles coupes budgétaires en février 2017, ce plan austérité drastique a eu les effets destructeurs que l’on connaît, mais que la « troïka » continue à ignorer:  plus de 3 millions de citoyennes et citoyens grecs n’ont plus accès aux soins de santé; le taux de suicide a été multiplié par deux ; la mortalité infantile a fortement augmenté; le taux de chômage se maintient à 25 % de la population active ; et depuis 2010, le PIB de la Grèce a diminué de 25% (encore - 0,5 % en 2016) alors que la dette souveraine reste accrochée à la proportion d'environ 180 % du PIB.

 

 

Hélas, il n’y a pas de surprise à ces conséquences destructrices puisque l’essentiel de ces « plans d’aide » est allé aux banques grecques et surtout aux banques européennes qui avaient spéculé sur la dette grecque.

 

 

Ce faisant, Mario Draghi et ses complices ont enfreint plusieurs principes inscrits dans les traités qui fondent l’Union européenne. Par exemple, l’article 9 du Traité sur le Fonctionnement de l’Union Européenne (26.10.12) dispose que « dans la définition et la mise en œuvre de ses politiques et actions, l’Union prend en compte les exigences liées à la promotion d’un niveau d’emploi élevé, à la garantie d’une protection sociale adéquate, à la lutte contre l’exclusion sociale ainsi qu’à un niveau élevé d’éducation, de formation et de protection de la santé humaine. »

 

 

Par l’application d’une stricte politique d’austérité budgétaire et par la promotion d’une vague de privatisations destructrices de service publics, Mario Draghi a donc sur la consciences le chômage, la pauvreté extrême, la privation de tout service de santé et finalement la mort prématurée d’innombrables citoyennes et citoyens européens. Dans ces conditions, il est inadmissible qu'une Fondation abritée par une institution universitaire et soutenue par la Confédération, l’Etat de Vaud et la Ville de Lausanne, honore des dirigeants qui, au nom de la « gouvernance économique », sont au service des seules banques, de leurs directeurs et de leurs riches actionnaires, pour la ruine sociale et culturelle des pays appartenant à l’Union européenne.

 

 

En 2014 la médaille d’or de la Fondation Jean Monnet a été décernée José Manuel Barroso, alors Président sortant de la Commission européenne ; il l’a désormais quittée pour rejoindre les rangs de la grande banque d’affaire états-unienne Goldman Sachs. Mario Draghi, quant à lui, est passé de la responsabilité européenne auprès de Goldman Sachs à la direction de la BCE. La messe est dite. 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.