Calais: nouvelle opération policière contre migrantes et migrants

Jeudi dernier 2 juillet, à l’aube, Calais a connu une nouvelle opération policière violente. Sa cible : le lieu de distribution des repas aux migrant-es cherchant à gagner l’Angleterre. Y avaient trouvé un refuge aussi précaire qu’insalubre les dizaines de migrants et de migrantes chassés de deux campements de fortune, évacués et détruits en date du 28 mai.

Jeudi dernier 2 juillet, à l’aube, Calais a connu une nouvelle opération policière violente. Sa cible : le lieu de distribution des repas aux migrant-es cherchant à gagner l’Angleterre. Y avaient trouvé un refuge aussi précaire qu’insalubre les dizaines de migrants et de migrantes chassés de deux campements de fortune, évacués et détruits en date du 28 mai.

            Le parallèle est double. Parallèle d’ordre historique d’abord : avec la fermeture du camp de la Croix Rouge  de Sangatte, en décembre 2002, par Nicolas Sarkozy, alors Ministre de l’intérieur ; puis avec la destruction, en septembre 2009, des « jungles » de Calais par Eric Besson, titulaire de l’éphémère Ministère de l’immigration et de l’identité nationale. Si la  fermeture de Sangatte  était censée dissuader les migrants de tenter de passer en Angleterre depuis Calais, la seconde, qualifiée d’ « humanitaire », avait pour prétexte de soustraire les migrants à la mainmise des passeurs. Autant après la disparition du centre d’accueil qu’après la destruction des campements de fortune, le nombre des migrants et des migrantes, sinon des mineurs isolés, convergeant vers Calais n’a fait qu’augmenter. Le second parallèle s’établit en synchronie : avec la destruction répétée des campements occupés par des Rroms dans les périphéries de toutes les villes de France, initiée à l’issue du tonitruant « discours de Grenoble » prononcé le 30 juillet 2010 par Nicolas Sarkozy, devenu Président de la République ; après Brice Hortefeux et Claude Guéant, la politique d’évacuation violente s’est poursuivie, à un rythme de plus en plus soutenu, par la volonté du Ministre de l’intérieur du nouveau gouvernement socialiste, Manuel Valls. Son remplacement récent par Bernard Cazeneuve n’a rien changé aux évacuations et destructions sans la moindre prise en compte de la circulaire interministérielle du 26 août 2012 (prévoyant diagnostic, hébergement adapté, scolarisation des enfants et insertion professionnelle…). Pour les Rroms, ce sont les diagnostics qui se sont révélés le prétexte humanitaire aux expulsions.

            Revenons à Calais : tout a donc commencé le 28 mai dernier. Sous le prétexte sanitaire de traiter une épidémie de gale, deux camps situés dans la ville de Calais ont été évacués sur ordre de la préfecture. Il ne restait plus aux migrant-es expulsés que de se réfugier sur l’aire de distribution des repas, inadaptée autant du point de vue sanitaire que de l’hébergement. En présence du directeur général de l’OFPRA (Office français de protection des réfugiées et des apatrides), la préfecture promet le déploiement d’un dispositif « exceptionnel » permettant aux migrant-es qui le désirent de déposer une demande d’asile qui serait immédiatement traitée. En fait l’opération s’est limitée à la distribution de dépliants sur la procédure. Sur les 700 personnes concernées, seules 112 se sont rendues à l’OFII (Office français de l’immigration et de l’intégration) et seule la moitié d’entres elles ont déposé une demande d’asile. C’est alors que la mairie de Calais, par une procédure juridique rapide, obtient l’investissement policier de l’aire de distribution qui, le 2 juillet, est évacuée en même temps que deux squats de la ville. Les journalistes furent violemment éloignés de même que les bénévoles travaillant pour les  migrants. Femmes et enfants furent placés dans des foyers inadaptés à leur accueil tandis que les hommes étaient emmenés dans des CRA parfois fort éloignés de Calais tel le centre de rétention du Mesnil-Amelot proche de Roissy ou celui de Rennes.

            L’opération policière avait certainement fait l’objet d’une concertation avec le Ministère, puisqu’au préalable des places avaient été libérées dans les CRA concernés. Résultat : certains des migrants arrêtés sont frappés par un OQTF (ordre de quitter le territoire français) ; d’autres sont renvoyés en Italie, au nom de l’accord européen de Dublin sur le premier pays d’ « accueil » ; d’autres encore sont libérés après le passage devant le juge de la liberté et de la détention, pour violation des droits du migrant au moment de la rafle, et laissés à eux-mêmes, très loin de Calais. Ainsi Afghans, Syriens, Egyptiens,  Erythréens, Ethiopiens tentant d’échapper aux situations de guerre et de répression que l’on connaît, après le traumatisme d’itinéraires aussi dangereux qu’aléatoires, sont placés dans les conditions plus précaires encore par une politique gouvernementale par ailleurs extrêmement coûteuse en contrôles intimidatoires et en interventions policières violentes.

            A l’égard des Rroms comme à l’égard des migrants de passage à Calais, on trouve le même acharnement vis-à-vis des catégories les plus précaires et les plus fragiles de la population. Non contentes d’enfreindre les droits humains les plus élémentaires, non contentes  de traiter comme des criminels des personnes dnt le seul délit est de tenter de survivre dans des situations de précarité extrême, ces vastes opérations policières semblent gratuites. Avec leur effet d’intimidation et de discrimination, elles visent sans doute, cyniquement, à donner une réponse aux peurs des vastes couches d’une population résidente elle-même frappée par la précarisation des conditions de travail, par la dégradation des conditions de vie et par le chômage, une population résidente qui vote désormais pour le Front National. S’inscrivant en définitive dans la politique de collaboration avec le Medef d’un gouvernement acquis à l’économisme néo-libéral le plus répressif,  évacuations et destructions des lieux de vie abritant les hommes, les  femmes et les enfants les plus fragilisés doivent être dénoncées avec la plus grande vigueur – au nom des droits de l’homme et au nom d’une politique de solidarité socialiste.

            A Calais, dans l’urgence, c’est un camp d’accueil des migrants et des migrantes qui doit être organisé. Il sera moins coûteux que le déploiement des CRS.

 

                                                                      Claude Calame

                                                                      Directeur d’études émérite

                                                                      EHESS, Paris

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