Exilé-es condamnés à la rue et à la répression policière à Paris: lettre à la Mairie

Demande adressée en date du 14 janvier 2017 à Madame Dominique Versini, adjointe à la Mairie de Paris pour la lutte contre l’exclusion, et à Monsieur William Todeschini, conseiller du Cabinet, pour qu'un gymnase soit immédiatement mis à la disposition des exilés, hommes, femmes et enfants, qui errent dans les rues du 18e arrondissement de Paris, pourchassés par la police.

A l’intention de Madame Dominique Versini, adjointe à la Mairie de Paris pour la solidarité, les familles, l’enfance, la lutte contre l’exclusion, les personnes âgées, et de Monsieur William Todeschini, conseiller du Cabinet

Madame l’Adjointe, Monsieur le Conseiller,

Vous le savez, la situation des exilées et exilés contraints à survivre dans les rues du 18e et 20e à Paris est pire encore que celle anticipée dans le message et la demande que je me suis permis de vous adresser en date du 21 novembre dernier, en pensant en particulier aux conséquences de l’évacuation et de la destruction de la « jungle »-bidonville de Calais. Non seulement ces hommes, ces femmes et ces enfants condamnés à la rue n’y disposent pas de la moindre infrastructure ni du point de vue de l’alimentation, ni quant au logement, ni non plus pour l’hygiène la plus élémentaire ; mais surtout ils sont en but  à la répression policière initiée dès l’été dernier à l’égard des migrantes et migrants qui cherchaient à trouver une refuge, entièrement précaire, sous le pont du métro aérien entre les stations de La Chapelle, Stalingrad et Jaurès. L’accès à ces espaces leur est depuis interdit par des grillages.

Mes passages récents dans le quartier m'ont confronté à plusieurs petits groupes de migrantsen situation de grande détresse. De l'échange en anglais avec trois d'entre eux, originaires d’Erythrée ou du Soudan, il est ressorti qu'ils en avaient assez de faire la queue chaque matin devant le Centre de "premier accueil" installé par Anne Hidalgo, Boulevard Ney, dans ce même 18e. La capacité en est très insuffisante, ce que nous avions également anticipé. Désormais ces exilées et ces exilés sont  laissés à eux-mêmes pour être pourchassés par la police; ils dépendent entièrement des quelques "maraudes" des organisations de soutien. Une fois encore, je suis revenu à la fois révolté et abattu de mes incursions du côté de Stalingrad.

Un article publié par Carine Fouteau dans « Mediapart » le 12 janvier (référence ci-dessous) fait allusion, Madame l’Adjointe, à la lettre que vous avec signée avec Madame Colombe Brossel, Adjointe chargée de la politique de la ville et de l’intégration, et que vous avez adressée à ce propos au Préfet de police. Vous y relayez les inquiétudes exprimées par plusieurs associations à l’égard du harcèlement policier visant les migrantes et les migrants errant dans le 18 et le 20e.

Pour y parer et pour anticiper la période de grand froid à nouveau annoncée, je vous demande instamment  de procéder à l’ouverture immédiate d’un gymnase pour une mise à l’abri sans délai des personnes concernées. Cela s’est fait en particulier en 2009 et 2010, quand la destruction des « jungles » de Calais par le ministre de l’immigration et de « l’identité nationale »  Eric Besson avait provoqué un premier afflux de migrants autour de la Gare de l’Est.

En vous remerciant de votre attention., je vous prie, Madame l’Adjointe, Monsieur le Conseiller, de croire à l’assurance de mes sentiments les meilleurs,

Claude Calame,

Pour la Section LDH de l’EHESS et pour le Collectif de soutien de l’EHESS aux sans-papiers et aux migrant-es.

Avec le soutien d'Ensemble 11e (Paris), de la Fédération LDH de Paris et de la Section LDH 10e/11e Paris.

 

 https://www.mediapart.fr/journal/france/120117/violences-contre-migrants-la-prefecture-de-police-de-paris-reste-sourde-aux-accusations

 

Claude Calame. Directeur d’études, Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales

Centre AnHiMA (Anthropologie et Histoire des Mondes Antiques, UMR 8210), 2 Rue Vivienne, F-75002 Paris

claude.calame@unil.ch

 

Début du message réexpédié :

De: Claude Calame <claude.calame@unil.ch>

Objet: Exilé-es sdf dans le 18e - URGENT

Date: 21 novembre 2016 22:26:21 UTC+1

À: <william.todeschini@paris.fr>

Cc: "Brossat, Ian" <Ian.Brossat@paris.fr>, <ldh-ehess@rezo.net>

A l’intention de Monsieur William Todeschini, conseiller du Cabinet de Dominique Versini, adjointe à la Mairie de Paris,

Cher Monsieur,

Comme chaque année au début de l’hiver depuis la première destruction des «  jungles » de Calais par ordre d’Eric Besson, alors Ministre de l’immigration et de l’identité nationale, je me permets de m’adresser à la Mairie de Paris en soutien aux nombreux migrants et migrantes qui ont dû quitter Calais pour chercher un refuge dans les rues de Paris, entre le 18e et le 20e. Cette année, l’évacuation et la destruction du vaste campement-jungle dans un premier  temps appelé par l’Etat a provoqué entre La Villette et la station de Stalingrad un nouvel afflux d’exilées et d’exilés totalement désemparés.

La situation est d’autant plus difficile que les migrants se heurtent aux barrières récemment posées sous le pont du métro aérien et aux patrouilles de police qui les chassent de même que cet été les forces de police ont régulièrement et souvent violemment évacué les campements précaires qui cherchaient à s’installer. J’en été moi-même le témoins la semaine dernière encore à l’occasion de deux passages nocturnes dans le quartier.

Comme nous l’avions prévu et comme l’article publié dans Le Monde du 17 novembre le confirme, le Centre parisien de premier accueil du Bd Ney dans le 18e ne parvient pas à couvrir les besoins en protection d'urgence

http://mobile.lemonde.fr/societe/article/2016/11/18/debuts-chaotiques-pour-le-centre-humanitaire-de-paris_5033204_3224.html?xtref=https://www.google.fr

En conséquence et comme cela s’est fait les années passées, je vous demande d’envisager l’ouverture de gymnases pour permettre aux exilées et aux exilés en perdition dans les rues de Paris de passer au moins les mois l’hiver dans les conditions requises par un minimum de dignité humaine.

En vous remerciant de votre attention et avec mes  salutations les meilleures

Claude Calame

Section EHESS de la LDH

 A Paris, le 21 novembre 2016

 

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