Deuil pour les victimes des attentats islamistes, deuil pour les exilés morts en Mer Egée

Ces lignes sont rédigées dimanche soir 15 novembre dans un appartement sis à 200 mètres de la terrasse de « La belle Equipe ». Toute la journée, habitantes et habitants d'un quarter à la population "multiculturelle" se sont simplement et dignement recueillis devant le café au rideau de fer abaissé, apportant des roses blanches et allumant des bougies. La présence policière était des plus discrètes.

Ces lignes sont rédigées dimanche soir 15 novembre dans un appartement sis à 200 mètres de la terrasse de « La belle Equipe ». Toute la journée, habitantes et habitants d'un quarter à la population "multiculturelle" se sont simplement et dignement recueillis devant le café au rideau de fer abaissé, apportant des roses blanches et allumant des bougies. La présence policière était des plus discrètes. Vendredi soir, à la terrasse du café, dix-neuf jeunes convives, femmes et hommes, étaient tombés sous les balles d’autres jeunes se réclamant de Daech. Second jour de deuil donc pour les 129 victimes innocentes du radicalisme violent et arbitraire d’inspiration islamiste et djihadiste.

Jour de deuil aussi, en ce qui me concerne, pour les dizaines d’exilés qui depuis le début de l’année sont morts noyés – hommes, femmes, enfants, nourrissons – en particulier au large de Lesbos, l’île des poètes Alcée et Sappho. Qu’il s’agisse des talibans en Afghanistan, de l’Etat islamique en Irak ou du même EI-Daech et du Front al-Nosra en Syrie, ces réfugiées et ces réfugiés tentaient d’échapper à des actes meurtriers analogues, commis par les mêmes groupes de fanatiques islamistes (et non pas musulmans). Ces exilées et ces exilés ont désormais rejoint les 25000 migrants morts en Méditerranée depuis le début des années 2000. Comme eux, ils sont morts en raison des murs érigés par l’Union européenne à ses frontières.


On reste d'autant plus choqué devant l'instrumentalisation politique immédiate des attentats du 13/11. D'emblée des représentants des partis de droite en France et des chefs de gouvernement de pays de l'Union européenne ont appelé à une fermeture plus hermétique des frontières et à un contrôle plus strict encore des exilées et des exilés provenant du Proche et du Moyen-Orient. Aux vieux amalgames migrant = réfugié économique et réfugié = délinquant on a ajouté celui de exilé = terroriste. On parvient donc à imputer à réfugiées et réfugiés provenant de pays musulmans les crimes de leurs bourreaux.

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