Migrantes et migrants en situation d’exil contraint : dix thèses

Dix thèses sur les migrations contraintes et les effets de la fermeture des frontières de l'UE aux exilées et exilés, en prélude à la journée de débats «Pour les migrants, contre les murs» organisée par le Musée de l'histoire de l'immigration, la Société Daniel Bensaïd et la section EHESS de la LDH le samedi 30 mars, dans la suite du Manifeste pour l'accueil des migrants lancé par Mediapart.
  1. Frappant hommes, femmes et enfants, tout exil du pays d’origine est provoqué par une situation de contrainte. En contraste la migration volontaire découle d’une situation qui en donne les moyens matériels et intellectuels.
  2. Animée par les pays détenteurs des capitaux (dont les pays riches de l’UE) et fondée sur extractivisme et productivisme, la mondialisation économique et financière et la domination néocoloniale au profit des grandes banques et des multinationales suscite et entretient une série de situations provoquant l’exil : guerres, régimes répressifs, accaparement des terres, destruction de l’agriculture vivrière, urbanisation sauvage, chômage, criminalité, creusement des inégalités, pollutions, basculement climatique, etc.
  3. Dans cette mesure, l’exil sous la contrainte et l’immigration dans les pays les plus riches ne sont pas des crimes, et le soutien hospitalier aux migrantes et migrants victimes de la politique d’asservissement néocolonial conduite par les pays économiquement et financièrement les plus puissants n’est pas un délit.
  4. L’Union européenne n’est le théâtre ni d’un afflux de réfugiés, ni d’une crise des migrants, elle n’est pas menacée par un quelconque « grand remplacement » : si en 2015 les demandes d’asile dans les 28 Etats de l’UE s’est élevé à 1 250 630, en 2018 le nombre des primo-demandeurs a atteint 634 700 soit à peine plus de 0,1 % de la population totale !
  5. L’un des effets de la fermeture des frontières de l’UE et de leur externalisation dans les pays limitrophes (Turquie, Libye, Maroc) correspond à un crime contre l’humanité : depuis le début des années 2000, les traversées contraintes de la Méditerranée ont provoqué plus de 400000 morts, hommes, femmes et enfants.
  6. Les discriminations dont exilées et exilés sont les victimes dans les pays riches où ils tentent de trouver refuge sont intersectionnelles ; elles ont pour critères combinés le dénuement, la précarité, l’origine étrangère, le sexe, la religion, éventuellement la « race » ; elles débouchent sur le rejet et le déni de l’humanité des exilées et exilés.
  7. Non seulement les pays du Nord ne sont confrontés qu’à une proportion réduite des déplacements de population et des mouvements migratoires qu’en partie ils provoquent par leur politique de domination économique et financière ; mais à la suite d’opérations de tri, ils appliquent aux exilés jugés dignes de demander l’asile le droit individuel découlant de la Convention de Genève de 1951 relative au statut des réfugiés alors que les pays du Sud doivent appliquer un droit collectif accordé dans d’immenses camps de réfugiés.
  8. La défense des droits humains fondamentaux et des droits sociaux (alimentation, logement, santé, formation, culture) des exilées et exilés triés de manière discriminatoire et devenant dans les pays de l’UE des « sans papiers » (en fait des personnes sans permis de résidence) découle de la défense des droits individuels et sociaux des résidentes et des résidents pauvres et précarisés, victimes de discriminations analogues.
  9. Le respect des droits humains individuels et collectifs signifie que le pays d’accueil doit fournir les moyens matériels, sociaux, politiques et moraux de l’exercice de ces droits de même qu’il doit offrir les moyens de réaliser les devoirs qui découlent de ces droits.
  10. À la politique de dénigrement, d’invisibilité, d’évacuation et d’expulsion de migrantes et migrants doit se substituer une politique de reconstruction psychique, sociale et culturelle (« anthropopoiétique ») des exilées et exilés, quelle que soit leur origine, dans un mouvement pluridimensionnel de solidarité réparatrice.

                                                                      Le 25 mars 2019

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