Claude Calame
Directeur d’études, École des hautes études en sciences sociales (EHESS, Paris). Membre du Conseil scientifique d'ATTAC, de la LDH, d'Ensemble ! (Paris 11e), de SolidaritéS (Suisse), de SOS-Asile (Lausanne) et du SSP/VPOD
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Billet de blog 30 nov. 2022

Claude Calame
Directeur d’études, École des hautes études en sciences sociales (EHESS, Paris). Membre du Conseil scientifique d'ATTAC, de la LDH, d'Ensemble ! (Paris 11e), de SolidaritéS (Suisse), de SOS-Asile (Lausanne) et du SSP/VPOD
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COP27 : la bonne conscience environnementale du capitalisme

Le résultat de la COP27 après l'été le plus chaud en Europe et des inondations meurtrières au Pakistan et au Nigéria? La création d'un fonds destiné aux pays « vulnérables » pour pallier aux préjudices dus au changement climatique. Mais pas de remise en cause du système capitaliste mondialisé entraînant la détérioration destructrice des rapports des communautés humaines avec leur environnement.

Claude Calame
Directeur d’études, École des hautes études en sciences sociales (EHESS, Paris). Membre du Conseil scientifique d'ATTAC, de la LDH, d'Ensemble ! (Paris 11e), de SolidaritéS (Suisse), de SOS-Asile (Lausanne) et du SSP/VPOD
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Canicules à répétition, sécheresse persistante, incendies dévastateurs, l’été 2022 s’est révélé le plus chaud en Europe depuis les débuts des mesures. C’est ce que n’hésite pas à affirmer le dernier rapport de Copernicus, le programme d’observation de la Terre de l’Union Européenne. Jamais la température n’avait dépassé les 40o dans le pluvieux Royaume-Uni. Quant à la moyenne (élevée) de 1999 à 2020, le dépassement estival a été de 1, 34o. Et ce n’est rien en comparaison avec les pluies diluviennes et les inondations meurtrières qui ont dévasté autant le Pakistan que le Nigéria. Au Pakistan, elles ont provoqué près de 2000 morts, faisant par ailleurs de 33 millions de personnes pratiquement des sans abri ; au Nigéria on a compté plus de 600 morts et en tout cas 1, 3 million de déplacés. Une fois encore ce sont les pays les plus pauvres qui payent le tribut le plus lourd aux conséquences écologiques du mode de vie gourmand en énergie des pays les plus riches et surtout de ceux qui les dominent.  

            Le dernier rapport du GIEC tire pourtant une fois encore la sonnette d’alarme. Pour atteindre les objectifs fixés en 2015 à la COP21 à Paris, soit limiter l’augmentation de la température globale à 1,5o pour la fin du siècle, les émissions globales de gaz à effet de serre doivent être réduites de 43 % d’ici à 2030. Or après une pause due aux restrictions entrainées par l’épidémie de covid 19, les émissions mondiales de gaz à effet de serre ont atteint en 2021 un nouveau record.

            À cet égard doit-on fonder quelque espoir dans le seul résultat positif de la COP 27 qui vient de se tenir à Charm el-Cheikh, en Égypte, sous un régime politique qui par ailleurs piétine largement les droits fondamentaux des hommes et des femmes ? Certes, on donne comme un acquis décisif la création d'un fonds visant à financer « les pertes et préjudices » dues au changement climatique ; ce fonds permettrait aux pays « particulièrement vulnérables » de faire face aux dégâts environnementaux irréversibles causés par les manifestations d’un réchauffement dont ils ne sont généralement pas responsables (sécheresses, inondations, ouragans, montée du niveau des mers, etc.). Or non seulement les moyens pour abonder ce fonds par les pays les plus pollueurs sont loin d’être clarifiés, mais surtout ce fonds ne fait que reprendre l’un des principes du « fonds vert pour le climat » en faveur des pays les plus pauvres.

            Créé en 2010 à l’occasion de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) et acté à la COP21 à Paris en 2015, ce fonds solidaire devait fournir une contribution annuelle de 100 milliards de dollars destinée à couvrir, dès 2020 (!), une partie au moins de frais d’adaptation et de transition pour les pays « en développement ». À l’issue de la triste COP26 l’année dernière à Glasgow, l’objectif financier pour une première année de soutien n’était toujours pas rempli… Opérations de « green washing » après mesures non contraignantes, les maigres engagements pris à Glasgow impliquent une augmentation de la température globale de 2,4o ; et aucune décision précise n’a été prise pour alimenter enfin le « fonds vert pour le climat » en faveur des pays les plus pauvres. Cela d’autant moins qu’à l’occasion de la COP27 l’ONG états-unienne Oil Change International a révélé que cette année les grandes firmes pétrolières et gazières avaient planifié des projets d’exploitation fossile représentant, quant au rejet de gaz à effet de serre, la production de soixante-quinze nouvelles centrales à charbon. Quant aux Émirats arabes unis qui accueilleront la COP28 l’année prochaine à Dubaï sont en train devenir le troisième plus grand producteur mondial de pétrole et de gaz après les États-Unis et la Chine…

            Certes, dans son dernier volet, le rapport du GIEC formulait plusieurs propositions pour sortir de l’impasse et respecter les minces objectifs de l’accord de Paris : production d’une énergie moins carbonée ; réduction de la demande énergétique dans l’alimentation, le logement, le travail et les transports ; lutte contre le gaspillage (notamment alimentaire !) ; développement de villes plus compactes, réservées aux piétons.

            Mais, conformément au principe qui fonde les COP interdisant toute mesure   pouvant représenter une entrave au « commerce international », on n’y trouve pas la moindre remise en cause du système entraînant la détérioration destructrice des rapports des communautés humaines avec leur environnement : un capitalisme mondialisé, fondé sur une croissance obéissant à des exigences purement économiques et financières et animant une mondialisation qui a soumis à des rapports de domination néocoloniale les pays les plus pauvres, subissant les effets de la destruction environnementale causée par les pays les plus riches. Marché, profit et accumulation du capital, sous l’égide de l’idéologie néolibérale, réduisent l’environnement à un ensemble de ressources « naturelles », mais aussi le travail des hommes et des femmes à une série de « ressources humaines »…

            C’est ce que reconnait le texte fondant la COP27 Coalition, active à Charm el-Cheikh en dépit du cadre très strict imposé aux quelques interventions des ONG et associations civiles. Réunissant des dizaines de mouvements de la société civile en particulier d’Égypte, d’Afrique et des pays arabes, la coalition reconnait que la justice climatique ne peut être réalisée sans justice sociale. Cela implique de se libérer des « systèmes et sociétés néolibéraux, autoritaires, extractivistes, néocoloniaux, racistes et patriarcaux » qui nous dominent, au Sud comme au Nord.

            Ce mouvement globalisé d’émancipation implique d’une part, en ce qui nous concerne, la défense des droits de l’être humain, aussi bien les droits de la personne que les droits sociaux en particulier dans les domaines de l’alimentation, du logement, de la santé, du travail, de la sécurité sociale, de la formation et de la culture, tels qu’ils sont inscrits dans les articles 22-27 de la DUDH. Mais en passant en somme de l’humanitaire au politique, il exige la transition vers un régime écosocialiste impliquant la gestion collective et le contrôle démocratique des différentes ressources offertes par l’environnement, des biens communs, des moyens de production et de tout le travail de la « reproduction » et des soins à autrui, selon des critères reposant sur la satisfaction équilibrée des besoins fondamentaux des communautés humaines ; et, par ce biais, ce mouvement doit entraîner une transformation radicale des rapports sociaux et culturels (notamment de genre, de race et de classe), et des rapports d’interaction des hommes et des femmes avec leur milieu de vie, dans une perspective aussi bien anthropopoiétique qu’écopoiétique.

                                                                                              Claude Calame        27.11.22

Références :

https://blogs.mediapart.fr/maxime-combes/blog/211122/quels-enseignements-tirer-de-la-cop27-preferons-la-lucidite-la-resignation

https://www.mediapart.fr/journal/international/161122/en-pleine-cop27-l-industrie-petro-gaziere-investit-dans-de-nouveaux-projets-fossiles

https://www.gaucheanticapitaliste.org/victoire-fossile-a-sharm-el-sheikh-il-ne-reste-que-la-lutte/

https://france.attac.org/nos-publications/les-possibles/numero-26-hiver-2020-2021/dossier-vers-la-fin-de-la-separation-societe-nature/article/l-homme-en-societe-et-ses-relations-techniques-avec-l-environnement-ni-nature

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