JE SUIS FOU, JE VOTERAI BLANC LE 7 MAI

Nombreux sont les billets qui se multiplient, sur Mediapart et ailleurs, qui appellent à faire barrage au Front national. Dans certains cas, les auteurs exposent posément leur point de vue, tout à fait respectable. Mais d’autres s’adressent aux supposés abstentionnistes ou partisans du vote blanc, dont je suis, sur un ton faussement amical, en réalité, plein de condescendance.

 

Comme si nous étions des irresponsables, jugés par avance coupables d’une éventuelle victoire de Marine le Pen, le 7 mai prochain.

Le dernier papier que j’ai lu, signé de M. Michel Broué: À nos amis de gauche qui deviennent fous - https://blogs.mediapart.fr/michel-broue/blog/260417/nos-amis-de-gauche-qui-deviennent-fous-2 – est très instructif.

Il précise : « Dans mon apostrophe d'aujourd'hui, nulle agressivité, nul jugement. » Me traiter de fou ainsi que les millions d’autres qui s’apprêtent à faire comme moi n’est ni agressif ni jugement. Ben voyons !

Je vais donc expliquer pourquoi je voterai blanc au deuxième tour de la présidentielle.

Primo, mon candidat, Jean-Luc Mélenchon, malgré un score inespéré, a été éliminé. Donc, aucun des candidats du deuxième tour ne me convient. C’est une motivation qui me semble suffisante à elle seule pour justifier ma décision. Qui est fou ? Celui qui va voter contre ses opinions ou celui qui reste fidèle aux siennes ?

Secundo, depuis l’émergence du FN, je me suis trouvé à de nombreuses reprises confronté au dilemme du barrage de deuxième tour face au FN, donc pas seulement le 21 avril 2002, mais aussi dans des duels ou des triangulaires aux législatives ou aux cantonales, par exemple. La démocratie ne se résume plus, pour moi, qu’à exprimer ma sensibilité au premier tour et à faire barrage au deuxième tour. Je suis devenu un électeur de seconde zone. Dois-je me contenter éternellement qu’on me laisse seulement jouir de mes droits civiques ?

Depuis le 21 avril 2002, j’ai décidé que si mon candidat n’était pas au deuxième tour de toute élection, je voterai blanc, quelque-soit le cas de figure. Je n’ai donc pas voté pour Jacques Chirac et la suite des événements m’a donné raison. Les électeurs de gauche qui ont voté pour lui s’en mordent les doigts et, surtout, 15 ans après, le problème persiste.

Tertio, je ne suis pas responsable de ce qui pourrait arriver, le 7 mai ou à l’occasion d’une élection ultérieure. C’est notre démocratie qui est folle. Ce sont nos politiciens, démagogues de haut vol, qui ont tué toute perspective d’une alternance authentique qui sont les irresponsables.

Pas moi.

Enfin, je choisis le vote blanc et non l’abstention. Bien que le vote blanc ne compte pas dans le résultat final, il est désormais comptabilisé distinctement du vote nul. C’est une expression claire, contrairement à l’abstention sujette à de nombreuses interprétations.

Quand allons-nous mettre fin à ce cercle vicieux ? La France insoumise proposait de rebattre complètement les cartes du jeu démocratique. Elle n’a pas été suivie. Pire, dans une certaine presse, on a même qualifié son candidat de dictateur en puissance. Le tir de barrage – tiens, un autre barrage – dont il a fait l’objet dans les quinze derniers jours de la campagne l’a certainement privé des quelques points qui lui ont fait défaut pour figurer au deuxième tour. Je renvoie les manipulateurs à leurs responsabilité.

Les cartes ne seront donc pas rebattues et je parie que les législatives multiplieront les occasions de se régaler aux jeteurs d’anathèmes et autres adeptes du « faire barrage. »

En conclusion, le 7 mai, les Français devront choisir entre deux vraies dictatures : celle de la finance et celle d’une idéologie mortifère. Moi, je suis sain d’esprit : ça sera ni l’une ni l’autre.

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