En rédigeant, à peine sa disparition annoncée, le billet « Simon Leys, pourfendeur de Mao et du maoïsme », encore sous le choc de la disparition d’un des plus grands, sinon du plus grand sinologue du XXème siècle (1), je ne m’attendais pas à lire ce fil quasiment ininterrompu de plus de deux cent commentaires parfois constructifs, souvent acerbes, passionnels, agressifs jusqu’à l’invective, jusqu’à l’insulte (2), les plus ineptes reprenant le flambeau…du communisme, du maoïsme, tout en précisant qu’ils se gardaient bien de lire Simon Leys (3) , d’autres brandissant l’arme fatale que seraient les écrits d’Alain Badiou!
Mediapart côté "Club": pauvre jungle où chacun et chacune veut mettre son grain de sel sans savoir de quoi il retourne en citant à tort et à travers des pages entières « piquées » à Wikipédia n’ayant strictement rien à voir avec le thème développé avant d’asséner que « Hudelot n’entend rien à rien. On se demande parfois s’il connaît l’histoire de la Chine » (4). Mediapart, où certains exigent que vous changiez votre portrait (5).
J’imagine le sourire de notre ami défunt si celui-ci avait lu toutes ces sornettes.
Or un billet signé Annie Stasse, qui se veut un contrefeu à mon blog « La Cina è vicina », comme si celui-ci était une machine de guerre contre le communisme ( !), est consacré, sans aucune distance critique, aux « grandes affiches de la République populaire de Chine » où il est dit – je cite son auteur, Annie Stasse, « Je tiens à préciser qu'il ne s'agit en aucune manière de faire une propagande pour ou contre la République populaire de Chine, mais d'essayer de donner un autre aspect à la propagande systématique contre le communisme qui est la norme du blog de Claude Hudelot. »
Que ces affiches, conçues le plus souvent par de jeunes artistes travaillant pour le service de la propagande maoïste, sous la férule de Jiang Qing, aient de réelles qualités esthétiques, qui le nierait ?
J’ai moi-même, après d’autres, expliqué les sources d’inspiration de ces artistes, consacrant parfois tout un chapitre à l’une de ces icônes, comme la fameuse peinture imaginée par Liu Chunhua et deux autres étudiants des Beaux-Arts, devenue l’affiche la plus reproduite lors de la Révolution culturelle et a fortiori l’une des images les plus diffusées au monde à ce jour, « Le Président Mao en route vers Anyüan » (6).
Ces affiches faisaient partie intégrante d’un formidable système de propagande passant par les journaux, les journaux muraux – da zi bao -, les livres, parmi lesquels le Petit livre rouge, la radio, les meetings de masse, la télévision – il est vrai peu développée -, le cinéma, les opéras « révolutionnaires » mis en place par Jiang Qing - et rien d’autre – la photographie, etc.
Et ce, avec un seul objectif : laver tous les cerveaux, écraser dans l’œuf tout esprit de rébellion.
Or ce qui est passionnant pour l’historien et pour toute personne se disant concernée par cette époque, c’est non seulement de lire les slogans inscrits, mais aussi d’interpréter les codes et de voir à quel point chacune de ces images s’inscrit au cœur de l’histoire tourmentée, contradictoire de ces « dix années noires ».
Concluons sur ce chapitre collatéral : l’humour involontaire produit « la propagande systématique contre le communisme qui est la norme du blog de Claude Hudelot » tient aux termes employés, même s’il est vrai que je m’inscris en faux contre le communisme, qu’il soit stalinien ou maoïste.
Cet humour involontaire tient aussi au fait que nous devrions, en 2014, admirer, sans regard critique, ces formidables « pubs » !
J’en viens à l’essentiel : depuis Les Habits neufs, Simon Leys n’a eu de cesse de dénoncer la monstrueuse manipulation concoctée par Mao Zedong avec ses alliés du moment – lesquels se verront éliminés au fur et à mesure, et les erreurs funestes qui provoquèrent des millions de morts non seulement lors de la Révolution culturelle - il s’avère difficile, faute d’archives, la plupart ayant été détruites d’en évaluer le nombre, mais ces victimes sont tout sauf « abstraites » (7) - et aussi celles, du Grand Bond en avant, qui comme chacun sait désormais provoqua la plus grande famine de tous les temps et la mort de 36 à 40 millions d’adultes et d’enfants, parmi lesquels des dizaines de milliers de cas de cannibalisme avéré dans plusieurs provinces (8).
Face à cette réalité historique indiscutable, que les plus grands historiens, parmi lesquels Roderick Macquhar et Michael Schaenhals (9) ont corroboré, apparaissent tout un appareil idéologique plus ou bien moins maîtrisé – il l’est chez Alain Badiou (10), même si Jiang Hongsheng (11) lui reproche véhémentement des changements de jugement et profère à son égard des critiques s’étalant sur quatre pages – pp 100-104 -, critiques que le philosophe français minimise – un appareil idéologique tendant à justifier a posteriori ce qui fut non « le cinquième paradigme révolutionnaire » - ou bien si tel est le cas, le cinquième paradigme révolutionnaire « vaincu » selon l’expression d’A.B, devrait être le Grand Bond en avant, la Révolution culturelle devenant de facto le sixième – non, celle-ci, manipulée du début à la fin par un vieillard ivre de pouvoir, formidable bretteur et fossoyeur de tout un peuple, ne fut jamais qu’une sombre mascarade, un leurre, une parodie, un jeu de massacre menant le pays au bord de la guerre civile dont la Chine ne s’est toujours pas remise.
A ce propos, si Simon Leys a tant fait pour nous éclairer – mais encore faudrait-il le lire et le relire – un autre sinologue, philosophe, nous aide à mieux comprendre le silence qui est fait en Chine jusqu’à ce jour sur cette tragédie, c’est Jean-François Billeter, dans « Chine trois fois muette » (Paris, Editions Allia, 2000).
Qu’Alain Badiou parle, en 2014, de « promesses d’avenir », qu’il évoque « un remarquable cadre du Parti Communiste, Chang Chungqiao » (12) et termine sa préface à l’ouvrage de Jiang Hongsheng par « Où et comment va se relever, à l’échelle du monde, le drapeau rouge ? » devrait laisser pantois non seulement les cent millions de victimes de la Révolution culturelle, mais leurs descendants, d’autant plus traumatisés par les dégâts de celle-ci que le pouvoir actuel refuse toute démaoïsation et ne cesse d’accentuer « le trou noir de l’oubli » évoqué par Jean-François Billeter.
Mieux vaut citer ici, une fois de plus (13) celui-ci : « Le silence de la Chine touchant à son histoire récente a pour cause l’interdit jeté par le régime sur tout débat de fond. Il est vrai que l’on voit apparaître en Chine de nombreux témoignages souvent autobiographiques ou biographiques. Ceux qui concernent les dirigeants révolutionnaires défunts suscitent un intérêt particulier. Ce qui manque, ce sont la discussion, l’interprétation des faits, leur mise en perspective. L’énorme effort qui a été fourni en Europe pour comprendre le stalinisme, le national-socialisme, le fascisme et l’histoire dont il sont sortis, n’aucun équivalent en Chine. (…)
Le jour où un travail comparable sera entrepris en Chine, il butera sur des obstacles plus redoutables qu’ailleurs. Le premier sera l’établissement des faits. Si ce réexamen de l’histoire tarde trop, les témoins auront disparu. Dans bien des domaines, il n’y aura plus d’archives pour compenser cette perte. Des pans entiers de la réalité historique risque de disparaître dans le trou noir de l’oubli. Le régime a fait ce qui était en son pouvoir pour qu’il en aille ainsi des épisodes les plus noirs de son histoire ».
Malheureusement, depuis la publication de ce petit ouvrage en 2000, tout prouve que le régime actuel, celui de Xi Jingping, dont la famille a pourtant souffert des affres du maoïsme, est en train d’enterrer à jamais la mémoire de la Révolution culturelle.
En guise de conclusion, j’aimerais citer ici ce passage de « La cinquième modernisation : la démocratie » Wei Jingsheng, écrite en 1979, texte qui lui vaudra « la plus grande partie de son existence d’adulte en prison – dix-huit années de captivité durant laquelle il manqua plusieurs fois mourir » (14) :
« Durant ces dernières décennies, le peuple chinois a docilement suivi un Grandiose Timonier qui le nourissait au moyen de galettres peintes avec un pinceau appelé « communisme », et qui le désalterait en lui suspendant devant le nez des prunes baptisées Grand Bond en avant ou Triple Bannière rouge. Et le peuple marchait bravement de l’avant en se serrant la ceinture…
Après avoir supporté ce régime-là avec une belle constance pendant trente ans, il a fini par comprendre : à ce jeu-là, comme le singe qui veut décrocher la lune, il était condamné à se retrouver éternellement bredouille…
C’est pourquoi lorsque le vice-président Deng (xiaoping) lança son nouveau mot d’ordre de « retour à la réalité », les masses se rallièrent autour de lui avec enthousiasme, clamant leur approbation d’une voix aussi formidable que le rugissement de l’océan. Tout le monde comptait bien que, appliquant son fameux principe : « arriver à la vérité par l’examen des faits », il irait soumettre le passé récent à une investigation critique, et qu’il guiderait le peuple vers un avenir digne de lui.
Or que se passe-t-il ? On vient gravement nous avertir : « Le marxisme-léninisme et la pensée de Mao Zedong demeurent le fondement de tout ce qui existe sous le soleil, nul ne saurait formuler de propos valable sans y faire référence. » Ou encore : « Le Président Mao est le Sauveur du peuple ». « Sans Parti communiste, il n’y aurait pas de Chine nouvelle » - ce qui revient à dire : « Sans Président Mao, il n’y aurait pas de Chine nouvelle. » Et si maintenant quelqu’un s’avisait de mettre ces vérités en doute, on saura bien le guérir de son scepticisme ! »
Ce texte, signé, sera affiché sur le Mur de la démocratie en février 1979. Wei Jingsheng sera condamné à quinze ans de travaux forcés. On connaît la suite : après dix-huit ans de captivité, le dissident sera exilé de Chine contre son gré.
Nous voici en 2014. Dans mon avant dernier livre, « Mao », collection La vie, la légende, publié en 2001, j’avais intitulé le dernier chapitre « La démaoïsation n’aura pas lieu ». Treize ans après, malheureusement, ma chute est toujours d’actualité. De plus, elle semble répondre par avance à ceux que je nommais à l’époque « les nostalgiques du Grand Timonier ». Je vous la livre telle quelle :
« Aujourd’hui encore, les Chinois ignorent tout ou presque, du moins officiellement, des errances criminelles du Grand Educateur, Grand Timonier…
Peu d’entre eux osent parler, même en privé, des horreurs du Grand Bon en avant et de la Révolution culturelle. Tout au plus dit-on en catimini à quel point ces vingt années ont été fatales à la Chine et aux Chinois. L’enfouissement de cette mémoire collective est d’autant plus problématique qu’effectivement les acteurs et les témoins disparaissent.
Or aucun document, aucune recherche ne matérialise ces faits, faute d’une authentique démaoïsation. Et tant que cette vérité ne sera pas connue, disséquée, éclairée par de multiples enquêtes, par des témoignages, les dizaines de millions de victimes tuées, mutilées, traumatisées à vie ne seront pas reconnues, encore moins réhabilitées.
Le deuil ne pourra s’accomplir.
A moins que toutes les générations confondues, mais les Chinois de la diaspora, où se trouvent de nombreux acteurs, de nombreuses victimes de l’histoire maoïste, les chercheurs du monde entier ne tentent de briser le tabou grâce, notamment, aux nouveaux moyens de communication et à une ouverture qui semble inéluctable (15).
Ainsi pourrait être réévaluée la vraie vie de Mao Zedong.
Au demeurant, que les nostalgiques du Grand Timonier se rassurent : sa légende paraît indestructible. Et les pires errements dont il fut le Grand Responsable font, dans leur démesure, partie intégrante du mythe. Comme sa tyrannie, sa soif de pouvoir, son extravagante vie privée, mais aussi son immense appétit de vie, ses goûts anarchisants, ses intuitions de révolutionnaire et de stratège, son sens inouï de la formule et de la propagande, ses capacités à incarner avec majesté un empire du Milieu enfin unifié, enfin debout ».
P.S CE VENDREDI 22.08.2014, À 23H20:
Le niveau atteint par ce fil est tellement lamentable que je préfère vous tirer ma révérence. Libre aux sinistres individus dont j'ai découvert la prose ces derniers temps suite à ce qui était d'abord à mes yeux un hommage à l'un des plus grands sinologues de ce temps de continuer à distiller leur logorrhée et leurs petites haines rancunières, c'est leur droit. Je continuerai d'écrire sur mon blog, à ma main, sans intervenir dans quelque fil que ce soit. Que les autres correspondants avec lesquels j'avais du plaisir à échanger des réflexions me pardonnent. Zai jian, zai jian!
PPS. C'est étrange: cet après-midi, un merle qui s'était introduit dans la maison par inadvertance est venu chier près de la fenêtre sur la double effigie de Mao Zedong et de Staline, deux profils quasiment jumeaux, un médaillon en porcelaine, une pièce rare. Et un oiseau rare, divinatoire.
***
(1) C’est ainsi qu’il est qualifié par plusieurs grands journaux français et étrangers. Lire à ce propos le texte très éclairant de Jean-Philippe Béjà, lui-même l’un des meilleurs sinologues français, ici même, sur Mediapart.
(2) Il fut même question un temps de Dieudonné, d’antisémitisme, entre deux larrons se tutoyant à qui mieux mieux, échanges aujourd’hui heureusement effacés…
(3) 18/08/2014, 19:41 | PAR ANNIE STASSE : « Je n'ai pas lu Leys et ne le lirai jamais (…) Je ne lis jamais les livres partisans. Il l'était. »
(4). (…) Ibid : Vous, comme ceux actifs ici, je vous ai lu avec un grand intérêt. Vous avez justement apporté la contradiction à Hudelot qui n'entend rien à rien. On se demande même parfois s'il connait l'histoire de la Chine. » ( voir le fil de mon billet).
Bibliographie de C.H concernant la Chine :
La Longue Marche, collection Archives, dirigée par Pierre Nora et Jacques Revel ; Julliard / Gallimard, 1971. Traduit en italien, allemand, espagnol.
Le monde autour de 1949, ouvrage collectif, article de C.H : « L’événement », Larousse, 1973.
Article : « Le voyage chinois de Zao Wouki », in Le Monde, 1985 ;
Kaltex en Chine, préface de Jean Rouch, textes de Claude Hudelot, Roger Lenglet, Pierre Pradinas, Éditions de la Différence, Paris, 1987 ;
La Longue marche vers la Chine moderne, collection Découvertes, dirigée par Pierre Marchand, Gallimard, 1985, réédité en 2002, nombreuses traductions ;
Article in Le Monde, « Chine la Grande Muraille d’eau », signé « Victor Chanceaux » (pseudonyme de C.H), 1992 ;
Article in Le Monde, « Sur les pas de la Longue Marche », signé « Victor Chanceaux », 18.9.1993 :
Mao, collection la vie, la légende, dirigée par Christian Biet ; Larousse, 2001 ;
L’album de la famille Chine, Théâtre de la Photographie et de l’Image, Nice Musées, 2001, catalogue ;
Yan Pei-Ming, Fils du Dragon, par Hou Hanru, Claude Hudelot, Bernard Marcadé, Les Presses du réel, Dijon, 2003. Traduction anglaise. Titre du texte de C.H : « Les derniers Mao » ;
Le Mao, avec le photographe Guy Gallice, Éditions du Rouergue, 2009. Sur le culte de la personnalité du « Président ». Illustré de 700 images et icônes ;
Le Monde, « Le gros Livre Rouge » de Claude Hudelot et Guy Gallice, par Harry Bellet, 24.09.2009 ;
Sud-Ouest, « Claude Hudelot repeint Mao en rouge et jaune », 9.10.2009 ;
Artnet.com, article « Le gros Livre Rouge », par Christian Caujolle, 18.09.2009 ;
Internazionale, hebdomadaire, article « Il mito di Mao » par Christian Caujolle, Roma, 4/10 décembre 2009 ;
China Daily, article « Man of red letters », par Yang Guang, Pékin, 16.03.2010 ;
Yishu Shijie, Mensuel (Le monde de l’art), Shanghaï, mars 2011, numéro spécial « In a Foreign Land, in China », article de Liu Yan, « Yu de le : Mao Zhuxi he wo », (« Hudelot : Le Pt Mao et moi » );
MAO, Horizons Éditions, 2012, ( London, Dubaï, New York). Avec le photographe Guy Gallice.
Catalogue FOTO/INDUSTRIA, italien/anglais, fascicule 16: Claude Hudelot, La Chine en construction. Editions Contrasto, Rome, Italie.Octobre 2013.
Catalogue Les Rencontres d’Arles 2014 : La collection Claude Hudelot, le Panorama, miroir de l’Empire céleste, Actes Sud.
(5) 18/08/2014, 00:12 | PAR ANNIE STASSE
« déjà si vous mettiez une photo réelle de vous on s'y reconnaitrait mieux (ou alors pas de portrait du tout mais autre chose) » (cf. le fil de Mediapart),
celle-ci s’autorisant à « balancer » une image saisie sur une interview récente diffusée par les Rencontres d’Arles (vidéo saisie sur image) ! Il se trouve que ce portrait souriant, pris par le très professionnel photographe Thierry Girard, est « réelle ». Simplement, je porte – réellement !- une chemise à l’effigie du Grand Timonier, produit dérivé de la Andy Warhol Factory, - quelle dégénérescence !- un autre ami, Jean-Paul Boulanger, s’étant amusé à reprendre l’icône en toile de fond…
Autrement dit, et ce n’est pas la première fois : Mediapart ou le délire paranoïaque de certains « commentateurs ». D’autres, avec la même discourtoisie – le mot est faible – vous enjoignent de répondre sur le champ à leurs injonctions.
PS. Si toutes les autres attaques dont j’ai fait ici l’objet m’ont fait sourire, mais aussi parfois réfléchir, que dire de celle-ci, attaque véritablement « au faciès », et comme je l’ai déjà écrit, postée rageusement, sans aucun humour ?
(6) Cf. Le Mao, Editions du Rouergue, chapitre 3, « Le Président Mao en route vers Anyüan » pp 72-96.
(7) Alain Badiou, dans sa préface à l’ouvrage de Jiang Hongsheng : « On parle souvent de façon parfaitement abstraite des « vingt millions de morts » de la Révolution Culturelle. J’ai pu remarquer que ceux qui répètent ce genre de chiffres -- objectivement aberrant -- ne savent même pas qui tuait qui…En tout cas, ce qui est certain, c’est que très tôt, c’est la contre-révolution anti-maoïste, notamment animée par des cadres réactionnaires, des organisations de fils de cadres et des militaires, qui le plus facilement, et de loin, a tiré dans le tas, ordonné des exécutions, interrogé et malmené les révolutionnaires par centaines de milliers. Tout de même que c’est la direction du coup d’Etat de 1976 qui a ordonné la destruction systématique de tous les documents issus de la RC sans aucune exception ! Des millions de pages ont ainsi été broyées et enterrées…D’où la difficulté, à la fois très clairement exposée et surmontée par Jiang Hongshen (sic), de donner des événements une description exacte. »
Ce paragraphe, cité in extenso, en dit long sur les pirouettes du philosophe maoïste. Lequel n’y va pas « par le dos de la cuillère » et réussit le tour de force d’attribuer à la « contre-révolution anti-maoïste » la responsabilité de ces exécutions…Consciemment ou inconsciemment, ce diable d’homme réussit un parallèle entre ces « vingt millions de morts"( "abstraits ») - pardon pour l’ellipse, dont il est un grand manipulateur – et « des millions de pages (…) broyées et enterrées ». Jolie figure de style.
(8) Cf Jasper Becker « La Grande Famine de Mao », Dagorno, 1998 ; Franck Dikotter, « Mao’s Great Famine », London, Bloosbury, 2010, Yang Jisheng, " Stèles Grande Famine en Chine (1958-1961) » , Le Seuil,traduit par Louis Vincenolles, Sylvie Gentil, Chantal Chen-Andro, 2012.
Yang Jisheng:
« J'appelle ce livre Stèle. C'est une pierre tombale pour mon père qui est mort de faim en 1959, pour les 36 millions de Chinois qui sont aussi morts de faim, pour le système qui a causé leur mort, et peut-être pour moi-même pour avoir écrit ce livre. »
(9) Roderick MacFarquhar, The Origins of the Cultural Revolution, New York, RIIA, Columbia, 1974-1997 (quatre volumes) ; MacFarquhar & Michael Schaenhals, La dernière révolution de Mao, histoire de la Révolution culturelle, Gallimard,
(10) http://www.sofeth.com/2014/07/la-commune-de-shanghai-et-la-commune-de-paris.html
A ce propos, A.B, comme d’autres écorchent le nom de celui-ci, comme « Shanghaï », écrit « Shangai ». Or : shang : au-dessus, hai : la mer.
(12) En transcription pingyin : Zhang Chunqiao. Simon Leys brosse son portrait dès Les Habits neufs et le définit comme « un extrémiste prudent (…) A la faveur de la « Révolution culturelle », il devint successivement président du comité révolutionnaire de Shanghai (février 1967) puis membre du Bureau politique du IXème Comité central (1969). Périlleuse promotion ! » ajoute Simon Leys dès 1971. La chute de la Bande des Quatre - qu'il nommait lui-même à juste titre "la bande des cinq" - prouvera que sa prémonition était juste. Comme toujours.
(13) Cf, « Mao », coll. La vie, la légende, pp 338-339.
(14) Simon Leys, Avant-propos des Essais sur la Chine, Robert Laffont, 1998, page VII.
(15) J’espère toujours que cette ouverture adviendra un jour. Pas sûr cependant d’être encore alors de ce monde.