Les années Macron

On va bientôt s'ennuyer : deux ans sans élections, mais rassurons-nous, dans le chaudron politique bien des choses se migeottent et cela prendra du temps.

Beaucoup des faiseurs d'opinion de notre société ont retourné leur veste, qu'elle soit de droite ou de gauche, pour saluer Emmanuel Macron, notre président Jupitérien que certains prennent pour Apollon, le dieu de la jeunesse éternelle. Notre Marianne nationale, symbole de la république, serait sa Daphnée, une Daphnée qui s'en crut amoureuse le temps d'une élection.

Dans la mythologie Grecque comme dans la vie réelle, certains amours ne durent pas et déjà une partie de l'opinion publique s'est retournée, assurant à notre lider maximo une cote de popularité qui pourrait bien devenir la plus mauvaise de la 5ème république.

Ainsi le dieu romain Jupiter (Zeus pour les Grecs) est bien seul sur la montagne élyséenne, malgré l'armée de thuriféraires dont l'élection du parlement l'a doté et qui lui confère les pleins pouvoirs en ce début de quinquénat.

Heureusement, il y a l'opposition … mais l'opposition est en miettes, pour n'avoir pas compris l'insupportable, pour des populations trop souvent ignorées, de dépendre d'une démocratie représentative ou les représentants ne représentent plus qu'eux même en collusion avec une oligarchie qui, elle, ne rève que de continuer à exploiter massivement la planète jusqu'à la rendre invivable pour la plus grande majorité.

L'opposition, c'est inévitable, va devoir se reconstruire et sa meilleure chance serait de s'unir pour résister à la vague macroniste mais c'est bien entendu la disposition inverse qu'elle a adopté : la dispersion extrème, comme un joueur invétéré qui, pour augmenter ses chances de gagner le Jackpot, joueraient au loto, au boneto, aux courses et au poker, et à tous les jeux du casino mondial, se mettant ainsi à la merci de la banque et des spéculateurs maîtres des jeux.

L'opposition de droite, égale à elle même, continue à être représentative d'une classe sociale soucieuse de préserver ses intérêts de classe et au delà de la bataille qui agite le panier de crabes dans son landerneau finira par y réussir, gardienne d'une tradition oligarchique qui se renouvelle au travers des évolutions sociétales.

A gauche, ou dans ce qu'il fut convenu précédemment d'appeler la gauche, c'est plus compliqué. Les militants de toute obédience hésitent entre le nettoyage de ce qui reste de la démocratie représentative pour reconstruire une structure social démocrate à nouveau porteuse d'un idéal pour les peuples, la recherche vaine d'une idéologie socialiste que l'évolution de l'expérience soviétique bientôt oubliée a renvoyée aux vieilles lunes dans la culture populaire, et une forme de populisme tintée de césarisme dont les insoumis ont usé et parfois abusé pendant la campagne électorale.

Reste à inventer une démocratie horizontale sous contrôle citoyen.

Impasse, donc ? Et bien non car au delà du coup de pied dans le fourmilière durement ressenti par l'irruption du représentant du néolibéralisme pratiquant une autre forme de populisme, on a vu un certain réveil de la jeunesse, dans un refus des vieilles règles, y compris par le refuge dans l'abstention mais aussi par la réflexion de toute une génération qui n'est pas sans rappeler l'époque des lumières. C'est ultra minoritaire mais ça se passe aussi dans la rue.

Il y a peu, sur un marché, j'ai assisté à un débat très intéressant entre militants qui distribuaient chacun un tract différent : l'un était insoumis, un autre POI (!!!) un troisième collectif Roosevelt, un autre encore M1717 (B. Hamon), un quatrième sans tract mais que j'ai soupconné d'être PS. Discussion animée, et passionnée, chacun cherchait au fond la même chose : une sortie vers le haut.

Avant que d'autres élections ne viennent éventuellement modifier les rapports de forces (européennes, municipales …) le macronisme a deux ans pour mettre en action son plan néolibéral : Code du travail, retraites, sécu, services publics …) et nul doute que ce recul généralisé sur des conquêtes sociales durement acquises devra être combattu, pour éviter que, comme les USA notre pays ne régresse avec des inégalités dignes d'un pays sous-développé.

Ces deux années seront sans doute aussi nécessaires à l'opposition pour s'organiser et ouvrir d'autres perspectives. D'ici là, il faudra réapprendre un exercice de la démocratie auquel les citoyens seraient réellement associés. C'est un défi dont il faut être conscient : dès 2018 et 2019, L'équipe Macron devra songer à se faire réélire et ses opposants à retrouver dans les urnes la confiance citoyenne et l'alternance.

Entre deux, il y aura d'autres mobilisations et d'autres risques à combattre : L'influence grandissante des multinationales, la pernicieuse révolution numérique, les dégâts persistants et mortifères de l'économie sur l'environnement et surtout et toujours la nécessité de redonner au citoyen sa place dans les décisions de la communauté, toutes choses qui ne sont pas vraiment incluses dans les projet de Zeus dans son palais élyséen.

Il peut y avoir des événements inattendus : comme le disait entre autres Pierre Dac en 1943 sur les ondes depuis Londre « ce qui est difficile à prévoir c'est l'avenir ».

 

 

 

 

 

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