l'amérique aux deux visages

Quel que soit le vainqueur du soap opera que nos proposent les deux concurrents à l'élection étasunienne, qui pourrait se prolonger des mois sur fond de procès à grand ou petit spectacle, l'affaire a le mérite de nous rappeler les racines de l'isolationnisme étasunien.

Les USA ont été isolationniste sous le régime de la doctrine Monroe au XIXe siècle et dans la première partie du XXe siècle. Le Nouveau Monde encore en développement avait alors maille à partir avec la Sainte Alliance des royautés européennes victorieuses de Napoléon qui lorgnaient vers des terres encore vierges dans le pré-carré du sous-continent Nord Américain. Condamnant toute intervention européenne sur le territoire « des Amériques », James Monroe, 5ème président des USA conduisit une politique de non intervention dans les affaires européennes et lui et ses successeurs eurent la sagesse de développer leur territoire et leur industrie naissante au XIXe et au début du XXe siècle à l'abri des influences étrangères mais en accueillant chaleureusement la main d’œuvre étrangère en provenance d'une Europe en proie aux divisions et chamailleries du partage des conflits territoriaux après la défaite Napoléonienne.

C'est une Amérique en pleine forme qui participa à la 1ère guerre mondiale, titillée par les attaques des sous-marins germaniques mais après la victoire se retira dans son isolement politique jusqu'à ce que la seconde guerre mondiale ou elle s'est trouvée plus impliquée l'amène à apporter son aide déterminante dans le conflit des alliés contre l'axe germano-japonais.

En 1945, le monde avait changé : La guerre terminée, restait en présence deux forces antagonistes à l'est et à l'ouest qui allaient pendant 45 ans se partager le monde dans une guerre idéologique dans laquelle les autres nations allaient devoir reconquérir leur place. Les USA, de leur côté, qui avaient fourni un magnifique effort de guerre mais sans jamais en supporter le poids sur leur sol disposaient au jour de la victoire d'une industrie de guerre gonflée à bloc en danger de manquer de débouchés la paix revenue. C'est donc en toute logique et par pure opportunité que le complexe militaro industriel US qui s'était développé pendant le conflit poussa son gouvernement à abandonner son splendide isolement et à lancer son offensive dans le combat idéologique pour le libre échange, pour élargir le marché de ses entreprises bien au delà de ses frontières et jusqu'aux confins de la planète.

Toute action appelle réaction : Le monde entier a changé, le libre échange est devenu universel, toutes les entreprises de par le monde qui l'ont pu sont devenues transnationales et tandis que la menace idéologique de l'URSS disparaissait sans être totalement éradiquée avec la fédération de Russie de Poutine, d'autres forces économiques se sont développées qui menacent directement des intérêts Nord Américains. La Rust Belt qui a largement contribué à l'effort de guerre américain n'est plus que l'ombre d'elle même, attaquée et menacée par l'acier et l’aluminium indien, japonais ou chinois.

Le monde n'est plus bilatéral mais multilatéral et le libre échange qui était la panacée du commerce international sur la base de la concurrence régulée par l'OMC n'est plus la règle depuis longtemps. Aux USA, on n'en est pas seulement conscient chez TRUMP, l’ineffable milliardaire populiste et grossier qui s'est institué le défenseur des ouvriers de Detroit : Le retour à l'idée « america first » était déjà dans la politique du démocrate OBAMA et les militants français qui ont eu à s'opposer dans les négociations de TAFTA s'en souviennent. Ces négociations vont certainement reprendre, elles n'étaient que suspendues par le passage de Trump au pouvoir mais les contacts n'ont jamais été rompus à l'UE dans les réunions du COTRA. Gageons qu'avec l'un ou l'autre des vainqueurs, ce ne sera pas une partie de plaisir pour les négociateurs européens.

Comme ceux de Janus, les deux visages des USA regardent vers le passé et vers l'avenir. Peut-être devrions nous aussi.

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