La fin du libre échange .... et de la paix ?

Donald Trump, le barbare que nous décrivent les médias, ne serait-il que l'idiot utile d'un système politico économique étasunien conscient de la destruction de son monde ?

Avant les deux guerres mondiales, les USA étaient non seulement protectionnistes mais aussi isolationnistes. Pendant plus d'un siècle, la doctrine Monroe "l'Amérique aux américains" a été leur fil conducteur pour des raisons historiques bien connues :  ce n'est que très tardivement (en 1917) que les USA sont entrés dans la grande guerre mais à cette époque toute l'économie étant centrée sur un continent nord américain encore en développement, le complexe militaro-industriel n'avait pas encore démarré son développement.

Entre les deux guerres les USA sont plus on moins retourné à leur isolationnisme au moins politique, à ceci près que notamment par le biais des relations commerciales pendant la guerre ils avaient amené le dollar au niveau d'une monnaie majeure.

La seconde guerre mondiale a tout changé : l'effort de guerre a chauffé à blanc l'économie nord américaine et les USA n'avais d'autre choix, après une victoire qui est pour une grande partie la leur, de profiter de leur situation de vainqueur pour imposer am monde la doctrine du libre échange en exportant les théories de Ricardo sur les avantages comparatifs. Ils l'ont fait avec habileté et persévérance, pilotant le commerce international vers l'OMC, devenue porteuse d'une loi universelle de l'échange qui il y a quelques mois encore semblait inébranlable, malgré le cycle de Doha, prenant à Bretton Woods le contrôle dollarisé de la monnaie.

Les USA sont à l'origine de la création de l'UE, zone de libre échange, d'abord à leur profit, mais l'abaissement des frontières a créé un effet secondaire: la transformation de beaucoup d'entreprises dans le monde et pas seulement les américaines en transnationales, en Europe et dans d'autres territoires asiatiques et même sud-américains.

Aujourd'hui, la concurrence est rude et les multinationales qui ont colonisé l'essentiel de la planète n'ont plus d'autres perspectives de développement qu'en s'entredévorant, ce qu'elles font allègrement, mettant en danger l'industrie de l'acier et de l'Alu en Pennsylvanie tandis que dans un autre secteur les GAFAs nord américaines sont en mode conquête de la révolution numérique sur tous les autres continents.

Cette situation nouvelle sonne le glas d'un libre échange qui était crédible tant que l'espace de développement paraissait illimité, devenu champ de bataille dans un monde devenu trop petit pour leur appétit.

Trump, le barbare n'est que l'idiot utile d'un complexe militaro-industriel étasunien qui n'a pas désarmé et qui est organisé  autour de l'industrie multinationale d'origine US et d'un système politique dominé par des lobbies qui entendent bien défendre leur partie sur leur territoire.

Pour d'autres raisons la chine devenue entre temps la 2ème ou la 3ème puissance industrielle, et qui n'a jamais vraiment adhéré à l'OMC s'affirme comme l'ennemi économique . Les nations européennes engluées dans leurs divisions semblent ne pas pouvoir faire le poids, malgré les rodomontades de notre président jupitérien, vu l'essoufflement de sa partenaire allemande et la montée d'un populisme aveugle jusque chez les fondateurs de l'UE Tout cela n'augure pas de la solidité d'un système européen qui a toute l'allure du canard sans tête que nous décrivait dans ses sketchs le regretté Robert Lamoureux.

Nous entrons dans une zone dangereuse ou les relations commerciales naguère considérées comme un facteur de paix sont aujourd'hui théatres d'affrontements de plus en plus violents.

Peut-être est-il temps que notre président et ceux qui le suivent se rende compte que le moment est mal choisi pour  démolir notre système social alors que le protectionnisme ambiant risque de faire remonter les barrières et de rendre la planète strictement ingouvernable.

 

 

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