La précarité 3.0

Dans un blog précédent, j'envisageais encore une phase de négociation dont chacun tirerait satisfaction avec un compromis comme ce fut le cas en 2006 : j'avais tort, l'opinion publique est en train d'en décider autrement et tout autre résultat que le rejet du projet serait inacceptable : Les conflits d'aujourd'hui prennent en effet racine dans les combats d'hier.

Nous nous battons contre une classe sociale organisée pour en soumettre et dominer une autre : si les personnages changent, leur prétention à imposer leur loi est toujours la même, au 21ème siècle comme au 20ème.

 En 1986, c'était le CNPF et Yvon Gattaz, qui réclamait à grand cri des "ENCA" (source wikipedia) ou "emplois nouveaux à contrainte allégée" et obtenait pendant son mandat la suppression de l'autorisation administrative de licenciement.

 En 2016 soit 30 ans après, c'est son fils Pierre Gattaz à la tête du MEDEF qui à trouvé, dans un gouvernement qui a perdu sa boussole, un porte-parole pour réclamer plus de précarité pour les salariés au nom d'une compétitivité se mesurant au retour sur investissement pour les actionnaires.

 Entre les deux, en 2006, c'est Laurence Parisot, la poétesse du MEDEF partisane d'un contrat de travail aussi provisoire que l'amour qui créait au sein de son association patronale un groupe de travail [http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/social/20060214.OBS6496/le-medef-va-reflechir-au-contrat-de-travail.html] sur "l'évolution du contrat de travail".

 La même année, le MEDEF était derrière le gouvernement de Villepin pour essayer de faire passer, dans la loi du 31 mars "pour l'égalité des chances" le fameux CPE et on connaît la suite.

 Débarassée de sa composante la plus dangereuse, le CPE : cette loi a néanmoins été adoptée. Elle à servi de base à la structuration des stages en entreprise comme substitut à la période d'essai pourtant inscrite dans le code du travail. On trouve sa trace en référence dans 45 lois, décrets ou arrêtés de 2006 à 2015.
[https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexteArticle.do;jsessionid=9DDF51EEB0D66CCA95A4E40715B2505B.tpdila13v_3?idArticle=LEGIARTI000021342300&cidTexte=LEGITEXT000006053516&dateTexte=20160309]

 Ce combat du MEDEF qui le mène avec constance s'inscrit évidemment dans le cadre plus large d'une Europe et d'une planète mondialisée corrompue par les pratiques néolibérales mais c'est au niveau local et national que nous devons porter nos efforts pour restaurer le minimum de démocratie nécessaire pour vivre notre liberté.

 C'est un combat de longue haleine qui n'aura de fin que si on réussit à inverser le rapport de forces de façon durable pour rendre au peuple l'autorité de gérer son propre destin. Pour autant, il n'est pas nécessaire d'attendre la prochaine révolution pour agir : Le deuxième gouvernement Valls avec toutes les casseroles qu'il accumule n'est pas inatteignable.

 A Paris, à Lyon, à Marseille et un peu partout en France, un mouvement s'amplifie pour repousser l'inacceptable et une fois de plus les jeunes et les moins jeunes, avec leurs organisations et leurs syndicats seront au cœur du mouvement. Ce qui serait dommage, c'est que l'unité qui se dessine ne résiste pas aux jeux d'appareils et se fracture sur l'habileté opérationnelle des politiciens du gouvernement et de leur subversion. Ce sera d'autant moins probable que nous serons nombreux à nous mobiliser.

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