Le choix impossible des électeurs

L' âne démocrate ou l'éléphant républicain ? Les citoyens américains viennent de voter pour les élections de mi-mandat, présentées comme un plébiscite pour ou contre Donald Trump, mais la plèbe a-t-elle vraiment tranché ? Quid des élections européennes ?

usa

 

L'éléphant républicain garde la majorité au congrès ou siègent les représentants des états américains, l'âne démocrate prend la majorité à la chambre des représentants ou siègent les représentants du peuple.

Match nul ? Malgré les rodomontades qui font le charme du personnage, Trump aura du mal en cette fin de mandat pour décrocher le budget nécessaire pour construire son mur anti-migrants, mais la bonne tenue au congrès de ses amis républicains éloigne au moins un peu le spectre de l'impeachment qui lui aurait pendu aux basques si les démocrates avaient gagné les deux chambres du congrès. De leur côté, les démocrates ne sont pas trop fâchés du résultat : S'ils n'ont pas réussi à renverser la table au Texas ou les cow boys républicains ont toujours été les plus habiles à installer des barbelés dans leur prairie, ils ont tout de même eu la satisfaction d'y observer une étoile montante en la personne de Beto_O'Rourke, fringant politicien d'origine irlandaise qui n'est pas sans rappeler un certain Barak Obama à son apparition il y a quelques années, en contraste avec la très controversée Hillary Clinton. Une nouvelle génération libérale serait-elle en train de poindre ? Ceci ne résoudra pas le difficile problème de l'électorat américain confronté au choix entre un milliardaire tonitruant du haut de sa trump tower pour l'option « América first » avec le discours cynique : «  le reste du monde peut bien en crever » et l'héritière de Bill Clinton et Barak OBAMA sur l'option « le business et le libre échange d'abord » tout aussi mortifère qui contribue à parachever la disparition de la démocratie au profit des « happy few » d'une globalisation faite à leur profit. Les électeurs américains ont choisi, à tort ou a raison ? ce ne serait pas notre affaire si les conséquences de leur vote ne devaient pas interférer avec l'avenir d'une planète entière. Pour autant, ne nous pressons pas trop de leur jeter la pierre.

C'est un peu l'alternative qui était offerte aux électeurs français en 2017 au second tour des élections présidentielles ou leur choix était limité entre le choléra et la peste, entre le même néolibéralisme qu'aux USA représenté par Emmanuel Macron et une tonitruante représentante d'extrême droite partisane, elle, du « français d'abord ». Les français ont choisi le choléra en la personne du jupitérien Macron et un an après commencent à ressentir les symptômes cliniques anticipés par la faculté :

  • Une diarrhée liquide constatée dans les pertes de pouvoir d'achat en bas s'accompagnant d'un débordement des revenus vers le haut

  • Des hauts le cœur chaque fois que le porteur de germes sortant dans la rue et pour faire « peuple » éructe une nouvelle bètise marquant son désintérêt pour l'infection qu'il répand.

  • enfin un sentiment d'angoisse du guide de ne pas être reconnu à sa valeur par la plèbe qu'il domine de sa grandeur relative, une angoisse que d'aucuns ont cru percevoir dans ses yeux quand sans nécessité il s'est mis à honorer au milieu des cimetières l'un de leur plus importants pourvoyeurs de mort des tranchées devenu ensuite traître à la nation.

Il n'y a pas en France de « mid terms » électoral mais les élections européennes de l'an prochain pourraient en tenir lieu : des élections qui pourraient bien se transformer en plébiscite pour ou contre un macronisme qui, au milieu d'une Union Européenne de moins en moins unie ou comme aux USA il y a ceux qui comptent et ceux qui ne comptent pas, les derniers de plus en plus près de l'explosion qui pourrait bien emporter l'équilibre fragile des politiques austéritaires qui sont le terreau favoris de  la levée des extrêmes.   Peut-être comme aux USA le processus électoral fera-t-il émerger de nouvelles personnalités crédibles dans une opposition qui en ce moment en manque cruellement.

Dans les deux cas considérés, la seule solution satisfaisante pour l'esprit pourrait paraître de se mettre un moment « en vacance de démocratie » et de rejoindre le camp des pêcheurs à la ligne abstentionnistes le temps d'une élection, avec l'espoir rarement satisfait que le temps arrangera les choses et que la prochaine équipe, en démolissant ce qu'aura fait la précédente rétablira la normalité.

Ce n'est pourtant pas à long terme la bonne solution : Quoi qu'on en dise ou pense, le processus électoral colle à la démocratie comme l'adhésif colle aux doigts quand on veut s'en débarrasser : la démocratie directe devenant impraticable quand la population dépasse l'effectif de 3 ou 4 personnes, le vote est encore la seule option à part une révolution improbable avec laquelle le citoyen de base sans pouvoirs peut exprimer ce qu'il pense de ceux qui le représentent, en choisissant la moins mauvaise option vue par lui. Les défaillance du système ne sont pas imputables à cet idiot d'électeur qui vote mal dans un contexte certes différent  mais ou il est aussi question d'absence de démocratie accompagnant la réflexion d'Aragon dans son "roman inachevé", reprise plus tard en chanson par Léo Ferré: "c"était un temps déraisonnable" [......]"et si j'y tenais mal mon rôle,c'était de n'y comprendre rien[...].

coq

aigle

 

Dans ces élections européennes, verra-t-on un combat pour le leadership, un combat entre le coq gaulois et l'aigle germanique, comme aux USA entre l'éléphant républicain et l'âne démocrate , les deux faces si similaires d'une même pièce ? C'est un jeu qui, comme les « jeux d'évanouissement » qui se développent dans les cours d'école mettent en danger les enfants, peut nous conduire à la mort d'une société qui, certes, est de plus en plus invivable, mais qu'il faudra bien remplacer par une autre, encore à imaginer.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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