La contrition d'un Président

Qu'il était émouvant, notre Président, en revendiquant « sa part de responsabilité » mais en l'écoutant je me demandais à qui il pouvait bien adresser ces excuses sur sa maladresse depuis 18 mois.

Était-ce vraiment à ses administrés, ces habitants « des territoires, villages comme quartiers où on voit les services publics se réduire et le cadre de vie disparaître », et aux victimes du « malaise démocratique où se développe le sentiment de ne pas être entendu », ou encore à ses mandants des beaux quartiers qui au moment de son élection l'avaient aidé à repeindre de couleurs pimpantes la tristesse austéritaire de l'Union Européenne qu'il leur promettait alors de conquérir sans coup férir sitôt élu.

Ses amis des beaux quartiers, riverains pour certains des Champs Élysée si vilainement attaqués par les pavés des casseurs et les grenades à fusils des policiers ont en effet toutes les raisons d'être inquiets : leur inquiétude provient-elle de la violence de sa conquête à la hussarde d'un pouvoir tombé des mains de tous ses adversaires qui ne s'en sont pas encore remis ? Pourtant, cela avait l'air de leur plaire. Certes, sa jeunesse en politique peut être une circonstance atténuante mais on aurait attendu mieux d'un « premier de cordée » surdoué qui aurait tout de même dû savoir que dans la conquête du sommet, ce sont les sherpas portant l'essentiel du matériel qui font le principal effort et sont donc aussi redevable de la réussite.

Le voilà bien avancé : si un cinquième opus de la sérénade que lui jouent les gilets jaunes chaque samedi se perpétue, accompagné du ballet guerrier devenu rituel plutôt que traditionnel entre robocops et rebelles casqués et cagoulés, la situation risque de devenir délicate. L'épuisement guette dans les forces de police et par contagion un certain nombre de gilets jaunes risquent de devenir enragés : Sur ce points les media qui en rajoutent toujours un peu pourraient bien devenir auto-réalisateurs d'un désordre permanent pouvant déboucher sur un système d'ordre cadenassé.

La solution est politique : chacun en est conscient mais il faudra déjà commencer par ré-crédibiliser un système politique qui a implosé l'an dernier. Notre système parlementaire semble totalement hors service, avec une majorité recrutée sur Internet qui ne connaît que la voix de son maître et une opposition atomisée dont chacun aboie séparément dans sa cage idéologique.

Reste l'espoir que les gilets jaunes qui redécouvrent sur le terrain la nécessité de l'organisation collective aient la bonne idée de coloniser partis, syndicats et associations, non pour s'y fondre et y disparaitre mais pour y faire du ménage et réaménager des structures qu'il a fallu des générations de souffrance et de militance pour développer, car le temps presse.

Le plan B, qui deviendra peut-être le plan A si les gilets jaunes en ont la force et la volonté, ce serait que secteur par secteur ils construisent par eux-même une autre forme de démocratie.

Ce sera de toutes façons l'échec de Macron pour ses mentors qui n'ont pas hésité à savonner la planche à Sarkozy, puis a Hollande, lorsque chacun n'a plus paru utilisable, mais chacun d'eux avaient tenu la durée du mandat et il ne s'agissait que de remplacement. Il reste encore deux ans et demi à Macron. Le quinquennat va être très long, pour tout le monde.

 

 

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