LA NOUVELLE TRAGEDIE GRECQUE

 

David contre Goliath

Il se déroule sous nos yeux un combat à l'antique, du petit David Grec contre le Goliath Euro Group : enfin, quand je dis « sous nos yeux », c'est plutôt une figure de style car la bataille est loin de se dérouler en terrain découvert et il est probable que toutes les péripéties ne seront pas ouvertes au public. 

Bien sur, ce combat nous intéresse et les commentaires sont nombreux qui dénoncent en vrac, non sans pertinence, avec indignation et parfois esprit de vengeance les déni démocratiques, les atteintes à la souveraineté populaire, l'injustice faite à un peuple citoyen mais une saine évaluation de la situation exige que sans y être insensible on se libère un peu de ce pathos.

On ne s'indigne pas qu'un crocodile ait des dents ni qu'un requin soit carnivore: si l'on est amené à croiser le chemin d'une de ces bestioles prédatrices par nature, il faut choisir des armes plus redoutables que l'indignation pour éviter de se faire manger.

Poker menteur

Nous assistons – et participons – bon gré mal gré à une partie de poker menteur dont pour une bonne part - la part grecque pour l'instant - les citoyens de la zone euro sont l'enjeu. La BCE abat un atout, Hollande passe, Merkel est intraitable, Syriza semble prêt à jouer son tapis, avec pour l'instant le parlement grec derrière lui ... Les seules vraies inconnues du jeu sont la capacité du peuple grec à renverser éventuellement la table et notre propre capacité à lui donner un coup de main le cas échéant.

Ce qui distingue cette partie d'un jeu purement spéculatif est en effet que les dés à découvert sont truqués et que la valeur de ceux qui sont cachés se négocie discrètement sous la table, ce qui justifie qu'on doive renverser cette table sans trop se soucier de la règle officielle du jeu.

Loin de la démocratie

Abandonnons l'idée que les acteurs de la partie sont guidés par une passion plus ou moins démoniaque ou, si vous préférez une expression plus laïque, sont plus ou moins ennemis de la démocratie : Au delà du discours convenu, la démocratie ne fait partie ni de la règle du jeu réel dans l'UE ni de l'objectif immédiat de ceux qui sont autour de la table, y compris – je pèse mes mots et je les explique immédiatement – des représentants grecs nouvellement élus.

La Grèce, ce pays carrefour des civilisations, a subi en retour bien des influences et des dominations, dont la Troïka n'est que le dernier avatar. Ses structures politiques déjà minées par une corruption active, ont été encore abîmées par des mesures d'austérité qui ont détruit partiellement son organisation sociale et amené l'extrême droite nazi dans le jeu politique en plongeant le peuple dans la misère.

Son rebond en est d'autant plus remarquable par la naissance et le développement d'un mouvement populaire qui manque encore à d'autres en Europe, capable de se forger une réflexion politique démocratique... et crédible.

Pour autant, face à une oligarchie financière bien décidée à plumer la volaille grecque le plus longtemps possible, le premier souci de la nouvelle équipe au pouvoir en Grèce sera nécessairement de résister par tous les moyens , dont les compromis ne seront pas absents, avant de pouvoir nettoyer les écuries d'Augias.

Un combat sans merci

Que la BCE se soit empressé de refuser, sans même attendre un début de négociation, de monétiser les titres de la république Hellénique est l'indication que l'enjeu de la partie est d'entrée élevé : les adversaires d'une sortie de crise par le haut ont fait donner l'artillerie. C'est encore de la gesticulation mais c'est mal augurer d'une partie qui pourrait jeter la Grèce hors de la zone Euro sinon de l'UE mais, d'un autre côté, pourrait bien entraîner dans un jeu de dominos incontrôlable la fin prématurée de la monnaie unique dans l'Union.

Et la partie continue : A Bruxelles, on est solidaire … de la BCE : Les ministres des finances de l'Eurogroupe n'ont pas trouvé d'accord avec Tsipras. On va attendre la réunion des chefs d'état le 16 février.

Se dirige-t-on vers la sortie de l'Euro, et de qui ?

Certains se prennent à l'espérer, d'autres pour des raisons très diverses le redoutent mais dans tous les cas il y aura des effets collatéraux à la sortie de la crise grecque, quelle qu'elle soit, sans compter que certains augures nous prédisent une autre crise prochaine, globale cette fois, au vu du comportement des banques1 bien décidés à provoquer un de ces chocs si justement décrits dans un essai plus ancien par Noemie Klein2.

Sur le Titanic, l'orchestre a joué jusqu'au dernier instant : mais ou donc est passé ce foutu chef d'orchestre ?



1Voir à ce sujet le remarquable ouvrage nouvellement parû «  Le livre noir de la banque » collectif édité par ATTAC et BASTA ! aux éditions LLL : les liens qui libèrent.

2« la stratégie du choc »,Noemie Klein, 2010, éditions Babel

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