Le désordre n'est plus climatique

Avant de légiférer, demandons l'avis de secteur privé, pour ne pas prendre de décisions d'intérêt général irresponsable. C'est désormais inclus dans tout accord sérieux de libre échange, mais les GJ arrivent.

Par divers moyens, le monde de la finance et des entreprises intervient directement ou indirectement dans certaines décisions politiques mais c'est rarement une réalité reconnue par l'autorité en charge des dites décisions. Pour autant, la pratique n'est pas nouvelle et le rêve des néolibéraux est que l'état se contente de maintenir dans la société un ordre favorable à la bonne marche des affaires et cesse de se mêler de réglementer les pratiques commerciales.

D'un autre côté, les responsables politiques, s'ils ne sont pas tous, heureusement, prêts à abandonner toutes leurs prérogatives aux forces économiques, ont depuis longtemps abandonné la prétention de gouverner sans bénéficier d'une aide que la finance et les entreprises leur font parfois chèrement payer.

Le problème est dans les rôles différents que les uns et les autres s'attribuent dans la marche de la société.

Le public, décidément bon public, continue à rêver de politiques sociales liées à un état providence dans le contexte d'après guerre de la reconstruction. C'est ainsi que syndicats et associations continuent à s'organiser pour sauvegarder, autant que faire se peut, des conquêtes sociales chèrement acquises durant les « trente glorieuses » tandis que les masses populaires subjuguées par les paillettes du développement les abandonnent petit à petit pour le confort de la voiture et de l'autoroute quitte à s'endetter pour bénéficier de l'une et de l'utilisation de l'autre et à s'affoler du prix du carburant. L'état toujours régalien se sent encore responsable du maintien de l'ordre social mais celui-ci ne s'établit plus sur la base de l'extension des droits du citoyen mais sur la base du maintien et du développement d'objectifs économiques de moins en moins compatibles avec le développement de solidarités génératrices de partage et de contrôles. Quand à l'oligarchie industrielle et financière, dans cette troisième révolution industrielle ou une circulation monétaire par la dette est devenue le moteur de toute activité, elle doit veiller à ce qu'une trop grande partie de cette activité ne soit détournée vers l'économie réelle au détriment de la capitalisation financière et c'est l'expression des politiques budgétaires d'austérité qui s'expriment partout dans le monde.

Cette situation, ce mélange d'intérêts différents et souvent contradictoires n'est évidemment pas satisfaisant et il importe d'y porter bon ordre penses-t-on dans certains milieux, mais qui pourrait le faire ? Les responsables sont identifiés : L'état, corrompu comme nous l'avons vu par une influence lobbyiste qui finit par excéder son pouvoir législatifs, de concert avec l'oligarchie industrielle et financière. Il n'y a plus de troisième interlocuteur social, ce dernier ne se bat plus sur le même terrain et la gauche n'en finit pas de se suicider dans la plus ridicule guerre picrocholine. Reste à l'état et aux lobbies à s'entendre pour trouver ensemble un moyen de gérer au mieux ce capharnaum organisationnel d'autant plus que, comme c'est ballot, on est en train de s'apercevoir qu'à force d'ignorer que sa surface est limitée et trop petite pour leurs ambitions, on est en train d'épuiser les ressources de la planète et de la rendre inhabitable par la pollution liée aux activités industrielles qu'on ne sait plus éliminer.

Les dirigeants politiques comme les oligarques financiers en sont évidemment conscients.

Tous les ans, ils en parlent ensemble à Davos, mais la presse ne nous donne qu'un compte-rendu très succinct de leurs réflexions. Plus souvent encore, dans des sommets à géométrie un peu variable, suivant la politique : G7, G8, on en parle encore mais on l'étale rarement en public. Et puis, maintenant, dans tous les accords de libre échange, on officialise la nécessité, avant de légiférer, d'en discuter avec les représentants de l'industrie dans des forums de coopération réglementaires: Charbon, nucléaire, renouvelable, climat, productivité, austérité, richesses et inégalités, ça concerne tout le monde, n'est-ce pas ?

Et voilà que nous arrivent ces gilets jaunes jetant le bébé avec l'eau du bain, rejetant en bloc avec toutes les souffrances que leur impose ce système les politiciens, syndicalistes, journalistes, Macron bien sur, le plus grand et le plus efficace destructeur de services publics et de droits citoyens, mais curieusement, pas tellement le système industriel et financier dont on dépend : on manifeste le samedi, le lundi on retourne au boulot, et on conspue ce pauvre Manu qui, lui,parcours la campagne de son "grand débat", schowman bien solitaire quand une jeune fille fluette ou un vieux maire chenu lui demande avec un peu de malice à Trifouilli-les-oies quand le feu passera au vert pour qu'on traverse la rue et y trouve du travail.

Tous les samedis, quelques gilets jaunes rentreront éborgnés, par ces "armes non léthales" que les malheureux policiers n'arrivent pas à maitriser car ces maudits gilets jaunes bougent tout le temps.

Pendant ce temps, en Algérie, ce pays ou il n'y a pas si longtemps certains d'entre nous encore vivants ont été envoyés "maintenir l'ordre" contre des terroristes qui s'opposaient à la colonisation française, les enfants et petits enfants de ces"terroristes" nous donnent une belle leçon en organisant des manifestations de masse sans aucune violence, les média présents nous montrant même des policiers l'arme au pied fraternisant avec les manifestants , le clone local de M Castaner, pourtant représentant d'une dictature leur ayant sans aucun doute intimé l'ordre de ne pas tirer.

Alexandre Benalla et Vincent Crade sont toujours en prison,on ne saurait leur imputer aucune responsabilité dans les évènements actuels; ils sont juste apparus dans un coin de la scène, un morceau de décor déchiré faisant apparaître un coin d'ombre un peu délétère dans les sous-sols d'une macronie si avenante, comme des cancrelats apparaissant sous un bord de tapis un peu humide, dans une maison pourtant bien entretenue, comme l'Elysée ou on vient juste d'introduire de la vaisselle neuve livrée par la manufacture de Sèvres.

La coopération réglementaire pourrait bien remplacer toutes les autres formes de lobbying : ce qui réglerait une fois pour toute le problème de nos démocraties imparfaites en actant leur remplacement par de bonnes vieilles dictatures économiques, en attendant la prochaine extinction des espèces et en particulier de la nôtre.

La démocratie, nul doute que à l'issue du "grand débat" qui, à mon sens, devrait arriver à conclusion pas longtemps avant les élections européennes, le pouvoir aura acquis suffisamment d'éléments pour nous proposer une histoire qui relance pour un moment la storytelling de 2017 sur le danger du développement de l'extrême droite, à l'entrée d'une 4ème révolution plus numérique qu'industrielle ou la chaleur dégagée par les ordinateurs de la 5G et des générations suivantes  remplacera celle des haut fourneaux pour réchauffer la planète.

 

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