C'est le discours que nous sert une gauche qui s'apprête à prendre la raclée du siècle, non par une progression foudroyante de l'extrême droite dans les urnes, car en nombre de voix elle ne progresse pas vraiment dans les sondages ni par des défilés de chemises brunes dans nos rues comme en Allemagne en 1933 : On s'attend plutôt à ce que le « peuple de gauche » dégoutté déserte les urnes et certains célèbrent déjà l'abstention comme le must de la démocratie … pardon, il paraît que l'on doit parler désormais de laocratie (du grec moderne laos (peuple), le mot « démocratie » en la matière étant effroyablement démodé avec les notions de base de responsabilité citoyenne qu'il sous-tend.
Je voudrai rassurer tous ces pessimistes : Une victoire éventuelle de la vague bleu marine, qui n'adviendra que si nous le décidons dans les urnes (ou en les fuyant) n'est pas la fin de la démocratie mais ressemblerait sans doute plus à ce qui s'est passé aux Etats Unis d'Amérique du Nord à l'aube du siècle, avec l'arrivée en 2000 de Georges W Bush à la présidence .
Faut-il vraiment rappeler ce que furent les 8 années du Président Bush et d'administration républicaine ? Elle fut élue de justesse par une poussée dans le peuple des campagnes, partisans d'une Amérique traditionnelle et familiale ressemblant à s'y méprendre au discours du FN y compris quand il parle d'immigration. Elle peina la première année à asseoir sa légitimité dans une Amérique minée par la paupérisation et les inégalités sociales mais retrouva des couleurs après le 11 septembre 2001 suite à un attentat terroriste sans précédent (ça ne vous rappelle rien ?) accentuant le sentiment national dans un peuple à la structure politique impériale au delà de l'apparence démocratique. L'administration Bush en profita pour imposer à son peuple le « patriot act » que certains rêvent d'importer en Europe pour plus de contrôle des populations sous prétexte d'antiterrorisme. Ce mandat aura coûté au peuple US une guerre meurtrière basée sur un mensonge, une structuration et une puissance accrue des multinationales et des lobbies, un peu plus de misère et des dérèglements économiques amenant en fin de mandat de Bush la crise de 2007 qui a éclaboussé le monde entier et dure encore.
Ce n'était pas et ce n'est toujours pas du fascisme : Juste la soumission de plus en plus profonde à une idéologie dominée par des intérêts financiers qui seuls prétendent à l'internationalisme et à une liberté totale transfrontalière. Les citoyens maintenus dans la dépendance de la consommation individuelle sont éduqués dans l'illusion d'une responsabilité limitée à eux-même et à leur entourage immédiat, le reste du monde devenant l'ennemi à combattre.
Dans ce contexte, les foucades anti-immigration, les discours xénophobes et populistes ne sont que l'habillage d'une politique soutenant l'ultralibéralisme.
Certes, c'est dangereux et plus qu'on ne le pense, c'est sur un tel terrain propice à tous les renoncements et à la soumission aux rapports de forces que s'est construite l'Allemagne NAZI de 1925 à 1933 après l'échec de la république de Weimar, mais la situation actuelle n'est qu'une étape ou, s'il faut bien sur s'inquiéter des menées activistes d'extrême droite, l'urgence est dans la reconquête idéologique des notions de liberté collective, de solidarité , d'organisation altermondialiste sur une planète devenue trop petite pour les appétits carnassiers des puissances internationales.
Au delà du résultat à court terme des prochaines élections, il n'y a rien de plus urgent que de reconquérir le cœur et le respect du citoyen, jusque dans le plus petit village, pour une politique non politicienne mais réaliste, juste et efficace qui permette à chacun d'apporter sa contribution à l’œuvre humaine, tout en retirant à titre individuel sa juste part de liberté, de responsabilité, de solidarité et pourquoi pas de bonheur, si ce dernier concept a seulement un sens.
Ce ne sont que des mots ? Certes, comme l'est tout projet tant qu'il n'est pas réalisé et même s'il doit rester une utopie ou peut toujours faire quelques pas dans sa direction. Qu'aurions-nous à y perdre ?
Votons et agissons : il y a aussi de la place dans toutes les associations militantes.