Le plan de liquidation des services publics monopolistiques

Il n'est plus à démontrer que les monopoles publics installés pour servir l'intérêt général sont incompatibles avec la religion libérale. Cette religion sans dieux autres que le profit professe que la propriété privée et la richesse individuelle sont les seuls objectifs à défendre et la solidarité une illusion dangereuse .

Dans une société inégalitaire ou la compétition individuelle est une seconde nature, nous voyons depuis le début du siècle remettre en cause un par un les grands services publics nés des luttes sociales de 1936 ou un peu plus tard du projet du Conseil National de la Résistance, des services publics qui ont ouvert une brèche dans la construction ultralibérale née de l'industrialisation du XIXe siècle.

Les gouvernements se succèdent, de droite ou de gauche ou néolibéraux comme celui issu des élections de 2017 mais tous sans exception participent à l’œuvre de démolition des services monopolistiques d'état qui encombrent encore une société de plus en plus ultralibérale.

Ses racines ont une origine bien plus profonde mais le mouvement s'est accéléré dans le cadre de notre dépendance croissante aux normes européennes avec tout un programme de libéralisation dont les mécanismes sont tous semblables. S'agissant d'abattre des citadelles, souvent profondément intégrées aux cultures nationale, les processus s'inscrivent dans la durée, et doivent être précédés par des campagnes insidieuses de dénigrement, s'appuyant sur des défauts souvent imputables à l'incurie ou la malignité de ceux qui ont la charge de leur gestion.

Parmi les raisons invoquées pour justifier les « réformes » jugées nécessaire dans chaque cas, il y a bien sur la concurrence internationale : depuis la fin de la guerre, ou le complexe militaro-industriel américain, victorieux, a imposé la marche vers un libre échange mondial orchestré par l'OMC.

L'application de la loi des avantages comparatifs de Ricardo a conduit les états a abandonner la défense de leurs moyens de production nationaux. L'ouverture des frontières a en outre permis le développement exponentiel du réseau des entreprises multinationales en Europe et partout dans le monde, un réseau prédateur qui non seulement dicte sa loi sur le commerce international mais s'attaque désormais au secteur non marchand, et aux marchés réglementés des services publics.

Cela commence par la transformation du statut du service public concerné : au départ c'est un EPIC (Etablissement à caractère Industriel et Commercial) l'état en fait une société anonyme propriété de l'état. La différence ? Un EPIC est une partie du patrimoine de l'état, il n'est pas ouvert sur le marché des titres. Dans une société anonyme, si son conseil d'administration (ici l'état) le décide le service peut être modifiée ou vendu en partie ou accepter d'autres actionnaires.

Prenons le service de l'électricité : EDF, EPIC puis société anonyme a vu le réseau de transport électrique éclaté entre divers acteurs publics ou privés dans un climat de concurrence effrénée : les producteurs (Nucléaire, hydraulique,solaire, éolien …), le réseau THT (filiale indépendante d'EDF), le réseau basse tension (autre filiale indépendante) , puis un tas de distributeurs et de courtiers en électricité et pour le consommateur il ne reste plus grand chose du service public et ce qui reste de EDF joue le prédateur partout dans le monde comme une vrai multinationale.

Le service postal, d'abord séparé en deux secteurs société anonyme, Poste et télécom a subi de chaque côté le même processus d'éclatement : Le secteur télécom est maintenant totalement privatisé et ce qui reste de service public dans Orange héritier de France télécom et responsable d'une partie du réseau est difficilement discernable. La concurrence y fait rage et pas au bénéfice des usagers de moins en moins pris en compte dans le service rendu, quel que soit le fournisseur.

Le côté poste est quasiment à l'abandon, dispersé dans les supermarchés ou en province dans des boutiques de villages tandis que la structure postale se limite pratiquement à la banque postale. Les usagers doivent faire le deuil d'un service postal de proximité et il faut parfois faire 30 km pour poster une lettre ou toucher un mandat.

Une belle opération, trop peu connue a été réalisée pour les aéroports,  seule propriété de l'état national ou régional jusqu'en 1985 et soumis à son autorité.

Il y a eu en 2008 un accord Open Skyies entre l'UE et les USA libéralisant les transports aériens et permettant aux compagnies aériennes le choix des aéroports pour supporter leurs hubs et autorisant même le cabotage entre villes européennes … à condition de pouvoir avoir des interlocuteurs indépendants dans chaque aéroport ce qui n'était pas le cas quand tous étaient propriété publique. La libéralisation du transport aérien (depuis généralisé sur la planète) entrainait celle des aéroports, depuis 2005 devenus sociétés anonymes de propriété publique. Sous François Hollande l'état a autorisé l'accès du public au capital : des capitaux chinois sont entrés dans le conseil d'administration de l'aéroport de Toulouse Blagnac. La libéralisation du transport aérien avait permis la naissance du low cost dans le transport des passagers, la libéralisation des aéroports autorisera sa dissémination sur tout le territoire mais aussi peut être le développement (à l'étude) du transport de fret … par drones sur courtes distances.

Et maintenant la SNCF ! Le chemin est tout tracé : La première étape est annoncée : la SNCF EPIC va devenir société anonyme. Son éclatement pour servir les besoins de la concurrence est en bonne voie. Que peut-on en attendre ?

Parions un peu : Les voies resteront sous la gestion de l'état sous une forme ou un autre, c'est la source principale des besoins en maintenance négligée si longtemps et continuera à être supporté par le contribuable. Le transport TGV géré sous les principes du transport aérien, low cost compris supportera bien une gestion privée ouverte. Les lignes secondaires données aux régions pourraient bien tomber entre les mains de transporteurs qui en fonction de la rentabilité pourrons moduler transport ferroviaire et transport routier et tant pis pour le bilan carbone. Quand au voyageur : Il peut toujours croire qu'une gestion des lignes suivant la rentabilité de l'opérateur sera favorable à son intérêt personnel quand il ira au boulot tous les matins : l'espoir fait vivre.

Dernier point : Le statut du personnel :

Là encore, problème facile à régler, a été utilisé dans chaque exemple cité : On arrête d'embaucher des fonctionnaires, les nouveaux embauchés auront des CDD comme tout le monde, moins fréquemment des CDI. Pour en savoir les conséquences pour les fonctionnaires ou assimilés qui gardent leur statut, que s'est-il passé à la poste et à France télécom? : Devenant espèce en voie de disparition, marginalisés par une nouvelle génération, à la poste comme aux télécom : la pression fut si forte pour les faire partir volontairement et prendre des retraites anticipées qu'il y aurait même eu des suicides !

La société néolibérale est en route avec cette nouvelle opération de nettoyage du service public de la SNCF. Il n'est que de regarder ce qui se passe en Angleterre pour en voir les perspectives.

 

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