Gilets jaunes et grand débat

Dans l'imagerie populaire, notre société moderne est présentée comme un village primitif avec au centre le totem entouré des vieux sages qui font la loi coutumière.

On trouve donc au centre le dieu tutellaire, entouré de ceux qui font la loi coutumière réglant la vie des habitants, lesquels vaquent à leurs occupations sans contact avec les vieux sages tant qu'ils restent dans le cadre de la loi. Dans notre société à nous, l'état serait le totem central à l'intérieur duquel la constitution tient lieu de tables de la loi avec en guise de vieux sages les représentants du peuple élu et leur armée de fonctionnaires. Autour d'eux est la société civile dans laquelle une oligarchie sensée rester dans le cadre de la loi publique asservit le peuple producteur et consommateur sous la seule loi privée du profit et de l'argent.

La nécessité de désarmer la finance est évidente. Dans le monde théorique décrit ci-dessus, il suffirait que les représentants du peuple votent les lois d'intérêt général qui mettraient fin à l'exploitation de l'oligarchie en limitant ses pouvoirs et en en redonnant quelques-uns au peuple, ce que demandent en fait les gilets jaunes sous la forme de plus de justice sociale.

Ils ne sont pas aveugles et voient bien que c'est la même classe sociale et les mêmes oligarques qui occupent les places dans le monde financier appartenant à la société civile et dans l'état gestionnaire, et la conséquence est que c'est en réalité le monde financier qui écrit les lois sensées limiter son pouvoir... raison pour laquelle il est des GJ pour ne pas s'intéresser à un grand débat organisé par Emmanuel Macron.

En 2017, le monde financier qui, en tant que corps social possède quelques brillants stratèges a pu faire gagner contre toute attente son meilleur challenger dans la course à l'Elysée et s'est seulement trompé sur le rythme à imposer à ses « réformes ». En fin 2018, le réveil inattendu des « gilets jaunes », une jacquerie liée à la souffrance d'un peuple dont on avait oublié l'existence est en train de bouleverser le schéma bien rodé du déclin de la démocratie engagé depuis que les USA en 1945 ont entamé l'export progressif du libre échange vers le reste du monde et d'un mode de vie basé sur la loi du plus fort.

Restent les partis politiques que la stratégie de 2017 a renvoyé cul par dessus tête dans une pagaille dont ils ne semblent pas près de sortir, ce qui les rend incapables de penser à ce qu'ils pourraient proposer de crédible à droite comme à gauche pour rétablir un peu de justice sociale tout en prenant en compte les urgences environnementales, en s'appuyant sur un peuple dont les gilets jaunes montrent qu'il n'est pas totalement démobilisé.

Il reste aussi toute une partie du peuple qui sans être gilet jaune a de la sympathie pour eux (comme le montrent les sondages) et attend vainement que quelqu'un qui ne soit pas seulement intéressé par la conquête du pouvoir ou son ego personnel fasse des propositions intéressantes.

"Vaste programme ! » aurait dit le Général de Gaulle, mais il parlait d'autre chose.

 

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