A propos et Hors de propos d'une primaire à gauche

Les grenouilles de gauche sont-elles en recherche d'un roi pour remplacer celui qu'elles ont pourtant mis sur le trône il y a bientôt 4 ans? je ne dois pas être le seul à me poser la question. Il serait bon qu'on s'intéresse un plus en plus à ce que pense le public ( la demande populaire) plutôt que de prétendre lui proposer des solutions toutes faites.

J'ai relu récemment 1984, la ferme des animaux, et quelques papiers sur Georges Orwell qui revient assez curieusement dans les débats ces temps-ci : j'aime bien sans y adhérer complètement sa conception d'une classe de dominants dont toute la stratégie consiste à construire un univers largement imaginaire sur une propagande bien construite et d'une classe de dominés (pour lui à l'époque la classe ouvrière) uniquement demanderesse de "common decence" c'est à dire au fond qu'on lui assure une vie tranquille sans histoire : c'est bien ce que cherche à nous fournir le néolibéralisme, sauf que ça marche moins bien quand les moutons trop tondus commencent à souffrir des rigueurs de l'hiver.

Aujourd'hui, le public me semble plutôt en recherche d'une proposition politique crédible lui rendant un peu de dignité, ce qui est bien dans la vision d'Orwell et qui doit prendre en compte d'abord sa culture et une liberté citoyenne qui lui est de plus en plus confisquée. Cela prend des formes différentes dans chaque pays, en fonction d'un fond culturel qui résiste encore au rouleau compresseur de la globalisation néolibérale mais la crédibilité de la proposition dépend surtout de ceux qui proposent et de leur respect pour ce public que prétendent représenter les politiciens du moment .

Le moins qu'on puisse dire est que dans ce domaine il y a encore du boulot : dans une France qui se croyait à tort à l'abri dans l'état providence hérité du Conseil de la Résistance, le populisme d'un front national a plus de succès populaire que le spectacle d'une gauche alternative qui résuscite dans ses comportements les guerres picrocholines de la 4ème république tout en préconisant l'avènement d'une 6ème.

Bien entendu, il serait irresponsable de feindre ignorer le rôle idéologique de la marchandisation de toutes choses imposé comme un dogme par le néolibéralisme d'importation qui a bien pris racine chez nous : Pour une entité politique, il est presque mission impossible de prétendre réduire le chômage et augmenter le pouvoir d'achat (entre autres) sans toucher à la liberté des entreprises multinationales, des conglomérats financiers et des investisseurs appatrides qui constitueraient la première des libertés comme le proclament les tables de la loi européenne. Dans d'autres pays d'Europe, et je pense à l'Espagne avec Podemos des propositions en ce sens éveillent plus d'échos que chez nous, même si dans ce combat la partie est encore inégale.

Bref, si 2016 s'annonce pleine d'obstacles, ce n'est sans doute rien en rapport avec 2017 pendant laquelle le concours hypique le plus couru sera le steeple Chase présidentiel avec comme premier prix la couronne de monarque élu pour 5 ans et comme prix de consolation quelques portefeuilles ministériels.

Parmi les obstacles inattendus ou plutôt aujourd'hui peu médiatisés par les pouvoirs publics, une crise monétaire se précise tandis que la crise climatique continue son bonhomme de chemin : pendant la COP21, les attentats ont masqué la défaite des états devant les intérêts des entreprises . Pendant ce temps, l'Union Européenne se désunit un peu plus chaque jour.

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.