Brexit or not Brexit

« Penser global, agir local » : cette formule inventée il y a 45 ans à propos d'environnement devrait s'appliquer à bien d'autres sujets, dans l'espace comme dans le temps, et en particulier aux analyses politiques à l'échelle continentale . Seule la mise en perspective permet souvent de comprendre la signification d'événements à priori marginaux qui peuvent avoir des conséquences universelles

Née des conditions posées dans le plan Marshall sous contrôle US et Canadien, la communauté européenne s'est développée à partir du traité de Rome jusqu'à l'Acte Unique Européen (AUE) qui confirma son évolution en marché unique, préparant le traité de Maastricht  en 1992: Il a consolidé sa structure politique et son caractère juridique en préparant son élargissement vers l'Est . Cet élargissement englobait en 2013  28 états de plus dont 19 se sont doté d'une monnaie unique en vigueur depuis 2000 dans la zone Euro.

En 2001, le traité de Nice est venu doter l'UE d'un semblant de légitimité sociale en s'appropriant, à peine modifiées, les dispositions de la « Convention Européenne de sauvegarde des Droits de l'Homme et des libertés fondamentales (CEDH)  » du Conseil de l'Europe. 

Cette copie quasi conforme de la CEDH, désormais intégrée en annexe au traité de Lisbonne porte le titre de « Charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne ».

Cette construction d'un marché européen libre progressivement débarrassé des  régulations nationales avait de quoi satisfaire les multinationales dans un modèle production-consommation duquel tout ce qui n'est pas retour sur investissement est une externalité non prise en compte : La crise de 2007 a changé la donne de façon un peu inattendue.

Elle a démontré la fragilité d'un système mondial s'appuyant sur l'industrie financière plutôt que sur l'économie réelle, avec la croissance exponentielle des bulles financières et des dettes publiques comme privées. Lorsque la bulle des sub-primes a éclaté avec un effet domino sur les autres activités financières, les banques et le système monétaire lui-même ont pu être sauvé et s'en sont si bien tiré que leurs résultats consolidés sont resplendissant tandis que les états sont devenus leurs débiteurs pour éponger leurs dettes souveraines aux conditions des marchés.

La prochaine crise que l'on dit très proche sera sans doute moins facile à arrêter mais en attendant, l'Union européenne est coincée dans la rigidité d'un système monétaire à monnaie unique dont Milton Friedman, en 2005, quelques mois avant son décès disait :

« D’un autre côté, la possibilité plus vraisemblable est qu’il y aura des chocs asymétriques frappant les différents pays. Cela signifiera que le seul mécanisme d’ajustement dont ils pourront se satisfaire sera budgétaire et fiscal, avec du chômage : pression sur les salaires, pression sur les prix. Il n’y aura pas d’échappatoire ».[http://www.contrepoints.org/2012/07/31/92198-milton-friedman-avait-prevu-la-crise-de-leuro ].

La prévision était exacte, la politique d'austérité a alimenté la crise sociale, mettant les gouvernements plus ou moins et difficulté et réveillant de vieux réflexes de protectionnisme avec le double effet de renforcer des mouvements de droite populistes et identitaires et de rompre l'unanimisme des 28 états de l'UE contrôlés par le lobbying européen : Les périodes de troubles sociaux sont rarement favorables aux affaires et on constate en effet des niveaux d'activité en limite de récession.

Dans ce contexte, le gouvernement du Royaume Uni qui a eu l'intelligence de ne pas se lier à l'Euro et sa City, première place financière du monde, pas très loin devant Wall street ont matière à s'interroger sur la pertinence d'attacher leur destin à une union européenne minée par le scepticisme croissant de ses citoyens et en train d'échouer dans la construction d'un système économique et politique gouvernable .

Cameron joue dans l'affaire avec un fusil à double détente, que le référendum qu'il va bien falloir qu'il réalise exprime ou non la sortie de l'UE.

On en saura sans doute plus un peu plus tard sur le contenu de l'accord qui à ce jour n'a fait l'objet que de quelques commentaires journalistiques.

Ce qui est évident, c'est que profitant du contexte actuel le royaume uni en profite pour poursuivre la politique d'UE à la carte inaugurée par Margaret Tatcher . Une nouvelle dérogation qui viendra s'ajouter à celles des textes européens que l'angleterre a pu signer avec "opt out"tout en notant que la charte des droits fondamentaux ne s'appliquait pas à elle ou encore que la limite de 48h à la durée du travail bénéficie d'un « opt out » pour l'UK, ou bien qu'elle n'appartient pas à l'espace Schengen (ce qui l'arrange bien actuellement ou la France assure sa police des frontières)

Si le peuple anglais décide de sortir de l'UE, soyez en sûr, elle bénéficiera comme la Suisse de ses avantages commerciaux par un nouvel accord, gardera la liberté de sa monnaie,et la city restera l'une des deux grandes places financières du monde. Il se peut que l'UE n'y résiste pas avec tous ses autres problèmes : on dira alors que les anglais sont toujours bon en navigation et que l'ile britannique flotte encore quand le continent UE boit la tasse

S'il ne se passe rien et que les anglais restent dans l'UE, les concessions faites à l'Angleterre donneront peut-être des idées à d'autres et ce ne sera que partie remise.

Brexit or not Brexit ? Nous savions depuis longtemps que la construction européenne était artificielle, nous voyons aujourd'hui à quel point elle est fragile, nous devrons peut être bientôt penser à en construire une autre.

 



 

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