Après Charlie

En revenant de la marche à laquelle ont participé tant de citoyens en France et dans le monde, je m'interrogeais: Je suis Charlie : et après ?

Maintenant, nous y sommes ....

Deux semaines déjà … Trois attentats coordonnés ont brutalement ouvert nos yeux sur une guerre pourtant ouverte depuis des années : les responsables politiques cherchent par tous les moyens à sortir d'un piège dans lequel ils se sont eux-même enfermés.

On ne reviendra pas sur les débats qui s'ouvrent un peu partout, sur les thèmes d'un Islamisme dévoyé, de la jeunesse abandonnée, de la ghettoïsation de nos banlieues ou encore du terrorisme en général : ce sont des faits avérés. Ils n'apparaissent le plus souvent dans les media que comme des marronniers classés au rang de faits divers, sauf que cette fois trois ninjas maléfiques et surarmés ont tué 17 personnes et prétendu détruire un journal d'opinion à coup de Kalachnikov et tuer des citoyens pour leur appartenance religieuse. L'événement a éclipsé  dans les media l'élimination quelques jours avant d'un village entier par Boko Haram au Nigeria.

Entendons nous bien : Je partage sans réserve l'élan d'indignation de tant de citoyens dans le monde. Dimanche dernier j'étais « Charlie » avec près de 4 millions de français de toutes origines dans les rues de nos grandes villes. Je n'ai pas été enclin à critiquer l'important dispositif de forces de police qui a rapidement eu raison des assassins : je salue également la mémoire des officiers de police abattus dans l'exercice de leur fonction.

Le danger est réel de voir des apprentis terroristes imiter les trois lâches assassins que certains intégristes tentent déjà de déguiser en héros. La montée du dispositif « vigie pirate » au niveau rouge est de bonne précaution.

Cette dramatique occurrence a malheureusement mis en lumière la fragilité d'une société de plus en plus dominée par les enjeux de pouvoir : La montée des inégalités n'est pas la seule explication mais elle est un terreau malheureusement fertile dans lequel se développent de nouveaux terroristes. Elle est aussi la source de nouvelles solidarités mais, dans l'état actuel des rapports de forces, le travail des militants de terrain a du mal à être perçu, noyé par un conformisme de commande que soutiennent certains media, supposé lutter contre le désordre social : Certaines déclarations enflammées pour la liberté étendue à tous les non conformisme sont bien hypocrites.

Le danger terroriste doit être combattu mais comment ? Dans les discours politiques, on évite la mise en cause de la démocratie sous couleur de la préserver mais ce sont encore les vieilles recettes d'un contrôle policier accru, dans nos rues comme sur les réseaux sociaux et le web qui transparaissent. Nulle part, y compris aux USA ou elles ont renforcé les réflexes communautaires les plus pernicieux, ces mesures n'ont constitué un véritable obstacle pour les individus ou les groupes armée qui ont perpétré des attentats.

La raison en est bien simple et parfaitement connue : Ce sont les gens honnêtes et pacifiques qui ont le plus de chances de tomber dans le piège d'une réglementation accrue que les criminels de toutes obédiences ont depuis longtemps appris à contourner. Les forces de police ne seront jamais assez nombreuses pour verrouiller toutes les folies criminelles, qui que ce soit qui les active et si nous tentions d'y parvenir par les seuls moyens policiers la démocratie même formelle ne serait bientôt plus qu'un souvenir lointain.

Certaines mesures envisagées font sourire, d'autres ont de quoi effrayer. Un ancien ministre de l'intérieur voulait « terroriser les terroristes » : on réfléchit désormais à une peine « d'indignité nationale » s'adressant à des délinquants éventuels qui refusent la notion même de citoyenneté nationale. On va créer près de 3000 emplois pour lutter contre le terrorisme dont 1400 pour déployer les « grandes oreilles » à la française et renforcer les services de renseignement débordés, nous dit-on, par une population de 1300 individus impliqués dans des filières jihadistes : Un agent secret embauché par individu suspect : Il va y avoir du monde en embuscade dans les allées obscures. L'armement de la police sera renforcé, face à des assassins équipés d'armes de guerre : Verra-t-on bientôt la police patrouiller en auto-mitrailleuses ? On a peu de chance de voir mieux réglementer l'emploi des tasers et des flashballs, plutôt destinés à d'autres catégorie de dangereux militants combattant les grands projets inutiles comme don Quichotte les moulins à vent.

Internet sera mieux contrôlée et les réseaux sociaux « responsabilisés », on ne pourra plus coller n'importe quoi sur son mur : Une mesure sans doute salutaire si elle s'accompagne de l'effort pédagogique nécessaire pour que le réseau ne soit plus le réceptacle de tous le phantasmes teintés d'égotisme. Il reste encore, pour la plupart d'entre nous à apprendre le bon usage de cette « transparence » surtout revendiquée … pour les autres et de cette liberté sans responsabilité qui nous laisse si souvent sans défense contre toutes les arnaques.

Bref, le meilleur des mondes d'Aldous Huxley n'a que quelques siècles d'avance, tandis que le monde de 1984 imaginé par Georges Orwell à la fin de la guerre n'a guère que quelques dizaines d'années de retard.

Y aurait-il d'autres solutions ? Dans l'immédiat sans doute non : à la sauvagerie d'un Jihad qui n'a rien d'une guerre sainte il faudra opposer une force publique que nous aurons bien du mal à empêcher d'envahir nos libertés individuelles.

Si nous ne voulons pas condamner à terme l'idée même de démocratie, il est bien temps de réfléchir à des pratiques de « vivre ensemble », seul moyen d'isoler réellement et de désarmer les monstres semblables aux frères Kouachi ou à Coulibali. élevés dans une haine entretenue ou utilisée par tant de porteurs d'intérêts divers.

Souhaitons que les mesures d'exception ne soient qu'exceptionnelles et qu'on essaie quelques autres recettes qui mériteraient bien d'être testées : Par exemple le plein emploi, le désenclavement des ghettos où tant de jeunes perdent l'espoir, une lutte efficace appuyée sur l'exemple contre les discriminations et la xénophobie, un peu moins de compétitivité et un peu plus de solidarité, bref des mesures simples capables (peut-être) d'assurer quelques siècles de plus de survie sur cette planète à une race dont les représentants furent imprudemment nommés « homo sapiens », ce qui reste à prouver..

 



 



 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.