DEMOCRATIE, ordre ou désordre ?

Quel bel exemple démocratique ! Deux faux policiers déguisés en vrais s'introduisent le 1er mai dans une manifestation pour « casser du manifestant » sous le regard indifférent des vrais policiers et les regards indiscrets des smartphones témoins incontournables de toute activité publique.

Les autorités informées de ce curieux événement dont la vidéo fait le tour des réseaux sociaux attendront deux mois et demi pour découvrir que derrière une pantalonnade digne d'un scénario de BD des Pieds Nickelés qui berça notre jeunesse, l'univers caché d'un état sans foi ni loi allait leur sauter à la figure.

La vidéo en cause occupe tous nos écrans, les grands et les petits et voilà que deux valeureux membres de la garde prétorienne que l'on voyait partout aux côtés du Président sont désormais livrés à la vindicte populaire et font une grosse tâche sur la cravate du fringant et élégant promoteur d'une république exemplaire.

Oh, ce n'est pas pour autant que je vais mêler ma voix sans réserve à tous ceux qui, après avoir ramassé une gamelle aux dernières élections vu la décomposition de leur propre environnement politique nous jouent la comédie de la vierge effarouchée. L'opinion publique n'est guère plus crédible après tant d'années ou elle a avalé tant de couleuvres et accepté les foucades de tant d'équipes présidentielles. Elle peut s'enflammer pour une victoire au foot ou au tour de France, quand la démolition  des services publics pratiquée depuis 20 ans la rendent indifférente aussi bien, hélas pour beaucoup, que la perspective de la catastrophe écologique qui va tomber sur la tête de ses propres descendants.

Ce sont les mêmes qui aujourd'hui hurlent au scandale dont la poussée droitière canalise le glissement général vers le populisme, comme M Retailleau, le scandale pour lui et quelques autres étant que des proches du pouvoir aient usurpé les fonctions et les insignes de la police pour faire du travail de policier, c'est à dire taper sur des manifestants. On reconnaît bien là une position qui a fait beaucoup progresser la démocratie et l'écologie à NDDL.

Nous sommes encore loin de tout savoir sur cette affaire et il n'est pas sur que les trois enquêtes requises, la judiciaire, celle de l'IGPS et l'enquête parlementaire nous apporte toute la lumière mais acceptons-en tout de même l'augure. Reste quelques questions que l'on peut légitimement se poser au vu des quelques éléments largement exposés sur nos écrans et nos journaux.

Que voyons-nous sur cette  vidéo ?

  • des policiers, vrais ou faux peu importe, brutalisant deux jeunes manifestants. D'après les témoignages, et ils sont nombreux, ces jeunes gens ne constituaient pas une menace, aucune raison même de les interpeller. La violence et le comportement voyou feraient-il part désormais de la formation policière ? Ou ces deux « policiers » mandatés en observateurs étaient-ils porteurs d'ordre de provocation ? Pourquoi les vrai policiers vus sur la vidéo ne les ont-il pas arrêtés ? Y avait-il une relation d'autorité et laquelle entre ces deux civils et les officiers présents ? Les policiers présents, s'il y a inculpations, seront-ils considérés comme complices ?

  • Dans beaucoup d'autres manifestations, les témoignages existent de « black blocs » ou supposés tels buvant un café dans un bus de la police avant d'aller participer au démontage d'un abri bus ou à la « décoration » d'une vitrine de banque. C'est à ma connaissance la première fois que l'inverse existe, des casseurs civils venant se mêler aux policiers pour « les aider ». Une nouvelle tactique ? Un effort de transparence ? La signification que nous avons changé de régime ?

  • Prenons un peu de hauteur : Un Président ou même un candidat a besoin d'être protéger : c'est à ça que servent les gardes du corps : On doit vérifier leur fidélité absolue à la personne protégée : Peut-on faire l'économie de vérifier aussi qu'ils doivent être irréprochables dans leur environnement et qu'en dehors de leur fonction ils se comportent en citoyens ordinaires, ou doit-on supposer que tel serviteur - tel maître et alors quelle conséquence ?

  • Les autorités font le gros dos : la tactique de la tortue, on rentre la tête et les pattes et on attend que cela se passe mais en l'occurrence il se pourrait que ça ne marche pas, comme si on avait retourné la pauvre bête sur le dos de sa carapace. Comment va-t-on retourner la situation ?

 

Nous vivons une période formidable : Merci Monsieur le Président, au moins avec vous on ne s'ennuie pas.

 

 

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