La loi EL MACRON : gagnant-gagnant pour tout le monde ?

C'est entendu:le projet de loi El Khomri est une abomination : Cette loi, en l'état, remettrait en cause les 35 heures, torpillerait les prud'hommes, sonnerait la fin des négociations collectives en renvoyant la négociation au niveau de l'entreprise souvent sans syndicat, où le patron sous-traitant n'est qu'un prestataire de service à disposition du donneur d'ordre. J'en passe et des meilleurs...

J'allais oublier : dans ce projet la durée maximale du travail passerait à 60 heures par un simple accord d'entreprise. J'en oublie encore, mais la place me manquerait pour une analyse plus complète.

Pourtant, il y a gros à gagner que ce projet sera finalement voté et que ce sera gagnant-gagnant pour tous ses protagonistes, à l'exception des salariés, bien sur.

Tout d'abord, le Président de la République, de l'autre bout de la planète ou il visite les résidences secondaires de la France  a admis qu'il ne disposait pas de la majorité des voix pour faire voter cette loi en l'état.

On va donc négocier et chacun devra y trouver son compte pour que le projet devienne acceptable.

Cette loi que des malveillants ont baptisée « El Macron » est si conforme aux souhaits du MEDEF, dont le ministre de l'économie est aujourd'hui l'un des éminents défenseur qu'il faudra bien faire des concessions : l'opinion publique croit de moins en moins au loup libéral déguisé en grand mère et ça finit par travailler même certains parlementaires qui en ont pourtant vu bien d'autres. Ce n'est pas si grave qu'il y paraît : Le MEDEF n'obtiendra pas tout mais ce qui sera acquis sera inscrit dans le code du travail rénové, un petit clic de plus dans la roue à cliquet de la régression sociale.

Le gouvernement, de son côté, y trouvera à bon compte le moyen de démontrer qu'il n'est pas l'ennemi d'une saine pratique de la démocratie participative : en mettant la barre très haut, il s'est construit quelques marges lui permettant sans déchoir de satisfaire néanmoins l'Europe libérale et les milieux patronaux à travers un débat parlementaire.

Les syndicats de leur côté vont se battre avec acharnement et dans la mesure ou ils contribueront à éviter le pire pourront se féliciter d'une victoire au moins relative.

Déjà, les heureux salariés qui réussissaient à maintenir un peu leur pouvoir d'achat avec des heures supplémentaires à 25% ont senti le vent du boulet avec la suppression de cette majoration que Macron souhaitait, mais le pire a été évité avec un plancher à 10% défendu bec et ongles pas la ministre du travail. Seuls les malveillants prétendront que le plafond rejoindra très vite le plancher, et qu'il s'agit bien de la disparition au profit de l'entreprise de 150% de la majoration pour heures sup .

On pourrait multiplier les exemples par lesquels, après la promesse crédible de coups sur la tête recevoir de simples paires de gifles peut paraître moins douloureux.

Je ne suis pas un spécialiste du droit du travail mais si un ou des amis syndicalistes s'employaient à nous rappeler, en termes simples et faciles à lire, l'état actuel du droit du travail et comment il a déjà été amputé sous les mandats Sarkozy et Hollande, il serait plus facile aux simples citoyens d'apprécier la nouvelle amputation que s'apprête à nous faire subir la loi El Khomri en projet.

 



 

 

 



 

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