Climat et monnaies fiscales

Un débat se développe dans certains milieux altermondialistes à la suite du projet évoqué par le parlement italien de créer des "monnaies fiscales". La monnaie fiscale (fiscal money) est une variété de monnaie scripturale émise par l’État indépendamment de la monnaie légale.

Le wikibéral en donne la définition suivante :

La monnaie fiscale est un mécanisme que proposent certains étatistes pour "résoudre" le problème de la dette publique : l'État règle ses dépenses non pas en empruntant à cette fin sur les marchés ou en augmentant les impôts mais en donnant à ses créanciers une simple reconnaissance de dette sous la forme d'une remise d'impôt. Cette nouvelle monnaie n'a pas cours légal mais reste négociable, transférable à des tiers et échangeable sur le marché. 

Cette nième tentative pour corriger les défauts de l'ultralibéralisme, reprise parfois à gauche par certains espérant limiter les dégâts constatés sur le terrain de la dette par le pillage spéculatif des ressources limitées de la planète a pour objectifs avoués de soustraire de la spéculation au mois partiellement les investissements d'intérêt général incontournables . On espère aussi éventuellement libérer des moyens supplémentaires pour les états qui s'intéresseraient réellement à des politiques de transition écologique, sans détruire par la dette un système monétaire au bord de l'explosion.

L'intention est louable et l'idée sommes toutes intéressante et je ne me risquerait pas à entrer dans le débat sur sa légitimité ou sa pertinence, d'autres que moi s'y écorchent ou s'y écorcheront mutuellement sans limitations.

Je resterai simplement au plan des objectifs et des forces en présence. Nous sommes immergés jusqu'au cou dans un monde libéral opportuniste qui a définitivement externalisé toute préoccupation sociale ou humaine et ne voit dans l'investissement étatique qu'une autre opportunité de prélever sa dîme et de contrôler tout investissement humain. Les gilets jaunes ont mis en balance dans leurs préoccupations la fin du mois et la fin du monde, les capitalistes mettent en balance l'intérêt général de l'humanité et l'intérêt particulier de leur club d'actionnaires.

Pour les états, reprendre la main sur un circuit monétaire de dépenses souveraines qui, avant les années 70 du siècle dernier, était encore de son initiative est évidemment de l'intérêt des états européens pour se délivrer du carcan de l'Euro et des marchés mais ce serait insuffisant si l'on continuait à libéraliser tous azimuts, à liquider les services publics et à signer des accords de libre échange livrant les échanges internationaux à la spéculation et aux intérêts des multinationales.

L'objectif majeur, sous une forme ou sous une autre, me paraît plutôt  de reconditionner la dette de l'état pour rendre à ce dernier quelques moyens en pratiquant une politique résolue de relocalisation d'un maximum d'activités libérant les territoires de la dictature des multinationales expatriées : cela passe plus par la mobilisation des opinions publiques aux enjeux sociaux et écologiques que par des constructions hautement technocratiques qui seraient concoctées à Bercy.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.