C'est la fête à Tsipras, ça tombe de tous les côtés, on analyse "sa" défaite avec plus ou moins de hargne ou de commisération, c'est selon : sans doute inconsciemment (mais ça grince un peu dans les discours ) on en voudrait presque au peuple Grec de se cramponner encore à cet Euro qu'on accuse de tous les maux et à ce parti Syriza tour a tour dénoncé comme traître à la cause, comme impardonnable naïf ou comme un shadow parti sans consistance dominé par un manipulateur irresponsable.
Rappelons nous tout de même que nous ne sommes pas grecs. Si nous l'étions, non pas au niveau des « happy few » ou même de la classe moyenne mais à celui d'un lumpenprolétariat1 tendant à devenir majoritaires en Grèce, nous aurions peut-être des points de vue plus nuancées, tenant compte de plus de réalités conjoncturelles.
Là ou nous sommes, militants européens , nous devrions au moins tenter d'analyser le "pourquoi ça rate" avant d'ouvrir le concours Lepine des inventions à base de « yaka_faucon » ou encore « d'ilufallu ».
Le cas de la Grèce n'est après tout qu'un stade avancé de la gangrène qui menace le monde entier sous couvert de mondialisation, avec des métastases plus ou moins développées suivant le pays, souvent il est vrai en raison des mauvais traitements et des mauvaises politiques que ce pays a subi antérieurement.
Les causes peuvent varier : Ici une bulle financière éclate, là c'est une bulle immobilière, ailleurs une pyramide de Ponzi s'écroule, partout et notamment en Grèce la corruption des structures et les oligarchies locales et étrangères empêchent que l'on prenne les mesures nécessaires pour soigner le malade.
La dette publique mais aussi la dette privée sont les vecteurs de cette maladie systémique qui paraîtrait bizarre au Micromegas de Voltaire, dans laquelle au nom d'une dette qu'il a lui même provoqué un réseau puissamment organisé de banques et d'organismes transnationaux prend progressivement le pouvoir politique sur une planète qu'il mène à sa destruction.
Dans les pays concernés, des défenses s'organisent à la mesure du danger : Ici Podemos, là Syriza, beaucoup plus modestement ailleurs un front de gauche qui se cherche toujours, tandis que les cellules saines sont atteintes et qu'à côté de la gangrène s'installent des cancers xénophobes et prédateurs.
On devrait reconnaître sans réserves le courage du peuple Grec qui en janvier, résistant aux sirènes de Aube dorée autant qu'à la propagande orchestrée depuis Bruxelles a osé voter pour un parti de coalition anti-austérité malgré les risques encourus.
Elu en Janvier, battu en juillet par la mafia des banques et la troïka, la nouvelle équipe élue en Grèce n'a pas à mon sens à rougir de son échec qui, contrairement à ce que beaucoup pensent, ne remet pas la Grèce - ni l'UE dans la situation d'avant le 25 janvier dernier :
L'union européenne ne sort pas grandie de ce coup de force mené contre tout un peuple, qui a mis en lumière les forces obscures qui l'animent, pas plus que le FMI qui se serait bien passé de cette menace sur l'euro alors que le système monétaire international (dont il est le gardien) est de plus en plus menacé par une crise majeure sous les poussées conjuguées des BRICS et d'une crise latente qui pourrait bien s'ouvrir à la rentrée.
En Grèce, le danger le plus prégnant est de voir le peuple et ses représentants , sous les coups qu'ils prennent, finir par retirer leur confiance à l'équipe choisie et retombe dans l'orbite du PASOK ou de la Nouvelle Démocratie, ou pire, dans un climat de renoncement généralisé : C'est la raison pour laquelle les va-t-en guerre de chez nous devraient cesser de penser à la place des Grecs et montrer une totale solidarité sans réserves à leur situation, porteuse encore de nouveaux combats à soutenir largement.
Quand aux militants altermondialistes, ils ont me semble-t-il quelques leçons et réflexions pour l'action à retirer de la situation actuelle en Grèce :
Si nous ne voulons pas que l'ombre du pouvoir financier ne s'étende sur ce qui nous reste de démocratie, il faut arriver à mobiliser plus fermement contre les projets qu'ont pour nous les multinationales et autres conglomérats organisés derrière les politiques et les gouvernements.
Au delà du combat contre l'austérité, l'emprise lobbyiste sur la démocratie s'exerce au travers des accords internationaux en projet ou en négociation : CETA, TAFTA, l'accord sur les services qui se négocie secrètement en marge de l'OMC sont les plus connus mais il y en a d'autres comme les APE en cours de finalisation entre l'UE et l'Afrique, ou le P de partenariat a perdu la signification de coopération qu'il avait dans l'accord de Cotonou .
La montée du contrôle social, sous prétexte du terrorisme est aussi un indice du recul du droit citoyen.
Nous sommes tous des Grecs est un autre moyen de dire que nous n'avons qu'une seule planète, et qu'elle nous appartient.
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1 Directement traduit de l'allemand : « prolétariat en haillons »