ON a gagné 40 miliards a dit le Président !!

du 17 au 21 juillet, ça chauffait dur au Conseil européen mais " la France s'y est bien battu, nos recevrons de l'Europe 40 milliards d'euros pour la relance de notre économie" : parole de président. On peut y croire, ou non, mais surtout comprendre que la magie n'existe pas.

« De toutes façons, tout le monde est condamné à s'endetter après le Covid-19. La dette, c'est le nouveau pétrole économique: y compris pour l'Allemagne et les pays du Nord. » :La phrase est de Thierry Breton ces jours-ci et résume bien la situation :

En régime « normal » c'est à dire entre deux crises, les banques centrales n'utilisent leur pouvoir de création monétaire ex nihilo que pour maintenir stable la circulation monétaire sur le réseau des banques en fonction de l'activité financière dont elle est le support.

Lorsqu'il y a crise, c'est à dire depuis 2007 constamment la circulation monétaire est perturbée et les banques centrales comme les états doivent utiliser des méthodes diverses pour maintenir l'équilibre dans un système monétaire fragilisé, avec en continu création et destruction monétaire par le prêt et le remboursement.

La crise financière déclenchée des USA par les subprimes dans l'immobilier a mis en danger le réseau des banques « ordinaires : dépots et affaires » et ce sont les états qui leur ont apporté de l'argent frais en s'endettant considérablement, ce qui a conduit les pays europuniens à sauver les meubles en organisant les politiques d'austérité avec un ensemble de coordinations plus ou moins forcées. Depuis 2010 la BCE a tenté de relancer le système économique en rachetant les dettes des états (bons du trésor et autres) au second marché pour remettre de l'argent dans le circuit comme les USA le font depuis longtemps mais ça n'a guère été efficace, et puis la pandémie est arrivée et a tout bloqué : Confinement et arrèt des entreprises, arrêt de la circulation monétaire, récession, etc …

Cette fois, les états n'en ayant plus les moyens, c'est la BCE qui devra importer de la dette à la place des états et même envisager des donations, c'est à dire de subventionner sans perspective de remboursement, une partie du redémarrage de l'économie.

Les états membres n'ont pas trouvé d'autre solution pour relancer la machine que de la création monétaire massive par la BCE sans obligation de remboursement avant 50 ans c'est à dire jamais, par une autre génération d'Européens : ceux qui sont décisionnaires aujourd'hui seront morts. On l'a fait après la guerre il y a 70 ans et qui s'en souvient? ...  Ce qui ne veut pas dire que « créer de l'argent magique à partir de rien » règle tous les problèmes : il faut que tout le monde soit d'accord et cet afflux miraculeux n'aura pas le même effet sur tous, d'où nécessité d'en discuter ensemble, avec pour chacun des objectifs de négo différents et c'est ce qu'on a fait depuis le 17 juillet 2020 au Conseil de l'UE, chacun pour soi (solidarité oubliée) mais avec la conscience qu'il fallait trouver un accord ou mettre la clé sous la porte de l'Union, en en supportant les conséquences .

Charles Michel, Président du Conseil Européen avait bien posé le problème en indiquant les points de négociation et il y a finalement eu compromis sur chacun d'entre eux.

  • Les pays « frugaux » sont aussi des pays contributeurs nets au budget de l'UE qui bénéficient de « rabais » dont la France souhaitaient la disparition après le départ de l'angleterre qui en était l'initiatrice : Les rabais ont été maintenus et même pour certains un peu augmentés.

Ces rabais remboursés aux états sur leur cotisation à l'UE étaient la survivance d'une exigence de Margareth Thatcher de vérifier chaque année la cotisation de chaque état et de lui rembourser éventuellement les sommes qu'il aurait versé excédant les dépenses réelles de l'UE.

  • On a un peu réduit le montant des subventions au profit des prêts, ce qui était demandé par les « frugaux » peu enclins à jouer les fourmis pour les cigales du Sud.

  • Les états bénéficiaires devront plus ou moins le justifier dans le cadre d'un « semestre européen » tres attentif, (demande des « frugaux ») avec une validation à la majorité qualifiée, acte demandé par l'UE au contrôle:

  • Les « frugaux » demandaient que la règle soit l'unanimité mais le vote à la majorité qualifiée institue en lieu et place une minorité de blocage comprenant au moins 4 états membres représentant plus de 35% de la population de l'UE.

  • Les 750 milliards plafond des prêts autorisés restent en l'état de même qu'un CFP maintenu mais ou on n'a pas précisé la répartition par pays : comme les entreprises qui vont en bénéficier sont toutes transnationales et ont des usines de production dans plusieurs pays, on devine qui opèrera les choix de répartition.

En bref, personne n'a baissé sa culotte et le résultat de négociation est équilibré .

Est-ce que c'est un pas vers le fédéralisme ? Certainement pas, pas plus que la monnaie unique ne l'est

L'Euro monnaie commune et gérée en commun par une unique banque centrale est déjà une mesure d'ordre fédéral. De même le 6 pack et toutes les mesures que l'UE prend pour renforcer la coordination et l'unité d'action sur les états de l'Union sont des mesures de niveau fédéral mais ne rapprochent pas d'un horizon fédéraliste : L'UE dans son ensemble ne tient finalement que par des liens multiples qui sont plus contractuels qu'institutionnels et qui sont imposés par la mondialisation des rapports commerciaux mais qui restent des liens contractuels. La preuve le Brexit.

La construction d'un pouvoir fédéral prenant ses décisions sans devoir passer par l'accord des états membres n'est pas pour demain. C'est sans doute dommage dans les combats continent contre continent qui se préparent. D'un autre point de vue c'est heureux pour la démocratie et la capacité d'opposition qui reste dans les états.

Les ressources ouvertes par cette création monétaire massive devront être utilisées pour la relance d'ici 2026 mais le traitement du retour éventuel à l'orthodoxie monétaire vers 2058 intéressera de toutes façons d'autres générations politiques... et citoyennes. C'était bien l'un des buts recherchés, et d'ici là bien des choses peuvent se passer : En Europe, en Chine, aux USA, ou dans une afrique qui finira par s'éveiller, sans compter les catastrophes climatiques qui se préparent et de la montée des eaux avec la température.

Spéculer sur cet avenir là est plus risqué encore que sur l'arrivée prochaine du rebond de la pandémie.

Finalement, la décision de l'UE d'autoriser un tel accroissement de la dette à un niveau astronomique n'est pas vraiment un pari sur un avenir dont nous allons laisser à nos descendants le soin de constater la réalité qu'elle soit « soutenable » comme le rêvent certains ou insoutenable  comme l'affirment d'autres. 

 

 

 

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