Tous populistes ?

L'accusation de populisme reste dans la culture populaire l'extrême injure, étroitement accolée à celle de fascisme et de racisme : les souvenirs douloureux des guerres du XXème siècle sont encore inscrit dans la mémoire culturelle des nouvelles générations. Faut-il pour autant jeter le bébé avec l'eau du bain et nous interdire de réfléchir aux réalités qui se cachent derrière les mots?

Le très conventionnel dictionnaire Larousse nous donne la définition suivante de ce substantif appliqué à une situation politique :

Populisme : n.m. Idéologie politique de certains mouvements de libération nationale visant à libérer le peuple sans recourir à la lutte des classes.

Le site internet « la toupie » en donne une définition plus intéressante : Après avoir remarqué que « la démocratie représentative fonctionne mal et ne tient pas ses promesses. » ce qui est au mieux une lapalissade, les toupinautes expliquent que :

« Lorsqu'ils sont au pouvoir, les populistes peuvent remettre en question les formes habituelles de la démocratie au profit d'un autoritarisme s'appuyant sur des institutions censées être authentiquement au service du peuple. »

On pourra remarquer , en soulignant la personnalité de chacun de ses leaders, que les trois principaux mouvements qui ont animé la campagne électorale présidentielle en France sont authentiquement populistes, au sens de la seconde définition et chacun dans son expression politique exprimait bien la défiance profonde dont le peuple de France a fait preuve en rejetant dans l'isoloir la forme de démocratie représentée par les partis traditionnels.

Qu'est-il alors advenu de la représentation politique traditionnelle supposée être le reflet d'une démocratie directe relayée par des représentants choisis par le peuple ?

Le parti socialiste a été miné par les conséquences d'un social libéralisme mal assumé. Cette option a tourné à l'ordolibéralisme en 1983 lorsque François Mitterrand a dû, pour conserver le pouvoir, abandonner le programme commun de la gauche (bâti en 1972) 1 .

Le PS s'est écroulé aux dernières élections sous l 'avalanche des trahisons fomentés par un insider dont, quelques mois avant, le public ignorait l’existence: Emmanuel Macron, transfuge de la banque Rothschild a été infiltré dans l'appareil socialiste par un certain François Hollande.

Après avoir vendu son âme et plus récemment sa forteresse de la rue Solférino, le PS n'est pas mort pour autant et reste encore représenté dans les territoires de la république comme l'ont montré les élections sénatoriales.

Le parti communiste, malgré son relatif succès en conservant un groupe constitué au sénat aura du mal à conserver une représentativité suffisante devant les forces centrifuges qui l'assaillent, privé qu'il est d'une alliance électorale crédible avec un PS devenu évanescent et face à l'ostracisme d'un Mélanchon qui n'a tolèré aucun outsider sur le terrain de la reconstruction d'une politique de gauche..

La droite traditionnelle sous ses différents avatars dont le dernier, LR, inventé pour servir Nicolas Sarkozy a été minée de l'intérieur par une guerre interne picrocholine et de l'extérieur par les même sirènes qui ont conduites le bateau socialiste vers les récifs. Elle a bien, elle aussi résisté à la réélection partielle du sénat qu'elle avait conquise à l'élection précédente.

Quelles que soient les qualités et les défauts des autres compétiteurs, la loi électorale majoritaire les réduits à jouer les idiots utiles dans le cirque médiatique.

Faut-il alors abandonner l'idéal démocratique ? Faut-il se résoudre à un nouvel état reposant sur un déséquilibre politique permanent entre trois formes de césarisme avéré auquel, il est vrai, l'élection du Président de la République au suffrage universel donne quelques fondements aux relents monarchiques ?

L’extrême droite progresse en Europe malgré l'échec relatif du FN en France: le populisme macronien reposant sur un ordolibéralisme dont le siège régional est à Bruxelles (ou selon certains à Berlin) a remporté une victoire, certes favorisée par les règles électorales et la « contre société » de gauche du mouvement mélanchonien est encore en gestation.

Comme d'habitude, les choses seront plus nuancées : Orphelin d'une victoire que le peuple ne tient toujours pas à lui donner, le FN se déchire et ne semble pas prêt de peser à nouveau dans le landerneau politique français, du moins avant quelques temps.

Côté gauche, les insoumis doivent bâtir une structure pour soutenir leur mouvement et une majorité la souhaite locale, pour renforcer une démocratie de terrain. Le problème est qu'il leur faut du temps, à moins qu'ils ne tombent dans le piège de la récupération de l'appareil local PS partiellement corrompu par le clientélisme.

Ils ont deux ans avant les municipales pour bâtir une stratégie consensuelle plus rassembleuse que la machine de guerre mise en avant pour la bataille électorale de 2017.

A droite, rien de nouveau, sinon un niveau de perméabilité rarement rencontré sur son aile droite avec les idées du FN et au centre l’ambiguïté de la « compatibilité » de certains leaders avec le néolibéralisme du pro-consul du moment.

Reste le mouvement macronien, qui pourrait être la représentation crédible d'un populisme « en marche » réussi si celui qui pense l'incarner était vraiment le « lider màximo » qu'il pense être, autre chose que le représentant assumé d'une idéologie naguère importée des USA et incluse profondément dans l'ADN de l'Union Européenne à sa création.

Beaucoup d'annalistes y compris désormais certains économistes classiques du mainstream reconnaissent que le modèle néolibéral devra être revisité pour tenir compte notamment de la crise climatique et de la crise sociale , mais aussi de la révolution numérique qui a largement dépassée les limites de la silicon vallée jusque dans la vie économique et sociale du quotidien.

Pendant les deux ans qui viennent, en l'absence d'élections, le gouvernement Macron aura les pleins pouvoirs et s'efforcera d'imposer à marches forcées le programme néolibéral auquel il adhère après quoi il devra penser à sa réélection et rajouter un peu de miel dans sa potion amère.

…. à moins que … La majorité actuelle gardera-t-elle son unité ? L'opposition trouvera-t-elle un chemin, au parlement ou dans la rue, pour faire aboutir ses revendications, les syndicats, retrouvant un comportement unitaire sauront-ils modifier le rapport des forces face à un patronat auquel le gouvernement donne tous les pouvoirs, l'économie résistera-t-elle au traitement de choc que le gouvernement veut imposer aux forces productives ?

L'avenir est plein d'incertitudes mais dans un contexte ou la démocratie représentative est devenue la première victime de ses propres excès , le problème principal devrait être d'ouvrir un débat authentique et sincère en mesure de rétablir la confiance d'un public citoyen désabusé, quitte à mettre un peu de populisme du réel dans la marche de la communauté, c'est à dire de prise en compte des citoyens dans les décisions qui les concernent..

 

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1 On en trouvera le récit page 103 dans « le rasoir d'Ockham » essai publié par l'auteur aux éditions Edilivres, disponible en librairie ou sur demande à l'adresse claude.layalle@laposte.net ou encore en version numérique en format e-book chez l'éditeur  à l'adresse https://www.edilivre.com/librairie .

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