Macron l'américain (suite)

Donald Trump aime les gagnants, Emmanuel Macron les premiers de cordée, il est bien naturel que, dès leur première rencontre, ces deux là se soient découverts une attirance réciproque que matérialise cette visite d'état du second à l'invitation du premier cité. Ce sont deux fauves politiques, avec peu de considération pour une démocratie représentative qui pèse à l'un comme à l'autre.

Copains comme cochons, donc, comme nous le montre la presse dite d'information qui par ailleurs dramatise certains aspects de leurs différences tout en en dissimulant soigneusement certains autres. C'est un numéro d'illusionnisme mené par les media pour entretenir en permanence un suspense éditorial générateur de pub roborative.

Bien entendu, l'amitié traditionnelle et historique France/USA et l'empathie entre les dirigeants ne fait pas disparaître les conflits d'intérêts mais les faits et les situations sont rarement présentées au public sous un angle facilitant la compréhension des phénomènes.

La description des deux duettistes politiques d'abord : Donald Trump, sous son apparence de paysan texan nourri à la Budweiser est issu de la minorité blanche non hispanique d'un quartier de New York et a eu une éducation plutôt correcte avant d'être formé aux techniques de la conquête immobilière dans l'entreprise de son père. Cerise sur le gâteau : ce personnage à l'allure de pilier de comptoir ne boit paraît-il pas une goutte d'alcool1. Son numéro éléphantesque est une tactique qui en a trompé plus d'un dans sa carrière commerciale et maintenant politique.

Emmanuel Macron, dont j'ai touché deux mots dans le premier opus de « Macron l'américain » est un bourgeois ambitieux élevé dans la culture néolibérale en passant par la banque Rothschild. Sous une forme différente, sa volonté de gérer le pays comme on gère une opération financière ne le cède en rien à celle d'un Trump affectant de gérer le sien du haut de sa « Trump tower ». L'un et l'autre s'appuient sur une idéologie commune de l'autorité du chef, une forme de transcendance que l'on aurait pu penser devenue obsolète après 1968 mais qui revient en force avec les échecs de la démocratie dans un monde secoué par les crises et l'impuissance de l'autorité publique.

En apparence, ils appartiennent à deux branches antagonistes de la classe oligarchique : le champion de América first est porteur lointain de la doctrine Monroe d'isolement qui perdura aux USA pendant plus d'un siècle, dans un pays de conquête qui devait alors affirmer sa place dans le concert des nations ; De son côté, le nouveau champion français d'un mondialisme néolibéral veut s'appuyer sur L' Union Européenne des multinationales, malade de nationalismes mal soignés qu'il essaie de guérir en France avec des remèdes de cheval dont on finit par craindre qu'ils n'achèvent le malade.

En réalité, et probablement sans vraiment en avoir conscience, ils sont l'un comme l'autre des reliques d'un monde révolu, mais dans le contexte on peut craindre que une fois de plus les grenouilles humanoïdes soient à la recherche de rois quand on aurait besoin de solidarité et de coopération. Leur soif de pouvoir commune sera leur lien le plus solide.

Retour au protectionnisme ? En fait, il n'a jamais cessé, il est partie intégrante du libre échange et les états comme les individus se protègent quand ils peuvent au plus profond des négociations : problème de rapports de forces. On trouve souvent l'UE pas assez protégée, mais en fait qui en bénéficie sinon les banques et les transnationales, et qui subit les conséquences sinon les peuples qui paient les dettes ?

Certes, Trump et ceux qui le soutiennent ont quelque raisons de jouer « américa first » : depuis 1945 ou ils ont joué à faire abattre les frontières, ils ont déclenché un développement des multinationales du reste du monde qui viennent maintenant les concurrencer chez eux : voir l'acier et l'alluminium chinois qui ont envahi Pittsburgh.

En même temps, dans l'UE, Macron a quelque raisons de craindre ne pas avoir tout le soutien qu'il attend de l'ami allemand et des autres européens mais entre amis du même monde, on finira par trouver des solutions … reste à savoir sur le dos de qui !

______________________________________________________

1 on trouve sur le net plusieurs bio du personnage étayées par un important dossier de presse.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.