Lendemain d'élection :

La social démocratie serait-elle en manque de solidarité ?

En 2017 se menait un combat épique entre des adversaires d'égale représentation (à peu de choses près) dans les sondages ( pour mémoire les lepénistes,les macronistes les mélanchoniens et la droite dite Trocadero) .

Le front national, porté par le système dynastique des le Pen s'appuyait sur la colère d'un peuple oublié dans la construction d'un monde, un oubli de moins en moins supportable.

Le mouvement des insoumis porté par Mélanchon s'appuyait aussi sur la même colère mais proposait lui des solutions portées par la perspective d'une révolution citoyenne dans une autre république. Il faisait table rase de toutes les compromissions d'une démocratie représentative corrompue par les aggiornamentos avec un pouvoir économique n'apparaissant que rarement en pleine lumière.

Le mouvement macronien surgit de nulle part représentait un rare exemple d'organisation césariste sur un modèle Napoléon III, préparé dans l'aristocratie des banques et des milieux politiques européens . Son programme était celui quasi complet de l'ordolibéralisme habilement présenté comme transgressif du système que pourtant il représentait.

Pas grand chose à dire du quatrième compétiteur : la « droite du trocadéro » , porte-paroles de la catégorie sociale des accrochés à leurs privilèges …. Les trois autres populistes dans l'arène étaient plus intéressants car porteurs chacun d'une autre offre politique.

Le plus astucieux a gagné et c'est la loi d'une démocratie représentative dans un système concurrentiel ou le meilleur est celui qui sait convaincre plutôt que celui qui a le meilleur projet. Cette notion de meilleur projet est d'ailleurs fallacieuse car seul celui qui est choisi réalisera (peut être) le sien et pourra être jugé à posteriori sur sa crédibilité.

Le bilan que l'on peut en tirer 2 ans après, c'est que la social démocratie est morte ou en tout cas si malade qu'on ne peut plus compter sur elle pour un moment et que sans tenir compte des 50% d'abstention, le mouvement insoumis ne représente plus que moins de 7% de votants.

Quand aux deux comiques, les nouveaux Abbott et Costello qui se sont livré un combat sans merci devant les caméras dans un duel saugrenu pour occuper ensemble tout le terrain médiatique, ce n'est pas peu dire que leur numéro renouvelé commence à fatiguer.

La Fifille le Pen peut respirer : avec le score maintenu de sa liste, elle est pour le moment a l'abri des coups de griffes de sa nièce préférée et Jupiter, s'il a perdu un peu de sa superbe dans ses rodomontades de la veille a tout de même été épargné de devoir manger son chapeau en public, en maintenant juste au dessus de 20% la proportion de citoyens acceptant encore de voter pour ses listes.

Une lueur d'espoir tout de même : le score encore insuffisant mais significativement augmenté des écolos auquel ne serait pas étrangère la mobilisation des jeunes, qui est aussi ressentie dans les manifs du vendredi.

Vendredi dernier, dans la manif pour l'environnement à Paris, une bande de gamines et de gamins hilares chantaient : « Macron, t'es foutu, ta jeunesse est dans la rue ... » Le slogan n'est pas nouveau, mais cette fois peut-être est-il le signe de la relève d'une jeunesse qui, si elle sait conserver une volonté joyeuse et solidaire a encore toutes ses chances de sauver la planète.

Ce qui aura perdu la social démocratie, prétendant réguler le libéralisme pour allier liberté et efficacité, c'est d'en avoir éliminé la solidarité en la confondant avec l'organisation : Pour construire une locomotive ou un jeu vidéo, il faut des compétences, du talent et donc des individus mais ceux qui ne sont pas indispensable au projet peuvent être oubliés. Pour construire une société, pour y bien vivre, on a besoin de tous, sans exception, sinon les exclus finissent par pourrir la vie et coûter cher … à tous.

Il arrive même que certains mettent des gilets jaunes.

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