Libre échange et concurrence

L'entreprise ou le conglomérat financier international ont besoin de beaucoup d'espace pour se déployer dans toutes leurs dimensions1.

L'entreprise ou le conglomérat financier international ont besoin de beaucoup d'espace pour se déployer dans toutes leurs dimensions1.

C'est cet espace que l'entreprise va occuper et organiser, un territoire bien plus grand que chacun des pays considérés, aux contours mouvants et sans frontières. Un lieu de production voire un siège social peut migrer vers un autre continent sur une opportunité fiscale ou une décision du CA. Une activité peut aussi disparaître des écrans radar, tout en restant très lucrative pour l'entreprise en question, simplement masquée derrière l'écran d'un paradis judiciaire et fiscal.

C'est dans ce cadre que l'entreprise réclame la liberté de mener dans le cadre d'une économie de marché des « échanges libéralisés» , c'est à dire en tous points du territoire l'instauration d'une « concurrence libre et non faussée ».

Nous reviendrons une autre fois sur ces deux notions qui par ailleurs ont été décrites et critiquées par bien des économistes pour nous intéresser à la question :

  • Concurrence, d'accord mais entre qui et qui ?

Elle n'existe pratiquement plus au niveau du consommateur : Lorsque le consommateur a le choix entre plusieurs marques de lessive, il y a de fortes chances que 90% proviennent de la même multinationale (UNILEVER ?) et parfois de la même usine de fabrication sous un autre emballage.

Les distributeurs se font une guerre commerciale sans grande signification autre qu'un marketing différent tant les produits et les techniques sont standardisés. La véritable concurrence se situera au plus haut niveau, dans les conseils d'administration ou chez les actionnaires qui chaque jour remplissent leur panier de titres ou s'en débarrassent au gré des fluctuations de RSI et de valeurs boursières.

En fait, la revendication de marché libre a principalement pour but de réduire et annuler les inconvénients d'un marché implanté sur des territoires souverains, où ce qui est autorisé ici peut très bien être interdit là et tel produit miraculeux plébiscité au Nord du continent interdit à la vente au Sud. Elle n'est finalement que l'outil qui a servi à abattre toutes les barrières douanières au sein de l'Union et est utilisé quotidiennement pour affaiblir les lois et règlements réglementant le commerce dans l'intérêt général.

La lutte des lobbies dans l'UE pour l'obtention d'une concurrence « libre et non faussée » a porté ses fruits puisque cette « liberté » est désormais la première, gravée dans le marbre du traité de Lisbonne.

En d'autres termes, c'est le principe que les états ont accepté de promulguer, de la liberté du renard libre dans le poulailler libre au nom de la liberté.

Soyons compétitifs :

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Tournons symboliquement la page, et changeons d'univers. Nous sommes maintenant dans un monde réel, le nôtre, ou nous vivons, travaillons (pour ceux qui le peuvent encore), fondons des familles, et comprenons de moins en moins ce qui nous arrive.

La faute à l'Union Européenne ? À l'Euro ? A la BCE et au FMI réunis ? Au salarié faignant qui ne veut plus travailler pour payer la retraite de son père qui, lui, avait payé celle de son grand père ? Au gouvernement qui paie trop pour le social et jamais assez pour les entreprises ? Aux entreprises elles-même, à la petite boite du coin qui vient de fermer après avoir fourni en sous-traitance des tonnes de boulons à PSA, avant qu'on ne les trouve moins cher aux Maldives ou en Sierra Leone ?

Il serait impossible de répondre à ces questions en quelques lignes et d'ailleurs chacun en a déjà quelques idées.

Posons-nous plutôt la question : Pourquoi nos responsables politiques, en France, dans l'Union Européenne et même chez OBAMA nous serinent-t-ils à longueur de billets pseudo-économiques que notre avenir est dans la C O M P E T IT IV I T E ?

Vous allez comprendre : c'est parce qu'ils ont raison : Mme TATCHER aussi : TINA, there is no alternative. … S'il vous plait, un peu de tenue, ne descendez pas tout de suite à la cave chercher le FM, ramené discrètement d'Algérie par papa et depuis soigneusement huilée « au cas où » ; non, je vous explique, c'est pas non plus de votre faute :

Dans les années 70, la reconstruction quasi terminée, les comptes nationaux encore en équilibre, les profits baissaient sérieusement. L'oncle Sam qui avait continué à frimer avec ses deux guerres, au Vietnam et dans les étoiles, devait raccrocher sa panoplie et décrocher le dollar de l'or ce qui déclencha la pire des spéculations, deux chocs pétroliers et la mise en flottaison des monnaies désormais entièrement gérées par les marchés financiers tandis qu'on « libérait » les banques centrales pour couper court à toute tentative pour les états d'agir pour rectifier la situation.

Tandis que la dévaluation de fait du dollar faisait monter le cours des matières premières et soulageait un peu la dette du tiers monde, celle des pays les plus industrialisés aidée par l'industrie financière, la spéculation et la corruption montait en flèche. La spéculation de trop, celle des subprimes manquait de faire tomber tout le système en 2007. Les états, qui n'ont guère eu le choix, se sont précipité pour boucher les trous dans la lessiveuse monétaire à grand coup de dollars et d'euros vite mis au compte dette des contribuables.

UN autre effet n'a pas été assez souligné : en demandant aux salariés et aux contribuables de payer plus et travailler plus pour payer la dette, le gouvernement les enferme dans SON piège : Dans une économie stagnante, un emploi gagné ici est un emploi perdu ailleurs et un euro donné aux marchés financiers ne nous revient pas en investissement ... Il y aurait pourtant tant de travail nécessaire, en coopération pour éviter à nos descendants une catastrophe écologique .

Il faut désarmer les marchés avant qu'ils ne nous assassinent dans l'austérité2.


1Ne prenons pas toujours la notion d'espace sur le plan strictement matériel : Cette entreprise devra parfois intervenir très haut dans les échelons ministériels et s'infiltrer chez ses concurrents et ses clients potentiels pour y chercher des ressources à elle utiles. Celà s'appelle suivant le cas du lobbying ou parfois de l'intelligence économique.

2Désarmer les marchés : Cette idée n'est pas de moi mais de Ignatio Ramonet, membre fondateur de l'association ATTAC en 1997. Cette association dont je suis entre autres adhérent n'est nullement responsable de mon blog personnel et je doute qu'elle soit à 100% d'accord avec toutes mes affirmations (il y a en son sein de vrais économistes hétérodoxes autrement qualifiés que moi) mais sur ce point au moins, je suis certain qu'elle n'a pas changé d'avis.

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