Loi Travail : le véritable enjeu de l’inversion des normes

La lutte contre la loi « travail » encore appelée « loi El Khomri » du nom de sa supposée rédactrice originale prends une nouvelle orientation. Autour de cette bataille s'agitent les principaux acteurs de cette simili tragédie bien orchestrée ou politiques, syndicalistes et citoyens engagés dans une impossible « nuit debout » se battent autour du thème de la démocratie du salarié.

 Cette loi, la CFDT dans le rôle du syndicat bisounours la trouve formidable, n’y voyant que ses seuls aspects positif, comme le compte personnel d’activité du salarié qui aurait en effet été voté à l’unanimité s’il ne lui avait été ajouté quelques autres articles qui fâchent, sans qu’on ait vraiment examiné ses aspects éventuellement négatifs et intrusifs dans la vie d’un salarié devenu traçable dans toute sa carrière pour chacun de ses patrons, y compris dans ses activités syndicales passées .

Pour la CGT et la coordination syndicale qui l’entoure et dont les media se font un point d’honneur de ne pas parler pour mieux dénoncer le caractère autocratique de la CGT, cette loi est une abomination à rejeter en bloc, comme un enterrement de la démocratie

Force Ouvrière est plus spécifique et redoute surtout l’aspect « inversion des normes de l’article 2.

Le gouvernement, lui, a choisi sa cible avec la CGT qui ne fait rien pour l’aider dans le chemin difficile vers 2017, un chemin semé d’embûches dont beaucoup sont liées à son comportement psychorigide apparent, prisonnier qu’il est des réseaux financiers dans le cadre européen.

Le mouvement « Nuit Debout » est le premier signe de réveil d’une opinion publique enfin consciente de l’innocuité des politiques spectacle carriéristes et égotiques pour résoudre la crise sociale et a engagé une réflexion collective qui ne manque pas d’intérêt. Elle mobilise surtout une jeune population engagée sans trop le savoir dans la philosophie défendue naguère par le mytique « Che » Guevarra : « soyons réalistes, demandons l’impossible ».

Ce mouvement, encore loin d’atteindre le niveau espagnol des « indignés » a-t-il de l’avenir ?

c’est précisément cet avenir qui nous le dira mais in faut remarquer que levé le 31 mai contre la loi El Khomri, on y parle finalement dans les commissions de bien d’autres sujets sociétaux et pour le spectateur averti, parmi beaucoup de réflexions conditionnées par des dizaines d’années de propagande néo-libérale, on y entend aussi des analyses et des propositions qui devraient réveiller la réflexion d’une classe politique endormie sur ses égos

Pendant ce temps, dans un mode plus traditionnel, l’action syndicale qui n’a pas désarmé se poursuit et s’étend dans un mouvement qui gagne les entreprises : sans indiquer un chemin clair vers une « grève général » que certains réclament comme une mantra, il se dessine un risque de perturbation générale de mauvaise augure pour un gouvernement droit dans ses bottes malgré les couacs de plus en plus sonores dans sa majorité.

Pressés par la nécessité de trouver une porte de sortie rapide, devant les risques d’une perte de contrôle qui ouvrirait un boulevard à l’extrême droite, la revendication syndicale, même à la CGT, semble converger vers une attaque ciblée sur l’article 2 de la loi et sur l’inversion des normes, mais il ne semble pas que le véritable enjeu, un enjeu de pouvoir, soir clairement perçu, y compris par ceux qui la combattent.

Dans une récente contribution à la révision du « small business act pour l’Europe », la CGPME n’aborde pas une seule fois le problème de la sous-traitance. Pourtant, il y a quelques temps, une enquête d’opinion de même origine indiquait que près de 60% des PME et ETI se considéraient comme sous-traitantes et n’avaient donc pas (parfois pas du tout) le contrôle total de leur charge de travail et de ses conditions, les décisions appartenant aux donneurs d’ordre d’autant que ces derniers soumettent souvent les entreprises à une concurrence sauvage. Cette concurrence amene souvent les chefs d’entreprises sous-traitantes à une autocensure de leurs souhaits éventuels d’investissements, d’amélioration des conditions de travail et même d’embauche ou de licenciement.

Par ailleurs, particulièrement dans les ETI de 300 à 5000 employés, le « patron » gérant l’entreprise est souvent lui-même un salarié prenant ses ordres de circuits financiers et d’actionnaires éventuellement off shore dont le seul objectif est le retour sur investissement.

Enfin, même dans des PME ou le propriétaire dirige l’entreprise, sa dépendance au réseau bancaire pour ses investissements comme pour son cash flow lui limite aussi la liberté des choix.

Comme argument contre l’inversion des normes proposée dans l’article 2, on donne le fait que beaucoup d’entreprises n’ont pas de syndicat, ce qui à mon sens est un argument non pertinent car les salariée dans les entreprises ont toute liberté pour construire leur représentation sous la pression de la nécessité de négocier mais même avec un syndicat présent et opérationnel ils ne peuvent rien contre l’absence de pouvoir réel du patron avec lequel ils négocient :

C’est pourquoi décider au niveau de l’entreprise des conditions plus défavorables que dans la branche ne peut être accepté. Il faut au contraire renforcer l’autorité des conventions collectives, ce qui n’interdit nullement de négocier ensuite des conditions plus favorables dans l’entreprise.

Il s’agit bien d’un enjeu de pouvoir qui, dans la perspective patronale s’inscrit dans la même action permanente de réduire le pouvoir collectif  au niveau de l’accord d’entreprise comme dans la société et dans le commerce avec les accords de libre échange CETA, TAFTA, etc. ..

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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