L'aventure italienne : entre populisme et dictature europunienne

L'aventure italienne et la décision du Président Sergio Matarella ne devrait pas nous étonner. Il s'agit de prendre position entre deux nécessités essentielles: refuser et combattre le glissement à l’extrême droite partout ou cela se produit et refuser tout autant d'abandonner la démocratie à la dictature du néolibéralisme europunien.

Il y a plusieurs années, dans les années 90, le gouvernement algérien sortant a laissé les militaires locaux par un coup d'état voler la victoire aux extrémistes religieux du FIS qui pourtant l'avait gagnée dans les urnes. Cela n'a pas pour autant restauré la démocratie ni jugulé le danger religieux, tout en renforçant le caractère non démocratique du système.
Aujourd'hui, la troïka (BCE, FMI, commission européenne) intervient indirectement dans le processus démocratique italien au travers d'un Président europhile pour l'empêcher d'introduire le virus de l'Euro scepticisme dans les positions de l'un des fondateurs de l'UE : vu du peuple italien, cela pourrait bien renforcer encore le glissement à l'extrême droite ... et l'euro-scepticisme.

La social démocratie ultra libérale europunienne - de droite comme de gauche - résiste bien en France à travers l'aventure macronienne, ou en Allemagne avec le compromis Merkel (CDU-SPD) et c'est bien le même processus libéral que la troïka va chercher à preserver en Italie, au travers de l'initiative de Sergio Matarella, dans la perspective de nouvelles élections, avec un premier ministre transfuge du FMI.

Si les annalistes de la gauche française finissent par s'intéresser à ce qui se passe chez nos voisins proches, ils devraient s'apercevoir rapidement que ce qui est en jeu actuellement est le résultat d'un combat entre une droite libérale dominant la marchandisation du monde et une extrême droite populiste dont le fondement idéologique doit être recherché dans l'Italie des années 20, qui trouve son support dans une population lassée d'être l'idiot utile d'une fausse démocratie qui depuis 40 ans au moins a montré sa corruption.

Il n'y a plus dans ce schéma aucun projet alternatif plausible de gauche et l'idée même d'intérêt citoyen se dilue de plus en plus dans l'individualisme des réseaux sociaux tandis que les batailles d'égos dans ce qui reste d'organisations politiques de gauche enlèvent toute crédibilité à une ré-politisation d'un peuple qui ne croit plus à la représentation démocratique.

Bien sur, les choses changent et la manifestation du 26 mai ou la plupart des syndicats, partis et associations étaient représentés est un signe positif important, même si pour le premier ministre il s'agit d'un « petit coefficient de marée » mais le chemin sera long pour rétablir la confiance dans une démocratie prenant en compte la réalité citoyenne.

C'est pourtant un chemin que nous devrons emprunter, en France comme en Italie ou ailleurs, si nous voulons assurer un avenir à nos petits enfants.

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