Tous ensemble! Mais l'heure des compromis n'aurait-elle pas déjà sonné à l'Université?

Le 20 février, la Coordination nationale des universités a pris comme mot d’ordre : «De la maternelle à l’université : retrait des contre-réformes Darcos/Pécresse». Mais cela va-t-il tenir ?

Le 20 février, la Coordination nationale des universités a pris comme mot d’ordre : «De la maternelle à l’université : retrait des contre-réformes Darcos/Pécresse». Mais cela va-t-il tenir ?

 

 

La première motion votée par les délégués à la coordination nationale des universités réunie à Nanterre le 20 février indique qu’ " un projet cohérent est en train d’être mis en place de la maternelle à l’université : casse des services publics et des statuts des personnels et des établissements de la fonction publique, éducation à deux vitesses, mise en concurrence des établissements, crédits insuffisants, suppressions de postes, précarisation. Nombre de nos revendications concernent les collègues de la maternelle, du primaire et du secondaire, et au delà l’ensemble de la société. Leurs revendications sont les nôtres. Cela est particulièrement vrai en ce qui concerne l’emploi, la réforme des concours de recrutement et de la formation des enseignants, mais aussi la remise en cause des disciplines et des statuts nationaux ". Et la Coordination a appelé à la multiplication d’actions communes sur le mot d’ordre : " De la maternelle à l’université : retrait des contre-réformes Darcos/ Pécresse ", en fixant dans son calendrier national des rassemblements ‘’de la maternelle à l’université’’ en principe le 7 mars, et en appelant surtout à une grande manifestation nationale à Paris le 10 mars, " de la maternelle à l’université ".

 

 

Depuis, le gouvernement n’est pas resté inerte. Le 27 février, après sept heures de discussions avec Valérie Pécresse, la ministre de l’enseignement supérieur, trois syndicats ( L’Autonome Sup, le Sgen–CFDTet Sup recherche – de l’Unsa - , totalisant 45 % des voix aux élections professionnelles ) se sont accordés sur une ‘’liste de principes'’ en vue d’une nouvelle rencontre le mardi 3 mars pour réécrire le décret réformant le statut des enseignants-chercheurs. L’évaluation sera nationale et assurée par les pairs au sein du CNU. La modulation de service d’un enseignant –chercheur entre différents types d’activité ( et notamment la répartition enseignement-recherche qui est en principe de moitié –moitié ) " ne pourra être mise en œuvre sans l’accord de l’intéressé ".

Le 25 février, à l’issue d’une réunion avec la Conférence des présidents d’université, le premier ministre François Fillon a annoncé qu’aucune suppression d’emploi ne serait effectuée en 2010 et 2011 dans les universités. En outre , de nouveaux professeurs agrégés du secondaire ( les ‘’PRAG’’ ) pourraient rejoindre les quelques 14000 enseignants du secondaire exerçant déjà dans l’enseignement supérieur.

Il faut savoir que ces enseignants, n’étant pas des enseignants-chercheurs comme les professeurs et maîtres de conférence, sont censés ne pas faire de recherche, et doivent donc enseigner deux fois plus d’heures qu’eux. On voit bien, par ce recrutement plus massif envisagé d’enseignants de ‘’type secondaire’’ que la question d’une modification des charges de travail en faveur du temps d’enseignement était (et reste dans une certaine mesure) au principe de la réforme.

Simplement, on décide que cela se fera moins sous pression directe pour les enseignants-chercheurs, quitte à recruter désormais moins d’enseignants-chercheurs et plus d’enseignants de ‘’type secondaire’’. On espère que les enseignants-chercheurs se sentiront ainsi ‘’libérés’’ ( voire ‘’soulagés’’ ) , même si le principe universitaire de base revendiqué ( on enseigne à l’université dans la mesure où l’on est aussi un chercheur ) est mis à mal …pour une autre catégorie d’enseignants ( en développement ).

Cela a d’ailleurs déjà eu lieu ( sans qu’il y ait eu, il faut le dire, de protestations significatives ) : le taux d’enseignants de type ‘’second degré’’ ) a beaucoup augmenté ces quinze dernières années dans les disciplines littéraires ( au sens large ) et atteint d’ores et déjà 23%, contre simplement 4% en sciences ( il est quasiment négligeable dans les secteurs ‘’droit’’ et ‘’santé’’ ).

Par ailleurs, lors de la réunion à Matignon de ce même 25 février le Premier ministre François Fillon a fait deux ( petits ) gestes concernant la réforme de la formation des enseignants en annonçant la mise en place d’ " une commission de suivi permanent de la réforme " et un certain renforcement du " temps de formation complémentaire " pendant la première année d’enseignement. C’est le domaine où les compromis envisagés par le gouvernement sont les moins significatifs. C’est pourtant le domaine qui concerne le plus directement aussi le secondaire et le primaire ( et un foyer où pourraient se développer des combats communs " de la maternelle à l’université " ). Mais le gouvernement compte sans doute sur le fait que cette question est envisagée de façon très différente ( voire opposée ) dans l’enseignement primaire et dans l’enseignement secondaire, et que c’est un problème très complexe et épineux, peu lisible de plus par l’opinion.

 

 

On voit, dans ces conditions, que l’extension à un mouvement profond allant de la " maternelle à l’université " semble quelque peu compromis. D’autant que les perspectives politiques alternatives font défaut ou ne se situent gère dans cet horizon.

On peut en prendre pour exemple l’annonce faite le 27 février (par Bertrand Monthubert, secrétaire national du PS à l’enseignement supérieur et à la recherche, Olivier Gebuhrer – PCF – et Laurent Audouin – Verts ) du lancement par ces trois organisations dans les jours qui viennent d’une " consultation publique sur l’enseignement supérieur et la recherche ". Il s’agirait " dans un premier temps " de définir " les grandes orientations d’une politique progressiste de l’enseignement supérieur et de la recherche " et " dans un second temps " de décliner " en propositions concrètes ces grandes orientations ". C’est certes un projet qui ne manque pas d’actualité, et dans une certaine mesure d’à propos. Mais il se situe dans le cadre réservé et délimité du Supérieur et de la Recherche

Bref, tout cela ne va pas à l’évidence dans le sens de la ligne indiquée le 20 février par la Coordination nationale des universités : " De la maternelle à l’université ; retrait des contre-réformes Pécresse-Darcos "

 

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