La «fin de partie» pour la refondation de l'école?

A la suite de la sévère défaite électorale de la gauche et du PS dimanche dernier, et en raison des propositions connues à ce jour du camp d'en face, c'est déjà ce qui est pronostiqué par certains. Mais c'est faire fi des deux ans qui restent pour avancer; et, même s'il y a lieu d'avoir des préoccupations sérieuses pour la suite, c'est ignorer que ce n'est pas si facile que cela de défaire ce qui peut avoir été institué.

A la suite de la sévère défaite électorale de la gauche et du PS dimanche dernier, et en raison des propositions connues à ce jour du camp d'en face, c'est déjà ce qui est pronostiqué par certains. Mais c'est faire fi des deux ans qui restent pour avancer; et, même s'il y a lieu d'avoir des préoccupations sérieuses pour la suite, c'est ignorer que ce n'est pas si facile que cela de défaire ce qui peut avoir été institué.

On en prendra pour exemples historiques quelques épisodes du passé qui concernent justement le secteur le plus controversé (tout particulièrement à l'ordre du jour actuellement) à savoir le collège.

Le « collège d'enseignement secondaire » (CES) a été institué en 1963 avec l'appui personnel et décisif du président de la République Charles de Gaulle. Le CES nouvellement créé est un établissement polyvalent réunissant sous le même toit toute les formes d’enseignement entre la fin des études élémentaires et la fin de la scolarité obligatoire.

Il est avéré que l'agrégé de lettres classiques Georges Pompidou – alors Premier ministre – est très réticent envers cette politique : il est très attaché à la qualité des formations classiques, aux exigences de cursus que celles-ci paraissent imposer, et il craint un affaiblissement de ces études dans le tronc commun d’un établissement unique pour toute une classe d’âge.

Comme le raconte le directeur de la direction générale des programmes scolaires Jean Capelle (le véritable concepteur et maître d'oeuvre de cette réforme capitale du collège): « J’eus la surprise d’être appelé à l’Elysée pour un entretien en tête à tête avec le général de Gaulle […]. Il m’écouta attentivement, puis m’accompagna jusqu’à la porte de son bureau en me disant : ‘’ Je comprends vos difficultés : rassurez-vous, la décision sera prise ici’’ » .

Un Conseil des ministres restreint a lieu à l’Elysée le 4 avril 1963 : « Le Président me donna la parole pour un bref exposé sur la généralisation de la formule : collège de premier cycle. Après quoi il s’adressa à Georges Pompidou : ‘’Je crois, M. le Premier ministre, que la généralisation des collèges de premier cycle permettra de mieux résoudre le problème de l’orientation des jeunes et d’assurer les meilleures conditions d’une véritable égalité des chances. Vous êtes bien d’accord ? ‘’. Sans enthousiasme et sans commentaire, Georges Pompidou répondit affirmativement ».

Alors que Charles de Gaulle est encore président de la République, ce que redoutait particulièrement Georges Pompidou arrive . Le ministre de l'Education nationale Edgar Faure annonce à l’Assemblée nationale le 24 juillet 1968  que« le premier cycle secondaire, dans ses deux premières années, c’est à dire la sixième et la cinquième, devra comporter un enseignement totalement unifié. Ce sont des années d’orientation et d’observation, et il n’est vraiment pas possible de marquer dès le début une démarcation. Cela doit logiquement nous conduire à reporter l’enseignement du latin à la classe de quatrième ».

En juin 1969, Georges Pompidou est élu Président de la République. Il s'empresse d'écarter Edgar Faure et il nomme à sa place Olivier Guichard. Beaucoup croient que les mesures décidées par Edgar Faure vont être rapportées, puisque le nouveau chef de l’Etat s’est clairement prononcé au cours de la campagne des présidentielles dans une lettre à  « l’Association pour la Défense du latin » datée du 7 juin 1969 : « La question que vous avez bien voulu me poser est de celles qui touchent en moi aussi bien l’ancien professeur de lettres classiques que l’homme politique. J’ai toujours pensé qu’il ne saurait être question d’imposer à tous l’étude du latin » avait écrit Georges Pompidou ; « en revanche, il est des lycéens qui tireront un réel profit dans la connaissance de notre langue et de notre civilisation d’une initiation précoce à la langue latine, à ses mécanismes, à l’histoire dont nous sommes les héritiers : je souhaite donc que la possibilité d’une telle formation soit maintenue ou rétablie ».

Mais quelques jours seulement après son installation au ministère de l’Education nationale, Olivier Guichard crée la surprise : « J’ai repris en le modifiant et en le complétant un arrêté qui avait été signé par M. Edgar Faure, dit-il. Une augmentation de l’horaire de français de la classe de cinquième permettra de donner à tous les élèves une initiation au latin, notamment par le biais de l’étymologie. Je suis assuré que cette mesure est plus favorable aux options de latin en quatrième que l’étude du latin sous forme pure et simple d’option en classe de cinquième ». La messe est dite, et le latin reporté à la classe de quatrième.

En 1975, sous l'égide là encore du président de la République (Valéry Giscard d'Estaing) le « collège unique » (un collège en principe sans filières de la sixième à la troisième) est institué . Non sans controverses et contestations (à droite comme à gauche).

En 1991, Alain Juppé (alors secrétaire général du Rassemblement pour la République fondé par Jacques Chirac) propose (dans le cadre d'un projet de référendum sur l'Ecole) de « casser le collège unique » pour organiser « différents parcours de réussite », la voie de l'apprentissage devant être ouverte « dès la quatrième ».

En 1993, la droite gagne les élections, et François Bayrou devient ministre de l'Education nationale. Il lance la formule « collège unique, collège inique » s'attirant dans le «  Monde » du 21 octobre 1993 une sévère réplique de l'ancien ministre de l'Education nationale René Haby : « Ne faisant pas preuve d'une grande compréhension vis à vis des intentions politiques de ses prédécesseurs, M. Bayrou ne contribue pas à donner une image bien satisfaisante de notre pays. Comment ! Voici une nation évoluée qui, depuis vingt ans, vit dans l'erreur la plus complète concernant la conception d'un des étages essentiels de son organisation scolaire. Professeurs et dirigeants auraient été, durant cette longue période, les instruments de l'iniquité ! »

Finalement, durant les quatre ans durant lesquels il a été à la tête du ministère de l'Education nationale, François Bayrou limite les changements apportés au collège à quelques transformations secondaires, en se contentant d'adopter un nouveau mot d'ordre : « passer du collège pour tous au collège pour chacun ! ».

Ainsi va la '' résistible'' (comme dirait Bertold Brecht) réforme du collège.

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