Il y aura une loi Blanquer; j'en suis fier. Un poisson d'avril plus vrai qu'un bobard

C'est ce qu'aurait dit J.M Blanquer ce matin, alors même que la décision a été prise que «les ministres ne donnent pas leurs noms à des lois». Le Chef de l'Etat aurait fait en effet une exception pour la ''loi sur l'Ecole de la confiance'' en mesurant à quel point la plupart des mesures qui y figurent n'ont rien à voir avec le programme pour l'Ecole qu'il avait annoncé lors de la présidentielle.

Peu de temps après son arrivée au ministère, Jean-Michel Blanquer avait eu le souci de se distinguer en annonçant que, contrairement à la pratique de ses prédécesseurs,''il n'y aurait pas de loi ''Blanquer" et qu'il ''en serait fier''. Las, il apprit ensuite que cette pratique était en réalité plutôt rare (celle de 6 ministres seulement sur les 33 qui se sont succédés sous la Cinquième République), et qu'elle était au contraire de nature à se ''distinguer''.

Alors il fallut donner peu à peu de la consistance (y compris au moment même de la discussion du projet de loi à l'Assemblée nationale...) à cette loi ''distinctive''.

L'article 1 de la loi (le ''premier'', et ce n'est donc pas rien) sonne comme une mise en garde devant en imposer aux enseignants. C'est bien dans la manière de dire et de faire de Jean-Michel Blanquer. Mais rien, absolument rien, ne préfigurait cela dans le programme d'Emmanuel Macron.

L'extension de la durée de l'obligation d'instruction? Parmi les cinq principaux candidats à l'élection présidentielle de mai 2017, Emmanuel Macron avait été le seul à n'en pas souffler le moindre mot. François Fillon et Marine Le Pen s'étaient prononcés pour que l'âge de l'obligation d'instruction soit avancé à cinq ans, Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon à trois ans. Et en mars 2018, aux ''Assises de l'école maternelle'', bingo! Il est annoncé que l'âge d'obligation d'instruction va être avancé à trois ans.

Jean-Luc Mélenchon avait même proposé d'''allonger l'instruction obligatoire de trois à dix-huit ans''. Est-ce pour cela que, pris d'un zèle tardif, le ministre de l'Education nationale a introduit lors de la discussion de sa loi un amendement (ministériel...) instituant une ''obligation de formation pour les jeunes de 16 à 18 ans'' ? Tout cela est présenté par Jean-Michel Blanquer comme un élément central de la loi, alors même que rien ne pouvait le faire pressentir dans le programme présidentiel d'Emmanuel Macron.

La suppression du CNESCO? C'est certe un soulagement personnel pour Jean-Michel Blanquer qui souffre avec peine de toute forme indépendante d'évaluation de sa politique scolaire (même s'il veut que les autres soient beaucoup plus évalués). Mais, là encore, il n'y avait strictement rien en ce sens dans le programme du candidat Emmanuel Macron.

L'amendement d'Eric Ciotti (LR): "La présence de l’emblème national de la République française, le drapeau tricolore, bleu, blanc, rouge, du drapeau européen ainsi que des paroles du refrain de l'hymne national est obligatoire dans toutes les classes''? Cet amendement a été soutenu de façon empressée par le ministre de l'Education nationale (bien que cela ne relevât pas a priori de la ''tasse de thé '' du Chef de l'Etat). En tout cas, cela ne figurait d'aucune façon dans le programme présidentiel d' Emmanuel Macron.

La création d'"établissements publics des savoirs fondamentaux''? Cet amendement a été soutenu immédiatemernt par Jean-Michel Blanquer et adopté dans la précipitation en quelques minutes. Rien de tel, là encore, ne figurait dans le programme présidentiel. Et c'est pourtant d'importance: là où les collectivités locales et les instances académiques le voudront, les collèges et les écoles pourront être regroupées (sous l'autorité du ''principal''). Et il ne s'agit pas, comme on aurait pu le penser d'établissements publics "de la scolarité obligatoire'' ou ''du socle commun'', mais d'établissements publics ''des savoirs fondamentaux''. C'est bien l'expression favorite et personnelle du ministre de l'Education nationale Jean-Michel Blanquer pour synthétiser sa politique qui a été retenue et mise en valeur (son ''mantra'': ''les savoirs fondamentaux: lire, écrire, compter, et le respect d'autrui''.)

A bien des égards, la "loi sur l'école de la confiance'' est bien une loi ''Blanquer'' (qui n'inspire d'ailleurs guère ''confiance '' à beaucoup, et peut-être pas tant que cela au Chef de l'Etat) . Toujours est-il que la plupart de ses articles marquants n'ont été annoncés d'aucune façon dans le programme pour l'Ecole présenté par Emmanuel Macron lors de l'élection présidentielle de mai 2019. On comprend qu'il y ait donc une exception pour elle et qu'elle soit désignée par le nom de son auteur. Oui, il y a bien une loi ''Blanquer''! Peut-on ''en être fier''? On peut en douter.

PS1: Selon le JDD du 24 mars dernier, la secrétaire d'Etat Brune Poirson a affirmé qu'il a été demandé aux ministres "de ne pas donner nos noms aux lois que nous portons"

Le président de la République Emmanuel Macron se souviendrait-il de la mésaventure qui est arrivée à un autre président de la République, à savoir Valéry Giscard d'Estaing? Pour VGE l'essentiel de la loi votée le 30 juin 1975, c'était l'institution du ''collège unique''. Or le '' collège unique'' c'était sa volonté et non celle de son ministre de l'Education René Haby (fort réservé à ce sujet). C'est pourquoi il éprouvait un certain agacement losqu'on parlait de la ''réfome Haby'' ou de la ''loi Haby''. Le 1er juillet 1977, recevant à l'Elysée les lycéens récompensés au concours général, VGE exprime le désir "que la réforme qui crée le collège unique ne porte pas le nom d'une personne en particulier". Et lors d'un entretien télévisé avec vingt-cinq lycéens le 8 juin 1977, il souhaite que l'on appelle la réforme en cours "la réforme du collège unique, au lieu de lui donner le nom de tel ou tel ministre de l'Education"

PS2: POISSON D'AVRIl ( en écho au bobard du 26 mai 2017Jean-Michel Blanquer  plastronnait en indiquant qu'il n'y ''aurait pas de loi Blanquer'' et qu'il ''en serait fier'').  J.M Blanquer n'a pas prononcé cette phrase ce matin. Mais est -il ''fier de lui''? Sans doute. En tout cas l'ancien recteur et député LR Patrick Hetzel qui le suit de près depuis pas mal de temps s'est montré formel dans une interview parue   dans  ''Challenges'' le  26 mars 2019: "Il a cédé à la tentation pour des raisons d'affichage politique''

 

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