« L'adéquation entre l'amélioration de l'enseignement, et le confort enseignant ne vaut pas toujours. Un exemple, et non des moindres : la reproduction par l'école des inégalités sociales

Si l'on reconnaît que le combattre suppose d'interroger la distance culturelle qui éloigne les maîtres des enfants de familles populaires, de prendre le temps de discuter une pédagogie par trop centrée sur la compétition ; d'ouvrir l'école aux familles défavorisées, et aux organisations ouvrières ; ...on admettra que la rénovation entraîne des remises en cause douloureuses...

N'est-il pas cependant plus bel enjeu ? […]. Que d'attitudes et de pratiques, des plus infimes au plus essentielles, n'aimerait-on voir disparaître ! Ces fiches jaunies, où s'étiole le même cours indéfiniment ressassé ; cet emportement contre les ''mauvais élèves'', boucs émissaires de l'impuissance pédagogique ; cette crispation sur les titres, les catégories et les hiérarchies qui fait le silence des ''salles de profs'' ; ces habitudes perverses qui veulent que les classes de relégation, celles du rejet de l'école et de son ordre, soient le lot des plus jeunes et des moins expérimentés ; cette réticence à l'interdisciplinarité, au travail d'équipe, à la disponibilité hors des heures de cours ; cette innocence aveugle sur les finalités d'une école qui, pour l'heure, n'en finit pas de produire l'échec d'un grand nombre et le tri d'une minorité.. 

Certains maîtres font bien sûr exception. Et sans doute aussi le changement demande-t-il à être encouragé d'en haut […].On apprécierait également quelques décisions concernant l'inspection, dont le rôle hiérarchique paralyse et étouffe maintes initiatives. Mais cela ne délivre pas pour autant les enseignants de leurs responsabilités propres. Plutôt que d'accabler, on voudrait donc exhorter. Il est temps, grand temps de changer l'école »

Texte d'Edwy Plenel paru dans « Le Monde » du 10 septembre 1981.

 

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